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Femmes victimes de violence: des refuges de 2e ligne exigés

Les refuges qui accueillent des femmes francophones victimes de violence débordent. Une solution de deuxième ligne est exigée. Photo: gracieuseté

TORONTO – Pour désengorger les quelques rares refuges accueillant des femmes de langue française victimes de violence, des intervenantes de ce secteur proposent la création de maisons d’hébergement de deuxième étape francophones. Une solution qui pourrait permettre à des dizaines de femmes supplémentaires de se retrouver dans un lieu sécuritaire, après avoir été brutalisées.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«La maison de deuxième étape permettrait de libérer les places d’urgence disponibles dans les refuges francophones. Les refuges sont prévus pour des séjours temporaires, mais on se rend compte que les femmes ont des situations plus complexes et qu’elles ne peuvent pas retourner tout de suite dans des logements au prix du marché», révèle Jeanne Françoise Mouè, directrice générale de La Maison, un refuge pour femmes victimes de violence à Toronto.

«L’an dernier, nous n’avons pas pu accueillir une quarantaine de femmes en difficulté. Plusieurs femmes se sont donc retrouvées dans des refuges anglophones» – Jeanne Françoise Mouè, directrice géénrale, La Maison

Les refuges de première ligne offrent un service d’urgence qui permet à des femmes qui quittent une situation de violence d’avoir un toit et de l’aide psychologique pendant une période allant de quelques jours à quelques mois.

«Une maison d’hébergement de deuxième ligne permet à la personne d’ensuite reprendre sa trajectoire. Les femmes peuvent rester 1 ou 2 ans et continuer à être suivies et aidées de près», explique Mme Mouè. «Ces maisons permettent d’avoir un continuum de services et de préparer les femmes à ensuite se trouver un logement au prix du marché», complète-t-elle.

La création de maisons d’hébergement de deuxième ligne permettrait aussi de libérer des places dans les refuges d’urgence, qui actuellement sont prises par des femmes qui n’ont nul part où aller.

Contexte immobilier difficile

Ces maisons d’hébergement de deuxième ligne sont particulièrement nécessaires dans le contexte immobilier actuel. «La réalité du logement à Toronto et en Ontario est très difficile. Les femmes ont de la difficulté à trouver un logement. 80 à 90 % des femmes qui passent par La Maison se retrouvent sur l’aide sociale et elles n’ont pas assez pour se trouver un toit», dit Mme Mouè.

«Ces derniers temps, tout le monde parle d’immobilier. Même des couples ont de la difficulté. Imaginez une femme seule qui est sur l’aide sociale. Plusieurs font des retours aux études, mais où peuvent-elles se loger?» – Jeanne Françoise Mouè

Michelle Mailloux, directrice de l’organisme Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, dresse un portrait similaire de la problématique. «La situation actuelle un peu partout dans la province avec une pénurie de logements abordables et sécuritaires s’avère difficile pour ces femmes. Ce constat fait en sorte que les femmes qui ne réussissent pas à se sécuriser un logement en raison de leur non-disponibilité ou de leur coût exorbitant pourraient se sentir limitées dans leur choix», dit-elle.

Son organisme, qui représente l’ensemble des ressources francophones pour femmes, exige aussi l’ouverture de maisons de deuxième ligne. Ces acteurs craignent que la situation actuelle incite des femmes à retourner chez leurs agresseurs pour éviter de se retrouver dans une situation précaire.

«Malheureusement, plusieurs femmes «choisissent» de retourner vivre auprès de leur partenaire violent au lieu de «choisir» de vivre en pauvreté. Les maisons de deuxième ligne offriraient donc aux femmes plus de choix et pourraient faciliter leur transition en communauté» – Michelle Mailloux

Les organismes pour femmes constatent aussi que les places dans les logements sociaux traditionnels sont manquantes. Si le temps d’attente pour les femmes victimes de violence est moins long que pour les autres, les délais frôlent bien souvent les douze mois.

 

Financement gouvernemental

Les maisons de deuxième ligne nécessiteraient un financement de la part du gouvernement ontarien. Actuellement, les acteurs en présence planchent sur la réalisation d’études de faisabilité pour voir dans quelles mesures il serait possible de leur donner vie.

«Nous encourageons fortement le gouvernement à financer l’ouverture des maisons de deuxième ligne, tout en impliquant directement les organismes pour femmes de partout en province (les CALACS et les maisons d’hébergement) afin d’assurer que la mise en œuvre des nouveaux projets comble adéquatement les besoins des femmes et reflètent la réalité des diverses régions», affirme Mme Mailloux. Elle appelle le gouvernement à mettre en place des services «par et pour» les francophones.

La directrice de La Maison de Toronto a partagé ses préoccupations et ses demandes directement avec la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Marie-France Lalonde, lors d’un événement le jeudi 13 avril.

La rencontre a aussi été une occasion pour la ministre d’officialiser la désignation de La Maison en vertu de la Loi sur les services en français.

Déjà l’automne dernier, La Maison de Toronto faisait connaître ses difficultés à répondre aux besoins de la population francophone. Plusieurs maisons ont même des problèmes de listes d’attente. Le corridor entre Ottawa et Timmins n’a pas assez de lits pour servir les femmes victimes de violence, disent les intervenantes au fait du dossier.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.