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Immigration francophone: les libéraux assument une part des ratés

Le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum, avait annoncé, le 17 mars dernier, le retour du programme Avantage significatif francophone. Archives

TORONTO – Les libéraux et les conservateurs sont tous deux responsables des ratés dans l’atteinte des cibles canadiennes en matière d’immigration francophone, selon le nouveau ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«On n’est pas arrivé là où on aurait voulu être, ni les conservateurs, ni les libéraux. Les conservateurs ont enlevé le programme «Avantage significatif», oui. Mais ce n’est pas une occasion d’attaquer les conservateurs. Le gouvernement, qu’il soit conservateur ou libéral, doit tout simplement faire mieux», a répondu le ministre McCallum à une question d’#ONfr.

En 2003, alors que les libéraux étaient au pouvoir, il avait été décidé que le Canada allait viser 4,4% d’immigration francophone hors Québec par an. Treize ans plus tard, les francophones ne composent qu’un pour cent du nombre total d’immigrants.

S’il refuse de critiquer les conservateurs, il n’en demeure pas moins que le ministre McCallum considère sérieusement réintroduire le programme «Avantage significatif francophone», qui avait été éliminé dans la controverse par les troupes de Stephen Harper.

«On étudie ce sujet de manière très sérieuse. J’espère qu’on pourra le remettre en place», a affirmé le ministre, ajoutant qu’il était bien conscient des bénéfices qu’avait ce programme pour les communautés francophones en contexte minoritaire.

Lors de sa participation à la 10e Journée de réflexion sur l’immigration francophone, mercredi 2 mars, plusieurs intervenants ont demandé au ministre de miser davantage sur les organismes francophones en première ligne.

«Peut-être que les institutions qui donnent des services aux immigrants de langue française pourraient être francophones, plutôt que d’avoir des organismes anglophones qui offrent des services en français», a indiqué le ministre.

Une déclaration qui a été accueillie par des applaudissements soutenus de la part des intervenants francophones communautaires en immigration.

«N’applaudissez pas trop fort. Je viens juste d’entendre l’idée», a-t-il néanmoins tenu à tempérer. «Il faut voir avec le ministère. Je ne suis pas sûr à ce moment-ci»,

Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté a dû investir énormément de temps depuis son élection à l’arrivée massive de réfugiés. Il assure toutefois que dans les prochains mois, il se penchera sur les problématiques francophones.

«Comme nous avons été élus récemment, nous avons prolongé d’un an tous les programmes qui existaient. On n’a pas eu le temps de faire de grands changements, mais on va les faire», a-t-il promis.

Sur la question syrienne, le ministre affirme que plusieurs font fausse route en considérant les réfugiés comme étant de langue française ou anglaise.

«Ces réfugiés sont une page blanche en terme de langue. Ils sont vulnérables, ne parlent souvent ni le français, ni l’anglais», a-t-il dit.

La FCFA salue l’écoute du ministre

Le ministre McCallum a fait preuve d’une grande écoute à l’endroit des acteurs en immigration francophone, selon Sylviane Lanthier, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada.

Elle et une poignée d’autres intervenants ont pu passer 30 minutes en compagnie du ministre avant qu’il ne prenne la parole. Mme Lanthier se réjouit de son ouverture à l’idée de remettre en place le programme «Avantage significatif francophone».

«Je pense que le ministre n’en aurait pas parlé publiquement s’il ne considérait pas réellement qu’il peut être remis sur pieds. Il a encore ses devoirs à faire pour s’assurer que ce qui sera mis en place sera la bonne chose», a confié Mme Lanthier à #ONfr.

La présidente de la FCFA a tenté de lui faire comprendre que le gouvernement devait donner plus de pouvoirs et de ressources aux organismes francophones qui s’occupent d’immigration.

«Il y a eu une sorte de virage au cours des dernières années avec différentes façons de faire qui ont contribué à délaisser les organismes francophones. Ils sont pourtant essentiels pour la construction d’une communauté francophone dynamique», note-t-elle.

La FCFA compte surveiller comment le gouvernement va réallouer les ressources au cours des prochaines semaines après l’arrivée des réfugiés syriens.

«Il est nécessaire de tenir compte de la composante francophone et de ne pas perdre de vue les cibles établies», dit-elle.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.