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Fierté de Toronto: quelle place pour le français?

Le drapeau de la communauté LGBTQ et le drapeau franco-ontarien. Archives, #ONfr

TORONTO – Pride Toronto, la plus importante célébration de la fierté LGBTQ au Canada laissera cette année une bonne place au fait français, selon le directeur de l’événement, Mathieu Chantelois. Certains acteurs francophones des communautés lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et queer en veulent cependant davantage et ont mis en place leur propre calendrier d’événements, tout en français.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Je suis à la tête de Pride Toronto depuis 18 mois. C’est la première fois qu’un francophone dirige l’organisation. Je tente de faire rayonner Pride en français dès que je le peux», affirme le directeur de Pride Toronto. Mathieu Chantelois soutient qu’il est conscient de l’importance que doit avoir le français au sein de son organisation.

«Cette année, je propose une programmation en français robuste et amusante […] À titre de francophone, le rayonnement de ma langue en Ontario n’est pas seulement important, c’est l’une de mes raisons de vivre», a-t-il indiqué à #ONfr par voie électronique.

L’édition 2016 de Pride Toronto risque bien de passer à l’histoire. La programmation s’étale cette année sur un mois complet et un premier ministre canadien participera pour la première fois au traditionnel défilé.

Mathieu Chantelois rapporte que la levée du drapeau arc-en-ciel devant Queen’s Park et l’hôtel de ville de Toronto, ainsi que la cérémonie de clôture en compagnie de Justin Trudeau seront bilingues, tout comme la vigile à la chandelle en l’honneur des personnes touchées par le VIH/Sida.

Il cite également une dizaine d’événements culturels et sociaux à saveur francophone qui auront lieu pendant les festivités de Pride, qu’il s’agisse de spectacles d’artistes francophones, de festivités pour marquer la Saint-Jean-Baptiste ou de présentations de films dans la langue de Molière à l’Alliance française. Trois projections de films LGBTQ en français sont même prévues plus tard dans l’année, ajoute M. Chantelois.

L’événement qui reçoit notamment du financement des paliers de gouvernement fédéral et provincial a plus que jamais une envergure nationale. La clientèle francophone du Québec est d’ailleurs courtisée dans une campagne de publicité déployée en français sur différentes plateformes.

«Pride Toronto peut-il faire mieux? Absolument! Fera-t-on mieux dans le futur? Certainement, d’autant plus que 2017 est une année charnière, celle de notre 150e. Je rêve déjà d’un immense spectacle tout en français», confie-t-il.

 

Programmation alternative

L’organisme communautaire franco-torontois LGBTQ, FrancoQueer, hérite encore cette année d’une plage horaire pendant Pride Toronto. Le fait que celle-ci soit exactement au même moment que le traditionnel défilé a provoqué certaines inquiétudes chez des acteurs francophones qui ont contacté #ONfr.

Mathieu Chantelois se fait cependant rassurant. «Les deux heures de FrancoQueer sont le dimanche de 15 à 17h. Il s’agit de la journée la plus occupée de notre Festival. Comme le défilé commence à 14h, le Village est plein à craquer bien avant 15h. Ce serait de bien mal connaître Pride Toronto que de prétendre le contraire», réplique-t-il.

Il demeure qu’une programmation communautaire francophone a été développée de manière indépendante de Pride Toronto. Tout au long du mois de juin, FrancoQueer présente des conférences, des projections cinématographiques et différents spectacles.

«Avoir des artistes francophones à Pride, c’est très bien. Mais avoir une programmation toute en français pour un public francophone, c’est autre chose. C’est notamment un espace d’accueil pour les nouveaux arrivants LGBT francophones», affirme Arnaud Baudry, directeur de l’organisme communautaire franco-torontois.

Arnaud Baudry espère que FrancoQueer et Pride Toronto pourront collaborer davantage l’an prochain. «Ils ont une force d’exposition et des budgets que nous n’avons pas. De notre côté, on peut les aider à mettre en place une programmation en français et à travailler avec la communauté francophone pour faire plus connaître leurs activités», affirme M. Baudry.

Il se demande si les bailleurs de fonds publics de Pride Toronto, tels Patrimoine canadien et le gouvernement de l’Ontario, ont des exigences linguistiques à l’endroit de l’événement. «Concernant la représentativité des francophones, Pride Toronto a un rayonnement national, donc ça vient probablement avec une responsabilité nationale», dit-il.

Dans les faits, les deux bailleurs de fonds publics ont confirmé à #ONfr laisser carte blanche en matière linguistique aux organismes qui bénéficient de leur aide.

«Patrimoine canadien encourage les groupes à veiller à ce que leurs services et programmation soient accessibles et visibles dans les deux langues officielles. Chaque groupe a la responsabilité d’évaluer le public visé et la population desservie afin de planifier ses activités et sa programmation en conséquence», explique Simon Rivet, porte-parole de Patrimoine canadien.

La même logique s’applique dans l’offre de services en français pendant un événement. M. Rivet souligne néanmoins que les coûts associés à la traduction et à la prestation d’une programmation dans les deux langues officielles sont des dépenses admissibles. Patrimoine canadien a appuyé Pride Toronto pour l’exercice 2016-2017 avec un financement de 140200 $.

La porte-parole du ministère du Tourisme, de la culture et du sport de l’Ontario, Danelle Balfour, affirme pour sa part que le financement par la province de Pride est versé pour couvrir les coûts liés aux cachets des artistes, à la production et aux besoins logistiques. Les décisions relatives à la programmation sont «laissées aux organisateurs», dit-elle.

Pride Toronto débute le 1er juin, alors que FrancoQueer lance ses festivités le 9 juin.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.