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Fermeture du Pavillon Jeanne-Sauvé: une plainte envoyée à Boileau

Le commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau. Archives #ONfr

VAL RITA-HARTY – La municipalité de Val-Rita-Harty a déposé, le jeudi 13 avril, une plainte officielle au commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, à la suite de la fermeture du Pavillon Jeanne-Sauvé, révélée au grand jour par #ONfr. Le conseil municipal exige que la décision soit suspendue, alors que la fermeture violerait la Loi sur les services en français.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Je souhaite déposer une plainte concernant la perte de services en français provenant des Services à la famille et à l’enfance du Nord-Est de l’Ontario suite à la fermeture du Pavillon Jeanne-Sauvé», affirme la mairesse de Val Rita-Harty, Johanne Baril, dans une lettre adressée au commissaire Boileau. Mme Baril dit s’exprimer au nom du conseil municipal, qui dénonce en bloc la décision de fermer le pavillon qui venait en aide à des jeunes francophones en détresse.

«J’ai réclamé une rencontre avec le ministre des Services à l’enfance et à la jeunesse, Michael Coteau ainsi que la ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde, afin de leur présenter une demande de moratoire car cette décision viole l’esprit même de la Loi sur les services en français pour ce centre qui vise à réhabiliter les enfants» – Johanne Baril, mairesse de Val Rita-Harty

La mairesse rappelle dans sa plainte que les Services à la famille et à l’enfance du Nord-Est de l’Ontario sont «assujettis à la Loi sur les services en français». «Il est ici question d’enfants. Jamais, au grand jamais, ne vont-ils eux-mêmes se plaindre pour l’absence de services en français s’ils sont placés dans une famille d’accueil», ajoute-t-elle dans la missive obtenue par #ONfr.

La mairesse affirme que l’alternative proposée pour remplacer le pavillon n’est pas satisfaisante. Les services à la famille proposent que huit places bilingues soient créées dans des familles d’accueil. «Le placement de ces enfants en famille d’accueil est une détérioration très importante de l’offre de services offerts au Pavillon et nous vous prions de lancer tout de suite une enquête sur cette coupure budgétaire, sur le dos des enfants francophones, faute d’atteindre un taux d’occupation maximal», réplique la mairesse.

La mairesse reprend les propos de plusieurs experts qui appellent à davantage de services en français en matière de santé mentale dans la province. «Le processus de guérison ne peut se faire que dans sa propre langue. Ce n’est pas lorsque l’enfant se retrouve en situation de vulnérabilité qu’il doit commencer, en plus de son inquiétude légitime envers son état de santé mentale, à revendiquer de toutes ses forces son droit d’être entendu, compris et soigné dans sa langue», dit-elle.

Val Rita-Harty a déjà perdu bon nombre d’institutions au cours des dernières années. La perte du pavillon est le dernier chapitre d’une série noire et la municipalité tente maintenant de faire tourner la vapeur. La plainte de la mairesse devra être étudiée par le commissaire aux services en français, qui décidera ensuite s’il lance une enquête en bonne et due forme.

La semaine dernière dans une entrevue avec #ONfr, le commissaire aux services en français affirmait déjà que la décision des Services à la famille était préoccupante. «Il y a matière à enquête (…) En apparence, c’est troublant et j’aimerais m’en mêler», affirmait Me Boileau.

 

Voici une copie de la plainte déposée par la municipalité de Val-Rita-Harty


Le 13 avril, 2017

Maître François Boileau Commissaire aux services en français

Monsieur le Commissaire,

Au nom du Conseil Municipal de la Municipalité de Val Rita-Harty, je souhaite déposer une plainte concernant la perte de services en français provenant des Services à la famille et à l’enfance du Nord-Est de l’Ontario (SFENEO) suite à la fermeture du Pavillon Jeanne-Sauvé à Val Rita.

Le Pavillon est un programme de traitement en établissement francophone, qui fonctionne dans le cadre d’un milieu thérapeutique à l’intention des enfants, adolescentes et adolescents en provenance des districts de Cochrane et de Timiskaming. La programmation du Pavillon se donne uniquement en français, et ce, pour les enfants qui éprouvent des difficultés psychologiques dans leur cadre familial ou communautaire en prévoyant de les réintégrer dans leur système familial ou un système social acceptable. Ces programmes sont conçus pour fournir des services d’intervention francophones dans un milieu favorable et structuré, en permettant à l’enfant de développer des aptitudes pendant une période de 3 à 9 mois. Les enfants, adolescentes et adolescents sont aiguillés avec un réseau existant de services francophones en place, auquel se joignent les programmes francophones de services en établissement pour aider à atteindre des buts particuliers et déterminés.

En termes de statut, les SFENEO sont assujettis à la Loi sur les services en français. D’autant plus, la Loi sur les services à l’enfance et à la famille prévoit, au paragraphe, 2 (1) que « lorsque cela est approprié, les fournisseurs de services offrent leurs services à l’enfance et à la jeunesse en français ».

La fermeture du Pavillon est inacceptable dans la mesure où 38 % de la clientèle des SFENEO est francophone. Le placement de ces enfants en famille d’accueil est une détérioration très importante de l’offre de services offerts au Pavillon et nous vous prions de lancer tout de suite une enquête sur cette coupure budgétaire, sur le dos des enfants francophones, faute d’atteindre un taux d’occupation maximal.

Il est ici question d’enfants. Jamais, au grand jamais, ne vont-ils eux-mêmes se plaindre pour l’absence de services en français s’ils sont placés dans une famille d’accueil! Le processus de guérison ne peut se faire que dans sa propre langue. Ce n’est pas lorsque l’enfant se retrouve en situation de vulnérabilité qu’il doit commencer, en plus de son inquiétude légitime envers son état de santé mentale, à revendiquer de toutes ses forces son droit d’être entendu, compris et soigné dans sa langue.

J’ai réclamé une rencontre avec le ministre des Services à l’enfance et à la jeunesse, Michael Coteau ainsi que la ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde, afin de leur présenter une demande de moratoire car cette décision viole l’esprit même de la Loi sur les services en français pour ce centre qui vise à réhabiliter les enfants.

Les SFENEO se doivent de créer des partenariats parmi les fournisseurs des services en français en vue d’optimiser l’utilisation des ressources rares, et de travailler avec les entités de planification des services de santé en français afin de sensibiliser leur clientèle à l’offre active des services en français. Ils doivent procurer également aux enfants un sentiment d’appartenance à la communauté franco-ontarienne, ce qui est en soi d’une valeur inestimable.

Il est nécessaire que les approches en matière de lutte d’expériences des enfants francophones, d’équité et de justice sociale soient intégrées aux mesures de promotion de la santé mentale. L’accès à des services de santé mentale au Pavillon est fondamental et doit demeurer accessible car la langue demeure une priorité essentielle en matière d’interventions. Nous comptons sur vous!

Veuillez agréer, Monsieur le Commissaire, les assurances de ma haute considération.

Johanne M.S. Baril, CD Maire Municipalité de Val Rita-Harty

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.