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Fierté: Air Canada aurait aussi dû s’afficher en français

Crédit image: courtoisie

TORONTO – La commissaire aux langues officielles du Canada est catégorique: lors d’activités promotionnelles, Air Canada doit s’afficher et promouvoir ses activités dans les deux langues officielles dans toutes les régions du pays où cela s’impose. Le transporteur aérien ne l’a pas fait lors des célébrations de la Fierté de Toronto, en 2016, et l’entreprise devra corriger le tir pour respecter ses obligations en vertu de la Loi sur les langues officielles.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Au début de juillet 2016, Toronto vibrait aux rythmes des célébrations de la Fierté, le plus grand événement du genre au Canada. Air Canada a décidé d’en profiter pour faire connaître son appui à la communauté LGBT.

À cette occasion, un citoyen a tenté en vain d’obtenir des informations en français de la part de l’institution fédérale. Il s’en est plaint au Commissariat aux langues officielles (CLO) du Canada.

«L’affichage au kiosque promotionnel d’Air Canada était en anglais seulement. De plus, le personnel d’Air Canada à cette tente n’a pas fait l’offre active de services dans les deux langues officielles», peut-on lire dans une copie du rapport préliminaire obtenue par #ONfr.

En réponse, Air Canada fait valoir que le but de cette tente n’était pas de faire connaître ses produits et qu’aucun service aux voyageurs n’était offert. «Par conséquent, Air Canada est d’avis que sa politique en matière de langues officielles et les procédures qui y sont prévues ne sont pas applicables dans ce cas précis puisqu’elles visent les situations dans lesquelles des services sont offerts aux voyageurs», a soutenu la société.

Au contraire, le CLO estime que le kiosque promotionnel est l’équivalent d’un bureau du transport aérien. Et considérant que Toronto compte plus de 5 000 membres de la minorité francophone, Air Canada avait alors l’obligation de communiquer avec le public dans la langue officielle de son choix, affirme la commissaire.

«La tente promotionnelle d’Air Canada constituait un moyen de communication très visible d’Air Canada, reconnaissable par les Canadiens à l’échelle nationale», ajoute-t-elle.

«Compte tenu de sa présence à un événement médiatisé à l’échelle nationale, la tente promotionnelle représentait une occasion de montrer son engagement, non seulement à l’égard de la diversité, mais également à l’égard de la dualité linguistique du Canada.» -Ghislaine Saikaley

Elle affirme qu’Air Canada a manqué à ses obligations en vertu de la Loi sur les langues officielles et lui recommande de se doter, dans les douze mois suivant son rapport final, de moyens pour que les activités promotionnelles soient menées dans les deux langues officielles «dans les régions où l’emploi des deux langues officielles fait l’objet d’une demande importante».

(Ghislaine Saikaley commissaire aux langues officielles du Canada par intérim. Crédit photo: Commissariat aux langues officielles du Canada)
Ghislaine Saikaley commissaire aux langues officielles du Canada par intérim. Crédit photo: Commissariat aux langues officielles du Canada

Invité à réagir au rapport, Air Canada indique poursuivre ses échanges avec le bureau de la commissaire et qu’«il serait inapproprié de faire des commentaires sur ce sujet».

«Air Canada est la plus grande société canadienne du secteur privé à offrir des services bilingues au pays et dans le monde. En tant qu’entreprise qui encourage la diversité et qui est fière de son héritage canadien, nous accordons de l’importance à notre rôle dans la promotion du bilinguisme et des langues officielles, tant dans les communautés à travers le pays qu’auprès de son personnel», a ajouté Isabelle Arthur, porte-parole d’Air Canada, dans une déclaration envoyée à #ONfr.

Au cours des dernières années, Air Canada s’est retrouvée dans l’eau chaude à la suite de nombreuses plaintes concernant les langues officielles. Récemment, #ONfr révélait que des plaintes visaient notamment les services offerts à l’aéroport Pearson, de Toronto. Une situation similaire s’est aussi produite au petit aéroport de Billy-Bishop, sur les îles de Toronto.

En 2012, dans un rapport très critique, le Comité sénatorial des langues officielles affirmait qu’en étant assujettie à la Loi sur les langues officielles, la société avait l’obligation d’offrir un service de qualité égale dans les deux langues officielles. À de nombreuses reprises, l’ancien commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, a souligné que ce n’était pas le cas, déposant même un rapport très critique à ce sujet au parlement.

Devant le Comité permanent des langues officielles, le président d’Air Canada a affirmé que le rapport constituait une attaque à l’endroit de son entreprise et de ses employés. Il a assuré que le bilinguisme fait partie de la culture d’Air Canada.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.