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Fort appui des Canadiens pour le bilinguisme

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Selon un sondage publié par le commissariat aux langues officielles (CLO) du Canada, mercredi 31 août, 84% de la population canadienne serait en faveur du bilinguisme à travers le pays. Archives, #ONfr

OTTAWA – Le commissariat aux langues officielles (CLO) du Canada a publié, mercredi 31 août, un sondage mené par téléphone et en ligne auprès de plus de 2000 personnes sur la vision du bilinguisme et des langues officielles des Canadiens. Selon les résultats obtenus, 84% de la population canadienne serait en faveur du bilinguisme à travers le pays.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Je suis très heureux des résultats de ce sondage qui confirment ce que j’ai pu observer à travers mes voyages sur les dix dernières années. Je suis toutefois surpris par le niveau d’appui très élevé malgré la persistance des mythes associés à la Loi sur les langues officielles et au bilinguisme au Canada», a commenté le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, en entrevue avec #ONFr.

Le commissaire aux langues officielles présentera certains des résultats de ce sondage jeudi 1er septembre, à l’Université de Calgary, à l’occasion d’une conférence internationale sur l’aménagement linguistique.

Selon les chiffres publiés dans Ce que les Canadiens pensent du bilinguisme et de la Loi sur les langues officielles, 8 Canadiens sur 10 considèrent que l’existence de deux langues officielles contribue favorablement à l’image internationale du Canada, que le français et l’anglais doivent avoir un statut légal et que l’existence de deux langues officielles est l’une des réalités qui définissent vraiment le Canada. L’appui au bilinguisme a régulièrement progressé depuis 1977, passant de 51% à 63% en 2012, pour atteindre 84% aujourd’hui.

«Ce sont des résultats très satisfaisants qui montrent qu’il y a un appétit de la part des Canadiens pour le bilinguisme, notamment pour que les prochaines générations soient bilingues. Toutefois, on ne peut pas crier victoire. Il y a encore beaucoup d’éducation à faire car plusieurs idées fausses continuent de circuler, notamment concernant le coût du bilinguisme», remarque la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Sylviane Lanthier.

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Ainsi, 87% des répondants pensent que la politique linguistique du Canada prévoit que tous les services du gouvernement soient offerts dans les deux langues officielles d’un océan à l’autre. Près de la moitié des répondants pensent quant à eux qu’il faut forcément être bilingue pour travailler dans la fonction publique fédérale et ce, alors même que seulement 40% des postes y sont désignés bilingues. Enfin, 16% de la population pense également que la politique linguistique du Canada prévoit que tous les Canadiens parlent français et anglais.

«D’un point de vue optimiste, on peut se dire que bien que plusieurs mythes perdurent, les gens restent favorables au bilinguisme et à la Loi sur les langues officielles. On pourrait donc imaginer que même si on rendait la Loi sur les langues officielles beaucoup plus sévère, les gens continueraient à appuyer le bilinguisme!», sourit M. Fraser.

 

Moins d’appui en Ontario

Ce portrait idyllique n’est toutefois pas le même d’une province à l’autre. L’appui au bilinguisme est plus fort au Québec, avec 93%, alors qu’en Ontario, il est inférieur à la moyenne nationale, soutenu par 80% de la population, soit le plus faible appui au Canada, avec le Manitoba et la Saskatchewan, et ce même si l’Ontario compte la plus importante communauté francophone à l’extérieur du Québec.

«Cela reste toutefois un appui important. Nous sommes loin des tensions des années 80 et cela montre aussi que malgré quelques oppositions très vocales, la grande majorité silencieuse des Ontariens est en faveur du bilinguisme», commente le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Denis Vaillancourt.

Le commissaire Fraser se dit encouragé.

«En Colombie-Britannique, il y a quand même 82% d’appui au bilinguisme alors que la communauté francophone là-bas n’est pas très grande, cela prouve qu’il y a une reconnaissance de l’importance du bilinguisme comme valeur canadienne, qu’on parle ou non les deux langues officielles.»

Les répondants bilingues sont toutefois plus nombreux (68%) à fortement appuyer les objectifs de la Loi sur les langues officielles que les personnes unilingues (44%). De même, cet appui est beaucoup plus fort chez les répondants francophones que chez les anglophones (70% contre 51%).

L’appui au bilinguisme est quant à lui d’autant plus fort chez les jeunes Canadiens de 18 à 34 ans, qui sont 90% en faveur du bilinguisme pour l’ensemble du Canada, alors que dans la classe d’âge des 55 ans et plus, le soutien est de 79%.

«Ce sont des données très encourageantes. Il faut désormais créer les conditions pour que ces jeunes Canadiens puissent devenir bilingues car la majorité a compris que c’est une richesse importante, tant d’un point de vue social qu’économique», pense le porte-parole aux langues officielles pour le Parti conservateur (PC), Bernard Généreux.

Argument redondant, la question des coûts reste toutefois un argument avancé par les répondants pour expliquer une éventuelle opposition au bilinguisme au Canada. Les répondants, favorables ou non au bilinguisme, indiquent à 60% que cela pourrait être une raison de s’y opposer, alors que 22% disent qu’une éventuelle opposition pourrait s’expliquer par le fait que d’autres langues que l’anglais et le français devraient être considérées comme «officielles». Fait intéressant, chez les personnes opposées au bilinguisme, la raison reste avant tout de principe puisqu’ils expliquent majoritairement leur rejet du bilinguisme par le fait que le gouvernement ne devrait pas jouer un rôle dans les efforts de promotion et de protection des langues officielles au Canada.

 

Fort appui pour Ottawa, ville bilingue

Reste que les résultats publiés par le CLO feront le bonheur de plusieurs militants. À commencer par le regroupement #OttawaBilingue, puisqu’on apprend que 87% des personnes interrogées appuient le bilinguisme de la capitale nationale, que les partisans du projet espèrent encore voir aboutir en 2017.

Le député néo-démocrate et porte-parole aux langues officielles, François Choquette, pourra lui aussi se servir des résultats pour son projet de loi sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada puisque 81% des Canadiens interrogés y sont favorables.

«J’espère que cela convaincra le gouvernement d’appuyer mon projet de loi. Mais cela doit également le convaincre d’investir pour les langues officielles, notamment d’indexer au plus vite les fonds attribués aux organismes et institutions de la francophonie canadienne. De plus, malgré les résultats encourageants de ce sondage, on constate que le bilinguisme n’a pas beaucoup progressé chez les anglophones. Il y a donc un effort à faire aussi de ce point de vue-là en matière d’éducation. Il y a urgence d’agir!»

Alors que le PC et le Nouveau Parti démocrate (NPD) ont entamé leur course à la chefferie, les deux partis de l’opposition et leurs membres pourront aussi réfléchir au fait que 86% des répondants jugent que le premier ministre du Canada devrait être bilingue.

«Je pensais important de ne pas rester sur des questions théoriques concernant le bilinguisme mais de voir comment l’appui au principe du bilinguisme et à la Loi sur les langues officielles se traduisait sur des sujets très concrets. Les résultats montrent que cela ne prend pas beaucoup de courage politique pour prendre des décisions importantes comme le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada. J’espère que ces données vont aider les politiciens.»

D’une manière générale, le commissaire aux langues officielles, qui quittera son poste en octobre, espère que les résultats de ce sondage encourageront le gouvernement fédéral et la classe politique à promouvoir le bilinguisme et à appuyer plus vocalement les langues officielles. Le commissaire explique également que ce sondage devrait aider son successeur à savoir où en est le Canada sur ce dossier et ce qu’il reste à faire.

Pour M. Vaillancourt, ces données apporteront un élément supplémentaire dans les négociations avec le gouvernement provincial.

«Trop souvent, les politiciens sont un peu frileux d’agir. Avec l’appui démontré dans ce sondage pour le bilinguisme, cela peut convaincre de faire avancer certains dossiers, comme la désignation d’Oshawa, l’enchâssement des droits des francophones ou la désignation de l’Ontario comme province bilingue.»

Le député conservateur Bernard Généreux en profite pour souligner le bilan conservateur en matière de langues officielles et attaquer le gouvernement en place.

«Ces résultats démontrent que malgré les critiques contre le gouvernement conservateur, le travail a été fait. M. Trudeau et les libéraux ont beau se targuer d’être le gouvernement le plus bilingue et le plus favorable aux langues officielles, ils ont quand même nommé une leader à la chambre des communes qui est unilingue anglophone (Bardish Chagger a été nommée leader parlementaire du gouvernement à la place de Dominic LeBlanc le 19 août 2016 – ndlr) et comptent de nombreux ministres qui ne peuvent s’exprimer en français. Ils envoient des messages contradictoires.»

Pour la présidente de la FCFA, le moment est opportun de publier un tel sondage.

«Alors que nous allons fêter le 150e anniversaire de la Confédération en 2017 et que le gouvernement revoit son plan d’action sur les langues officielles, il y a une excellente opportunité d’aller plus loin dans la promotion de la dualité linguistique et du bilinguisme car les Canadiens sont prêts et qu’il s’agit d’une tendance lourde. Il faut mettre l’accent sur cette fierté-là!»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.