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Immigration francophone: l’Ontario veut avoir les mains libres

Madeleine Meilleur
Madeleine Meilleur, ancienne ministre responsable des Affaires francophones de l'Ontario. Archives #ONfr

TORONTO – Adoptée en mai dernier par l’Assemblée législative de l’Ontario, la cible de 5% d’immigrants francophones dans la province pourrait prendre des années à être atteinte. Pour y parvenir, le gouvernement libéral de Kathleen Wynne souhaite obtenir un geste du nouveau premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

SÉBASTIEN PIERROZ
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FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
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BENJAMIN VACHET
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«Nous devons toujours passer par le fédéral parce que nous ne contrôlons pas notre immigration comme le Québec, ce que nous aimerions bien d’ailleurs», a déclaré à #ONfr, la ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur.

La province la plus populeuse du Canada ne possède pas, à la différence du Québec, la capacité de sélectionner ses immigrants.

«Maintenant, nous espérons pouvoir travailler avec le nouveau gouvernement fédéral qui s’est donné aussi une cible d’augmentation de l’immigration francophone», poursuit la ministre qui n’a jamais eu de paroles tendres à l’égard de la politique de l’ancien gouvernement conservateur en la matière.

Le quota de 4,4 % d’immigrants francophones en milieu minoritaire d’ici 2023 mis sur papier par le fédéral en 2003 n’a jamais porté ses fruits. Depuis 40 ans, on parle toujours de moins de 1,5 % de nouveaux arrivants hors Québec ayant le français comme langue première, selon Statistique Canada.

Un rapatriement du pouvoir sur l’immigration serait en tous cas bien vu par le Nouveau Parti démocratique (NPD) à Queen’s Park. «J’ai l’impression que les relations avec le gouvernement vont changer. Nous pourrions avoir des occasions que nous n’avions pas auparavant d’atteindre notre cible d’immigration francophone», résume à #ONfr la critique en matière d’Affaires francophones du parti, France Gélinas.

Hasard du calendrier, l’assermentation du nouveau gouvernement à Ottawa correspond à la troisième Semaine nationale de l’immigration francophone. Une aubaine dès lors pour l’opposition à Queen’s Park de rappeler le gouvernement à ses devoirs au chapitre de l’immigration.

«C’est le temps de relever nos manches pour bien accueillir ces immigrants francophones pour que leur langue d’insertion soit le français et qu’ils puissent vraiment se sentir inclus dans la communauté franco-ontarienne. Nous avons beaucoup à faire avant d’en arriver là», croit Mme Gélinas. «La cible de 5 % est un minimum. Mais avant de parler de chiffres, il faut régler nos problèmes d’insertion (…) L’accueil des immigrations francophones lorsqu’ils arrivent à Toronto ou à Sudbury se fait souvent difficilement.»

Même la progressiste-conservatrice, Gila Martow, jusqu’alors plutôt discrète dans son rôle de porte-parole aux Affaires francophones pour son parti, est intervenue directement sur le sujet à l’Assemblée législative: «Nous devons travailler avec les consultants en immigration et les partenaires parlementaires dans les régions francophones pour encourager le tourisme, le commerce et l’immigration.»

 

Comité d’experts

Moyen privilégié pour atteindre la cible de 5 %: un comité d’experts mené conjointement par les deux paliers de gouvernement et censé se prononcer sur des pistes de solution. «Nous venons de le nommer», prévient Mme Meilleur.

Du côté de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), on préfère patienter. «Il n’y a actuellement aucune démarche visible, mais nous savons que des comités sont au travail. Le gouvernement de Mme Wynne prend ce dossier au sérieux», explique son président, Denis Vaillancourt.

Reste que le gouvernement ontarien est encore très loin de l’objectif de 5 % d’immigrants francophones. Toujours selon Statistique Canada, la proportion de nouveaux arrivants francophones dans la province n’était que de 1,75 % sur la période 2006-2011.

Une donnée certes au-delà de la moyenne fédérale de 1,46 % sur la même période pour les provinces hors Québec, mais très loin du Nouveau-Brunswick (7,69 %).

Les chiffres de Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) contredisent toutefois les documents de Statistique Canada. Pour le ministère, il y a eu une proportion d’immigrants francophones de 2,96 % entre 2009 et 2013. Petit point noir: c’est en 2013 que la tendance a été la plus basse à 2,5 %.

 Pour M. Vaillancourt, il est encore trop tôt pour exiger des résultats. «On parle de la cible depuis 2012, mais le projet de loi n’a été adopté qu’au printemps 2015, c’est donc normal que cela prenne un peu de temps, d’autant qu’il faut que la province s’entende avec le gouvernement fédéral.»

«Avec l’abolition du programme Avantage significatif francophone, puis le déclenchement des élections, le temps n’était pas idéal pour les discussions. Nous espérons que le changement de gouvernement fédéral et les meilleures relations entre les deux paliers vont leur permettre de travailler ensemble pour atteindre leurs cibles respectives.»

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org