#Francophonie, #Ontario

Immigration francophone: le rapport enfin dévoilé

Le nombre de résidents permanents syriens d'expression française admis en Ontario a bondi de 20 à 100 de 2015 à 2016. Archives

TORONTO – Les recommandations tant attendues du comité d’experts sur l’immigration francophone ont finalement été rendues publiques, le mardi 22 novembre, par le gouvernement. Selon le comité, il faut faire connaître davantage l’Ontario français sur la scène internationale, mais aussi accueillir en français les nouveaux arrivants et s’assurer qu’ils aient tous les outils nécessaires pour prospérer dans leur langue.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

L’immigration est l’instrument le plus important pour développer la communauté franco-ontarienne, disent les experts. «Il est impératif d’augmenter le nombre d’immigrants pour que les communautés francophones, au lieu de simplement survivre, s’épanouissent et prospèrent. La tâche pour y parvenir est ardue, car elle exige coordination et coopération», disent-ils dans leur rapport.

Le comité s’entend sur la nécessité d’en faire plus pour qu’il soit un jour possible d’atteindre la cible de 5 % d’immigrants francophones que le gouvernement s’est fixé. Quelque 2 % des immigrants de la province sont francophones, selon le groupe qui fait siennes les données de l’Office des Affaires francophones (OAF). Il faut le dire: d’autres statistiques tendent à démontrer que la province est bien en-dessous de ce seuil.

«La province doit faire entrer suffisamment d’immigrants d’expression française pour qu’ils contribuent à la prospérité culturelle et économique de la communauté francophone de l’Ontario et faire en sorte que le poids démographique de cette communauté ne faiblisse pas.»

Les experts proposent aussi que l’Ontario crée une mission francophone internationale chargée de promouvoir la province auprès des candidats potentiels. Il faut aussi mieux sélectionner les immigrants qui arrivent ici, notamment par la mise en place de critères spécifiques aux francophones, dit-on. Cela doit passer par une meilleure collaboration entre l’Ontario et son partenaire fédéral.

Selon le rapport, les différents organismes publics et non-gouvernementaux qui sont actifs sur le terrain ne collaborent bien souvent pas assez. Le comité indique qu’il faut «mettre les nouveaux arrivants francophones en situation de réussite» en créant davantage de liens entre les organismes d’accueil des immigrants francophones et les employeurs.

«Pour que la communauté francophone de l’Ontario s’épanouisse et ne demeure pas dans la survivance, la province doit créer des occasions de réussite et intégrer efficacement les nouveaux arrivants francophones dans les communautés francophones.»

Il faut aussi promouvoir la valeur de la main-d’œuvre bilingue et francophone à la société et aux entreprises ontariennes, lit-on dans le rapport. Des données dévoilées par #ONfr plus tôt en journée illustrent d’ailleurs le peu d’opportunités bilingues ou francophones affichées en ligne au cours des dernières années.

En entrevue pour #ONfr, la ministre des Affaires civiques et de l’Immigration, Laura Albanese, affirme que les recommandations du comité «aideront les efforts pour améliorer l’immigration francophone en Ontario».

Mais la volonté du comité de donner une place plus importante à la province sur la scène internationale n’est pas nouvelle, estime Mme Albanese. «C’est quelque chose que nous avons commencé à faire, je pense par l’intermédiaire du nouveau volet du Programme de mobilité internationale (lancé en 2016).»

Dans un discours similaire pour #ONfr, la ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde, laisse entendre que la province tente toujours de faire la «promotion de l’Ontario comme une destination de choix».

Pour Mme Albanese, la cible de 5 % est certes «ambitieuse», mais elle demande un «partenariat» renforcé avec le gouvernement fédéral. «Je suis confiante dans la cible», analyse de son côté Mme Lalonde. «On voit qu’à Whitehorse en juillet dernier, les premiers ministres des provinces et territoires ont parlé d’une cible de 5 % d’immigration francophone en milieu minoritaire. Aussi, un sommet s’en vient sur l’immigration francophone en mars prochain à Moncton.»

Sur le laps de temps d’un an et demi entre le dévoilement de la cible de 5 % en mai 2015 et la publication du rapport, les deux ministres ne jugent pas la période trop longue, préférant parler de concert de «temps bien dépensé».

 

«Rien de vraiment nouveau», pour l’AFO

De son côté, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, ne se montre pas vraiment surpris par les conclusions du rapport.

«Ce rapport ne nous révèle rien de vraiment nouveau. Il y a déjà plusieurs points que nous avions identifiés, notamment grâce à nos organismes membres sur le terrain. Nous espérons simplement que le gouvernement va désormais agir et poser des gestes concrets en mettant en œuvre ces 13 recommandations.»

Le nouveau président de l'AFO, Carol Jolin. (photo: archives)

Parmi celles-ci, M. Jolin insiste sur celle concernant l’arrivée des nouveaux arrivants.

«Il est très important que dès leur sortie de l’avion, les nouveaux arrivants soient aiguillés au bon endroit et qu’ils puissent faire la connaissance de nos organismes et de notre communauté. Actuellement, nous manquons cruellement de moyens pour y parvenir et beaucoup de nouveaux arrivants ne prennent conscience de l’existence d’une francophonie ontarienne que plusieurs années après leur arrivée, ce qui fait que nous en perdons énormément.»

D’autres organismes francophones ont réagi positivement  sur les médias sociaux à la publication du rapport. À l’instar du RDÉE Ontario ou du Centre francophone de Toronto.

 

Les 13 recommandations du rapport rédigé par le comité d’experts sur l’immigration francophone

Promotion et attraction

1. Élaborer un plan de marketing pour promouvoir l’Ontario français à l’échelle internationale.

2. Créer une mission francophone internationale annuelle intitulée «Destination Ontario français».

Sélection et avant l’arrivée

3. Travailler avec le gouvernement du Canada pour élargir la sélection d’immigrants francophones en Ontario.

4. Collaborer avec le gouvernement fédéral pour rendre les examens linguistiques plus accessibles.

5. Améliorer et développer l’accès à l’information disponible en ligne pour les immigrants francophones potentiels avant leur arrivée en Ontario.

6. Travailler avec le gouvernement fédéral à l’étude d’une nouvelle définition, plus inclusive, d’immigrant francophone.

Arrivée

7. Accueillir de manière proactive et en français les nouveaux arrivants francophones en Ontario.

8. Mobiliser les municipalités de l’Ontario dans le but d’attirer, de retenir et d’intégrer les nouveaux arrivants francophones dans les collectivités de la province.

Établissement et intégration

9. Assurer la qualité et l’uniformité des services en français lors de l’identification et du financement des organismes en mesure de fournir aux immigrants et aux réfugiés francophones des services en français.

10. Travailler avec les groupes communautaires francophones à la production et à la diffusion de documents d’information sur les services d’aide à l’établissement offerts aux nouveaux arrivants francophones.

11. Établir un partenariat avec les organismes francophones et les employeurs pour élaborer des initiatives consacrées à la main-d’œuvre francophone.

12. Continuer de collaborer avec les collèges, les universités et d’autres partenaires à l’élaboration d’initiatives garantissant aux étudiants internationaux un bon accueil et un soutien dans leur nouveau milieu.

Rapports publics

13. Faire état des progrès réalisés concernant l’atteinte de l’objectif de 5 % d’immigration francophone et la mise en œuvre des recommandations formulées dans le présent rapport.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.