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Immigrants francophones à Pearson: «La grande passoire»

Les immigrants et réfugiés francophones qui arrivent au Canada à l'aéroport de Toronto sont-ils orientés vers les services en français qui existent dans la province?Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier, #ONfr

TORONTO – De nombreux immigrants et réfugiés de langue française atterrissent à l’aéroport Pearson de Toronto et sont dirigés vers des services anglophones, dénoncent des acteurs francophones qui n’en peuvent plus. Ils affirment que les ressources et dépliants en français existent, mais que les nouveaux arrivants ne seraient pas informés de leur existence.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Il y a plein de francophones qui arrivent à l’aéroport Pearson. Mais… ils se font orienter vers un refuge anglophone et ils se font dire qu’il y a pas de services en français. Ils inscrivent alors leurs enfants à une école anglophone. C’est alors terminé: on les a perdus», explique Lise-Marie Baudry, directrice du Centre francophone de Toronto.

Lorsqu’un francophone qui arrive au pays est orienté vers des services anglophones et que ses enfants aboutissent dans le réseau de l’éducation anglophone, le risque d’assimilation est très élevé, dit-elle.

À l’aéroport Pearson, la principale porte d’entrée des immigrants francophones en Ontario, Malton Neighbourhood Services a été mandaté par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) pour offrir des services bilingues aux nouveaux arrivants. Mais en français, il y a de graves lacunes, insiste Mme Baudry.

«On a rencontré des familles francophones qui nous disent que personne ne leur a parlé des services disponibles en français lorsqu’ils ont été accueillis par cet organisme à Pearson. Pourtant, depuis dix ans, les organismes francophones fournissent des dépliants à Malton. Ils ne semblent pas être distribués…», dénonce la directrice du Centre francophone. «Peut-être que Malton offre d’excellents services en tamoul et en punjabi. Mais en français, non!», lance-t-elle, agacée.

Un constat tout aussi accablant est dressé par Alain Dobi, directeur du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Centre-Sud-Ouest. «Les communautés francophones que nous servons nous disent qu’ils n’ont pas reçu les services promis en français et qu’ils n’ont pas été orientés en arrivant. Pourtant, il y a un organisme qui reçoit du financement pour offrir ces services», s’étonne-t-il.

Les immigrants et réfugiés francophones doivent se faire accueillir en français à l’aéroport Pearson, selon lui. Et le concept de l’offre active est plus que jamais essentiel dans ce contexte, dit-il.

«Le premier contact doit se faire dans la langue des gens. Les francophones qui arrivent au Canada ont tellement de soucis, ils ont besoin de services. Au point où ils en sont, ils vont accepter des services en anglais, s’il le faut. Mais les francophones ont des droits linguistiques» – Alain Dobi, DG Réseau de soutien à l’immigration francophone du Centre-Sud-Ouest

Un immigrant n’aura pas le réflexe de demander des services en français, il faut que le personnel frontalier soit sensibilisé, ajoute Alain Dobi. Il souligne que son organisme a offert sa collaboration à Malton, mais son personnel ne considère pas qu’il n’y a pas de problèmes actuellement. «Eux, nous disent que tout va bien, alors que les clients disent ne pas avoir reçu les services en français à l’aéroport!», lance-t-il.

La question des services en français offerts aux immigrants à l’aéroport a rebondi à plusieurs reprises lors des consultations sur l’immigration menée au cours des derniers mois par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Lors d’une des rencontres, un intervenant a même qualifié l’aéroport de «grande passoire», où les immigrants francophones se perdent dans la nature n’ayant pas été mis en contact avec les organismes d’aide francophones. La province de l’Ontario a tout intérêt à s’allier aux autres acteurs en présence, notamment le gouvernement fédéral, pour régler le problème, a-t-il été dit, surtout dans le contexte où il a de la difficulté à atteindre sa cible de 5% d’immigrants francophones.

Face à l’immobilisme de l’organisme et du monde politique, le Centre francophone organise la réplique. «Il y a une urgence et on développe un projet pour qu’il y ait des services en français à Pearson offerts par une coalition d’organismes francophones», révèle sa directrice, Lise-Marie Baudry.

 

Malton refuse de répondre

La directrice générale de Malton Neighboorhood Services, Jacquie Lewis, n’a pas répondu aux questions d’#ONfr sur le sujet, malgré de nombreux échanges de messages.

«Selon ce que nous comprenons, vous avez reçu une réponse d’IRCC», a-t-elle indiqué dans un message laconique. Une déclaration étonnante considérant qu’#ONfr n’avait pas informé Malton Neighboorhood Services de ses échanges avec le gouvernement fédéral.

Plutôt que de répondre publiquement aux nombreuses critiques faites à l’endroit de son organisation, elle a préféré s’en remettre à IRCC.

«Nous surveillons ce qui se fait en vertu de ces ententes et, généralement, les services sont offerts à notre satisfaction (…) Nous ne sommes pas au courant de problèmes reliés à la disponibilité des services en français à l’aéroport international Pearson à Toronto, mais nous allons examiner cette situation de plus près», a indiqué une porte-parole d’IRCC, Nancy Caron.

Récemment, la ministre des Affaires francophones de l’Ontario avait laissé savoir qu’elle travaillait à améliorer les services en français à l’aéroport. «Je sais qu’il y a un beau petit document en français qui est en train d’être préparé pour aider l’arrivée à Pearson. Il y aura toute une synthèse des services qui existent. Mais il faut le communiquer. L’offre active est importante à Pearson», avait soutenu Marie-France Lalonde.

 

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.