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Encore du travail pour le bilinguisme à Moncton

Crédit photo: Benjamin Vachet

MONCTON – Le 6 août 2002, la Ville de Moncton, dirigée par le maire Brian Murphy, proclamait à l’unanimité le bilinguisme officiel de la municipalité néo-brunswickoise. Quinze ans plus tard, beaucoup reste à faire et cette déclaration reste surtout symbolique.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«La déclaration de bilinguisme officiel de Moncton a eu plus d’impact dans la francophonie de l’extérieur du Nouveau-Brunswick que dans la province elle-même. Sans doute parce qu’elle a été mal comprise», lance l’avocat, spécialiste des questions linguistiques, Michel Doucet.

Quand, le 6 août 2002, le conseil municipal adopte à l’unanimité cette résolution, il ne fait que se conformer aux exigences de la nouvelle Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, adoptée quelques mois plus tôt.

L’arrêt Charlebois a sonné l’heure du changement dans la province en reconnaissant l’obligation constitutionnelle pour la Ville de Moncton d’édicter ses arrêtés municipaux dans les deux langues officielles.

«La Loi sur les langues officielles datait de 1969. Elle était archaïque et la province a suivi la décision des juges de la cour d’appel», explique M. Doucet.

La nouvelle loi provinciale prévoit qu’une «municipalité dont la population de langue officielle minoritaire atteint au moins 20% de la population totale est tenue d’adopter et de publier ses arrêtés», mais aussi d’offrir les services et les communications, dans les deux langues officielles. Cette obligation prévaut également pour les «cités», c’est-à-dire pour les villes comptant au moins 10 000 habitants, comme Moncton.

 

Un geste symbolique important

La déclaration du 6 août 2002 reste donc avant tout symbolique, souligne M. Doucet, même si son impact a été positif.

«C’était une façon de couper avec l’histoire de la ville qui était vue comme anti-francophone. Moncton avait déjà une politique de bilinguisme depuis 1991, mais celle-ci était floue et ne permettait aucun recours en cas de non-respect. Ça a envoyé un message politique clair que la municipalité se considérait comme bilingue.»

Un avis que partage le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Kevin Arseneau.

«On ne peut pas nier que ça a eu un effet positif et que les choses ont avancé considérablement depuis 2002. Mais il reste encore du travail à faire.»

Car les services municipaux offerts au public, même s’ils ont été considérablement améliorés, ne sont pas encore disponibles de la même manière pour les deux communautés de langue officielle, selon M. Doucet, qui indique qu’à ce titre, Dieppe ou Edmundston sont mieux outillées.

La conseillère municipale acadienne, Paulette Thériault, élue en 2008, reconnaît que des progrès restent à faire.

«C’est un travail de longue haleine et il faut toujours être vigilant. Il y a encore de la résistance dans une frange de la population qui essaie d’intimider les politiciens. Mais je pense que la majorité comprend l’avantage que cela nous confère, notamment en matière économique, de tourisme et de célébration de nos deux communautés et de notre histoire.»

La ville doit également parfois faire face à son syndicat qui remet en cause les exigences linguistiques de certains postes désignés pour que soit privilégiée l’ancienneté.

«C’est le même problème qu’au niveau provincial, on voit le bilinguisme comme un atout et non comme une compétence. De plus, les critères pour évaluer le bilinguisme ne sont pas clairs.»

 

La SANB demande plus de bilinguisme visuel

Un rapport du comité bilinguisme à Moncton, publié en avril 2016, dressait quelques-uns des chantiers sur lesquels la ville doit encore travailler. Parmi eux, l’affichage bilingue, que réclame notamment la SANB.

«Le bilinguisme visuel n’est pas au rendez-vous, alors que cela pourrait avoir un effet très positif à Moncton, mais aussi sur l’ensemble de la province. L’affichage bilingue permet de constater réellement et concrètement le bilinguisme de la ville. C’est la même chose avec les noms des parcs, édifices et rues où les Acadiens restent encore largement sous-représentés à Moncton», dit M. Arseneau.

Récemment, un débat a secoué le conseil municipal qui a dû revenir sur sa décision de débaptiser le parc Braemer pour le nommer parc René-Arthur Fréchet afin de calmer le mécontentement de certains résidents.

«Il y a de la bonne volonté de la part des élus, mais encore beaucoup de craintes de susciter des réactions négatives» – Michel Doucet.  

À la différence de plusieurs municipalités de l’Est de l’Ontario qui ont décidé d’adopter des règlements d’affichage commercial obligatoire, la Ville de Moncton préfère miser sur une approche «davantage incitative qu’impérative».

«On décide d’y aller en douceur pour éviter la résistance. On travaille avec les compagnies qui viennent s’installer pour les sensibiliser. Certaines, notamment qui viennent des États-Unis, ne savent pas qu’on est bilingues», explique Mme Thériault.

Si elle partage l’avis de la SANB que l’affichage bilingue est important, la conseillère municipale rappelle qu’il n’est pas suffisant si ensuite les services ne sont pas disponibles dans les deux langues.

 

Un exemple pour Ottawa?

Mme Thériault, qui a résidé à Ottawa par le passé, suit de loin le débat entourant la volonté de rendre officiel le bilinguisme de la capitale du Canada.

«C’est vrai que le bilinguisme coûte plus cher, mais ce sont des coûts que l’on récupère en attirant des francophones d’Europe et des autres provinces. Ottawa a tous les outils pour devenir officiellement bilingue et devrait célébrer cette richesse incomparable», dit-elle, tout en conseillant au conseil municipal ottavien de procéder en douceur.

M. Doucet a lui aussi étudié avec beaucoup d’intérêt le projet de loi privé de la députée d’Ottawa-Vanier Nathalie Des Rosiers, présenté en mai dernier, qui vise à reconnaître le caractère bilingue de la Ville d’Ottawa.

«C’est un peu comme la déclaration de 2002 à Moncton. En bout de ligne, c’est surtout symbolique et ça ne donnera pas nécessairement plus ou de meilleurs services à la population francophone d’Ottawa.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.