#Francophonie

Est ontarien: des alertes à répétition pour la francophonie

Les francophones de l'Ontario auront bientôt un fonds supplémentaire pour aider leurs organismes.Archives #ONfr

Bien avant le dossier sur l’anglais à l’école maternelle, les enjeux pour la francophonie se sont multipliés dans l’Est ontarien au cours des dernières années. Retour sur quelques polémiques dans cette région renfermant l’une des plus grandes proportions de Franco-Ontariens dans la province.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @SebPierroz

Affichage bilingue. Probablement l’enjeu dont l’écho a été le plus lointain. Pendant plus de quatre ans, Jean-Serge Brisson et l’activiste anglophone Howard Galganov ont tenté de faire invalider un règlement de 2008 rendant obligatoire l’affichage commercial bilingue dans le Canton de Russell. Les deux requérants ont été finalement déboutés par la Cour suprême du Canada en 2012. Le débat sur l’affichage commercial bilingue n’a pas été pour autant éteint. En témoigne la volonté actuelle de l’ACFO de Prescott-Russell d’étendre le règlement aux cantons d’Alfred-et-Plantagenet, Champlain et Hawkesbury-Est ainsi que la Ville de Hawkesbury. Un projet désireux de protéger le français dans le long terme sur le territoire. «On veut souvent que les commerces viennent, que les entrepreneurs viennent, on voit l’Est ontarien comme un marché, sans comprendre qu’il s’agit d’une région importante pour la francophone ontarienne», résume la politologue Linda Cardinal, de l’Université d’Ottawa.

Rapport Bisson. En 2011, le consultant Ronald Bisson publiait une étude sombre de l’immigration d’expression française dans la région de Glengarry-Prescott-Russell (GPR). Chiffres à l’appui, il montrait que l’immigration francophone y demeurait cinq fois moins élevée que l’immigration francophone. Le recensement effectué la même année donnera raison à ses prévisions. Les chiffres ne sont pas reluisants pour la municipalité de Clarence-Rockland qui est passée d’une proportion de 69% à 64,9% de francophones entre 1996 et 2011, ou encore le canton de Russell (50,9% à 45,7% sur la même période). La Ville de Hawkesbury, bien que plus francophone, connaît le même sort (83,4% à 79,8%). Quant à Cornwall, située dans Stormont-Dundas-Glengarry-Sud, l’autre circonscription de l’Est ontarien, les chiffres sont encore plus inquiétants: 28,7% lors du recensement de 1996 contre 22,6 % en 2011.

Collège d’Alfred. La nouvelle avait fait l’effet d’une petite bombe en mars 2014: le collège d’Alfred se trouvait menacé de fermeture. L’Université de Guelph (UdeG), à laquelle l’établissement était rattaché, venait de s’en désinvestir pour des raisons financières. Une première solution temporaire a été trouvée pourtant en mars dernier lorsque la gestion des programmes de l’unique institution d’enseignement agricole francophone en Ontario était confiée à La Cité, pour l’année scolaire 2015-2016. Sans que la sauvegarde du collège soit encore assurée. Dans les coulisses, les différents paliers gouvernementaux travailleraient toujours à une solution pour redynamiser l’établissement.

Hôpital de Cornwall. En mars 2012, l’administration de l’Hôpital de Cornwall lançait un pavé dans la mare en modifiant les critères d’embauche pour favoriser l’embauche de travailleurs bilingues dans certains postes. L’établissement se conformait alors à la Loi sur les services en français de l’Ontario (Loi 8 de 1986). Le hic, c’est qu’une poignée de militants anglophones irréductibles ne l’entendaient pas de cette oreille, multipliant les manifestations devant l’établissement. Du même coup, le maire de Stormont-Sud, Bryan McGillis, suspendait un paiement de 30 000 $ annuel à la fondation de l’Hôpital. Quinze ans après la crise de l’Hôpital Montfort, la polémique rappelait les heures sombres de l’Ontario francophone. Joint par #ONfr, l’établissement n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

Éducation. L’anglais dès la maternelle, première crainte pour l’éducation en français dans l’Est ontarien? Pas du tout au regard de certains faits récents. En 2013, le Conseil district catholique de l’Est ontarien (CSDCEO) annonçait la vente de plusieurs de ses écoles, devant l’incapacité de remplir les établissements. La clé était ainsi mise sous la porte à l’école primaire catholique Saint-Joseph de Lefaivre, à l’école élémentaire Sainte-Marguerite-Bourgeois de Hawkesbury ainsi que dans les écoles Saint-Gabriel, Sainte-Thérèse et Sainte-Croix de Cornwall. Pour ne rien arranger, les chiffres de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE) sont assez inquiétants pour le conseil scolaire. Le tout en comparaison aux deux autres institutions scolaires francophones semblables de la région d’Ottawa. D’après les résultats de 2013, les élèves du CSDCEO ont ainsi obtenu des résultats moins élevés pour le Test provincial de compétences linguistiques et les cours de mathématiques.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org