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Fin de l’édition papier pour l’Express d’Ottawa

OTTAWA – Un autre journal papier disparaît: le groupe TC Média a mis un terme à la version imprimée de l’hebdomadaire francophone d’Ottawa, L’Express. La fin de ce journal papier, publié depuis trois décennies, est un coup dur pour la communauté franco-ontarienne.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Il n’y aura plus d’hebdomadaire sur papier pour le moment. On a pris la décision à Ottawa de miser plutôt sur les plateformes électroniques. Notre industrie subit de grandes transformations. Il y a un besoin de changement, même si on est conscient qu’il y a une réticence et un attachement au papier chez certains», révèle Sylvain Morissette, chef de la direction des communications de TC Transcontinental, le groupe propriétaire de L’Express.

La version imprimée de l’hebdomadaire n’était plus publiée depuis le début de l’été. À l’époque, la direction du journal soutenait qu’il ne s’agissait que d’une simple «pause estivale».

Jacques Blais, vice-président aux opérations pour l’ouest du Québec et l’Ontario chez TC Média, refusait encore, le vendredi 2 octobre, de confirmer la mort définitive de l’édition papier. Il affirme que des cahiers spéciaux pourraient notamment être publiés occasionnellement. La décision de ne plus publier une édition papier sur une base hebdomadaire s’inscrit dans le cadre des transformations que vivent plusieurs grands journaux, selon lui.

«Il y a des difficultés un peu partout dans les médias, je ne pense pas que je vous apprends ça. Il y a un site web qui est alimenté et qui va continuer de l’être. Il va continuer à y avoir des nouvelles de la francophonie ontarienne. Il n’y a rien de fermé, ça continue», a indiqué M. Blais à #ONfr.

Il y a cependant des signes qui ne trompent pas. L’Express d’Ottawa était membre de l’Association de la presse francophone (APF) depuis de nombreuses années. Il ne paye maintenant plus ses cotisations à l’organisme.

«On a essayé de collecter une facture auprès d’eux en août. On n’a pas eu de réponse avant la fin septembre. Les patrons de L’Express nous on dit qu’ils arrêtaient le journal de manière indéfinie. C’est une grosse perte. Les journaux en milieux minoritaires devraient continuer à publier une version papier, car les gens veulent encore ce format. C’est complémentaire au web», selon Jean-Patrice Meunier, directeur de l’APF.

En entrevue à #ONfr, il a indiqué que les dirigeants de l’hebdomadaire s’étaient faits discrets sur les raisons à l’origine de la cessation des activités imprimées du journal.

«On aurait voulu avoir les raisons de cette décision, mais ils ne nous ont rien dit. Il est cependant certain que la baisse des revenus publicitaires provenant du gouvernement peut avoir eu un impact. En 2004, le fédéral injectait 1,6 million$ dans les journaux en milieux minoritaires, en 2014, c’était plutôt 440000$. Un montant à diviser entre 23 journaux», a révélé M. Meunier.

 

Grande perte

Diego Elizondo, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université d’Ottawa, était un lecteur assidu de L’Express. Pour lui, il s’agit d’une perte inestimable pour la communauté francophone d’Ottawa.

«C’est une nouvelle qui me consterne. Je le lis depuis l’âge de huit ans! Il n’y aura dorénavant plus de média papier dédié à un public franco-ontarien à Ottawa. D’avoir une présence physique comme un journal, c’est irremplaçable pour des lecteurs plus âgés, mais aussi dans les écoles où il était distribué. Va-t-on quand même faire lire ses articles dans les classes?», se questionne le Franco-ontarien.

Au cours des derniers mois, Diego Elizondo a pu constater l’ampleur de l’héritage laissé par L’Express en revisitant ses anciennes éditions dans les voûtes du Centre de recherche en civilisation canadienne française de l’Université d’Ottawa.

«Le journal est resté fidèle à sa mission au niveau de la communauté franco-ontarienne. Il était présent pour couvrir les enjeux scolaires, l’art, la culture et le communautaire. Il couvrait aussi les enjeux de la francophonie ontarienne. Dans les archives, on constate que pendant longtemps le journal avait une quarantaine de pages ou plus par édition», dit l’étudiant à la maîtrise qui s’intéresse à l’histoire des francophones d’Orléans.

Le journal qui s’est longtemps présenté comme «la voix des francophones de l’Est à l’Ouest d’Ottawa» a été fondé en 1983. Il était alors bilingue. Il le resta jusqu’en 1993. Au début des années 2000, il a été acquis par le groupe TC Média. Le géant des journaux québécois avait décidé de déménager les bureaux du journal à Gatineau, il y a quelques années.

La Nouvelle, un autre hebdomadaire franco-ontarien, a été fermée en 2011 par TC Média. Le journal opérait depuis la municipalité de Russell, dans l’Est ontarien. «Je ne sais pas de quoi vous parlez», a fait savoir Jacques Blais, lorsque questionné sur cette autre publication franco-ontarienne qui appartenait à TC Média et la disparition progressive des titres francophones de l’entreprise en Ontario. Le directeur de journaux a ensuite mis un terme de manière précipitée à l’entrevue.

Plusieurs journaux communautaires francophones vivent des difficultés financières, notamment en raison des coupes dans les placements publicitaires du gouvernement. Une problématique qui est pointée du doigt par L’Eau vive en Saskatchewan pour expliquer sa grande précarité financière. Le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, a confirmé en septembre avoir ouvert une enquête sur le financement des médias hors Québec au cours des dernières semaines.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.