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Immigration: Entrée express aura une composante francophone

MONCTON – Le premier Forum ministériel sur l’immigration francophone s’est achevé avec l’annonce d’une modification linguistique au programme Entrée express et la promesse de poursuivre le dialogue afin d’accroître l’immigration francophone à l’extérieur du Québec.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

À l’issue du premier Forum sur l’immigration francophone, le vendredi 31 mars, le ministre néo-brunswickois de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, responsable des Langues officielles et du dossier de l’immigration, Donald Arseneault, parle d’un jour «historique».

«La conversation n’existait pas auparavant. Les ministres de l’immigration et de la francophonie n’étaient jamais ensemble autour d’une même table. Là, on porte le dossier à l’avant-plan et on veut développer une stratégie conjointe.»

Les ministres des provinces et territoires, ainsi que leurs homologues du gouvernement fédéral, ont prévu de renouveler l’expérience d’un forum d’ici un an, mais aussi de mettre en place un comité mixte. Un symposium devrait également être organisé dans les prochains mois avec les communautés francophones afin de développer un plan d’action concret.

Le gouvernement fédéral s’est donné une cible de 4,4 % d’immigration francophone à l’extérieur du Québec d’ici 2023. En 2015, celle-ci ne représentait que 1,3 %.

En Ontario, l’objectif de 5 % d’immigration francophone, fixé par le gouvernement de Kathleen Wynne, devrait bénéficier de ce premier forum, selon la ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde.

«On s’est entendu pour se revoir et poursuivre ces discussions. Pour l’Ontario, c’est une avancée pour nous aider à atteindre notre cible de 5 %.»

 

Une annonce

Pour y parvenir, le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de Citoyenneté Canada, Ahmed Hussen, a profité de la tenue du forum pour annoncer qu’à compter du 6 juin, les candidats à l’immigration qui utilisent le programme Entrée Express bénéficieront de 30 points supplémentaires s’ils ont de solides compétences en français, ce qui n’était pas le cas auparavant.

«C’est un programme que les communautés francophones nous demandaient de changer. Et je pense qu’avec ces modifications, nous allons pouvoir atteindre un autre niveau en matière d’immigration francophone», explique le Secrétaire parlementaire du ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC), le député d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier.

Entrée express aurait permis d’accueillir 43 000 immigrants économiques depuis sa création en 2015. Ce programme ne concerne toutefois que les immigrants hautement qualifiés dans des domaines spécifiques, comme les sciences, la technologie, le génie ou les mathématiques. L’ajout de points pour le français ne donnera toutefois pas de priorité aux candidats francophones, mais simplement un avantage.

 

«Un petit pas dans la bonne direction»

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada espérait une annonce prometteuse à l’issue du forum. Sa vice-présidente, Audrey LaBrie, se montre satisfaite, tout en répétant l’importance de mettre en place une politique spécifique au niveau fédéral en matière d’immigration francophone.

«On est content de voir qu’il y a un engagement à faire bouger les choses. L’annonce d’un ajout de points aux candidats francophones dans le cadre du programme Entrée express est un très bon point de départ. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire en termes de promotion à l’étranger pour attirer ces candidats et pour qu’ils restent ensuite, dans nos communautés.»

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, qui espérait du concret, parle d’un «petit pas» dans la bonne direction.

«C’est sûr qu’on espère toujours plus, mais c’est un petit pas dans la bonne direction. On voit qu’il y a une volonté de continuer à travailler ensemble sur ce dossier, ce que nous recommandions dans notre Livre blanc. Nous sommes encouragés par l’idée d’un symposium, mais il reste encore beaucoup à faire pour atteindre la cible de 5 %.»

 

Le Nouveau-Brunswick en exemple

La veille du Forum, le Nouveau-Brunswick a été la première province à signer une entente pour les cinq prochaines années avec le gouvernement fédéral de Justin Trudeau en matière d’immigration, dans laquelle figure une lentille francophone.

«Le fait de préciser cette priorité dans notre entente fait en sorte que lorsque le gouvernement fédéral recevra des demandes de candidats francophones pour notre province, cela ira encore plus vite dans le système», croit M. Arseneault.

La province du Nouveau-Brunswick compterait actuellement 17 % d’immigration francophone par année, selon le ministre. Son objectif est d’atteindre 33 % d’ici 2020.

«Nous sommes très sérieux quand vient le temps de parler d’immigration francophone. Cette année, nous avons augmenté notre budget de 2,4 millions pour l’immigration et on s’attend à atteindre un taux d’immigration francophone de 24 %. Il y a des millions de francophones à travers le monde, on veut aller chercher notre juste part.»

Le député fédéral M. Cormier suggère que d’autres ententes de la sorte pourraient être signées prochainement avec les autres provinces.

 

Nouvelle entente Canada-Ontario?

En Ontario, l’Accord Canada-Ontario en matière d’immigration, qui établit les paramètres en matière d’immigration, est arrivée à échéance en mars 2010. La ministre des Affaires civiques et de l’Immigration, Laura Albanese, s’engage à la renouveler avant la fin de l’année.

«Aucune province ne peut atteindre sa cible sans l’aide du gouvernement fédéral. J’ai récemment parlé avec le ministre fédéral à ce sujet et lui ai fait savoir que nous voudrions renouveler notre entente en immigration. Et j’ai déjà demandé que cette entente comprenne une lentille francophone», assure-t-elle.

Présente au forum, Mme Albanese dit également avoir identifié plusieurs initiatives intéressantes dans les autres provinces qui pourraient s’appliquer en Ontario.

«Destination Acadie est une initiative très intéressante. Nous avons entamé des discussions pour voir si nous pourrions l’imiter dans notre province.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.