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Enfants en détresse: fermeture d’un centre d’aide francophone

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VAL RITA-HARTY – Le Pavillon Jeanne-Sauvé, qui offrait un toit et de l’aide psychologique à de jeunes francophones en détresse, ferme ses portes pour des raisons financières, a appris #ONfr. Une alternative bilingue devrait éventuellement voir le jour, mais cela constitue un risque pour l’assimilation de certains jeunes, selon un expert.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Notre conseil d’administration a décidé de fermer le Pavillon pour des raisons financières. Le programme était subventionné par le ministère des Services à l’enfance et de la jeunesse. Les fonds n’étaient plus suffisants pour offrir le service», a confirmé John Raymond, directeur de la protection de l’enfance à Services à la famille et à l’enfance du Nord-Est de l’Ontario (SFENEO).

Le Pavillon Jeanne-Sauvé accueillait chaque année une quinzaine d’enfants et adolescents francophones, originaires des districts de Cochrane et du Témiscamingue ontarien, pour des séjours allant de 6 à 12 mois. Certains luttaient contre des problèmes de dépression, des pensées suicidaires, de l’anxiété ou une dépendance à différentes substances. Une douzaine d’employés étaient présents pour accompagner ces jeunes dans leur cheminement.

Le Pavillon coûtait 930 000 $ à opérer, révèle M. Raymond. Si ses dépenses de fonctionnement augmentaient, la somme reçue du gouvernement restait stable d’année en année et le budget du Pavillon enregistrait dorénavant un déficit d’environ 130 000 $ annuellement.

«On coupait à chaque année et on était rendu à un point où il était devenu impossible de couper davantage. Notre seule option était de regarder quelque chose de drastique» – John Raymond, directeur de la protection de l’enfance (SFENEO)

Est-ce dire que l’offre en français est diminuée pour les jeunes du nord en difficulté? «J’ose dire que non. Pour tous nos programmes, peu importe lesquels, nous devons pouvoir l’offrir en français. On est une agence désignée. C’est une obligation et nous rencontrons notre obligation», assure M. Raymond.

Une alternative avec un «but clinique semblable» est en train d’être développée. John Raymond parle de l’ouverture éventuelle de «quatre foyers thérapeutiques pouvant accueillir deux clients chacun». Il s’agit en fait de familles d’accueil, dont l’un des parents serait détenteur d’un diplôme en thérapie, service social ou psychologie. Du personnel qualifié viendrait encadrer ces foyers d’accueil, assure M. Raymond. «Nous sommes confiants que de remplacer le pavillon par quatre foyers thérapeutiques sera plus abordable et répondra aux besoins des enfants», dit-il.

Ces nouveaux foyers ne sont cependant pas encore ouverts. Les premiers pourraient voir le jour d’ici deux à trois mois, révèle-t-il.

«Le pavillon Jeanne-Sauvé était 100 % francophone, mais il y avait parfois des lits de libre et nous devions refuser des anglophones. Au minimum, deux des quatre foyers que nous allons ouvrir devront être francophones. Si on peut avoir les quatre bilingues, ce serait idéal» – John Raymond

Quatre ou cinq employés perdent leur emploi, alors qu’ils n’ont pu être remplacés au sein de la SFENEO, affirme M. Raymond.

Le directeur de la protection de l’enfance indique qu’environ 40 % des 400 dossiers relatifs à des problèmes de santé mentale chez les jeunes du Nord touchent des francophones.

 

Le Pavillon a déjà été sauvé in-extremis

Le psychologue Jean-Pierre Bergevin a collaboré pendant trois décennies avec le Pavillon Jeanne-Sauvé. Il est grandement attristé par la fermeture de l’établissement. «Ça fait un pincement au cœur. On a beaucoup investi là-dedans et ça répondait aux multiples besoins de parents qui n’ont plus d’option», souligne-t-il.

Ce n’est pas la première fois que le Pavillon Jeanne-Sauvé ferme. «Autour des années 2000, il a été fermé. Mais après 24 heures et une intervention politique, il a été rouvert. J’ai l’impression qu’on reçoit le coup de grâce 17 ans plus tard», se désole-t-il, tout en espérant que le gouvernement fasse à nouveau peser de son poids pour changer la fin de l’histoire.

Jean-Pierre Bergevin se dit cependant inquiet de la possibilité que ces foyers d’accueil puissent offrir un service bilingue. «Imaginez s’il y a un enfant anglophone et un autre enfant franco-ontarien, qui lui comprend l’anglais. La famille va leur parler tous les deux en anglais et le francophone va s’assimiler», souligne-t-il. «Une famille dans le désespoir va choisir un foyer bilingue, faute de mieux. Mais le mieux est d’être aidé dans la langue qui nous est naturelle», dit-il.

Le psychologue affirme que dans le «meilleur des mondes», ces foyers familiaux viendraient bonifier l’offre et s’ajouter à la présence d’un centre d’aide francophone comme le Pavillon Jeanne-Sauvé.

 

Une perte pour Val Rita

La mairesse de la municipalité de Val Rita-Harty, Johanne Baril, affirme que la fermeture du Pavillon Jeanne-Sauvé est une lourde perte pour la communauté. «Ça faisait partie de la fabrique de la communauté. Ça a toujours été là et ça a un impact sur des gens qui travaillaient-là. C’est désolant», dit-elle.

Des jeunes de la communauté ont déjà profité des services de l’organisme, souligne-t-elle. «On espère que les services vont continuer à être offerts et que les jeunes n’auront pas à aller trop loin de chez eux», souligne-t-elle. Malgré la nature de l’organisme, la communauté s’est toujours montrée très accueillante, jure la mairesse. «Il n’y a jamais eu de problème. Le Pavillon Jeanne-Sauvé faisait partie du paysage de la communauté», insiste Mme Baril.

Le ministre des Services à l’enfance et de la Jeunesse, Michael Coteau, assure cependant qu’aucune décision n’a été prise par le gouvernement dans ce dossier.

«Avant qu’une décision soit prise, il y a beaucoup de facteurs à considérer et l’un d’entre eux est l’aspect culturel», a cependant insisté le ministre.

Avant d’être questionné par #ONfr, le ministre Coteau indique n’avoir pas eu vent des problèmes du Pavillon Jeanne-Sauvé. Il assure cependant qu’il allait se pencher sur la question, en collaboration avec l’Office des Affaires francophones, et a promis de faire un suivi.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.