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En 2017, une pression plus forte que jamais pour le gouvernement Wynne

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne. Crédit photo: Archives, #ONfr

TORONTO – Alors que le gouvernement de Kathleen Wynne se prépare à entrer dans le dernier droit de son mandat, la pression est plus forte que jamais pour livrer la marchandise à l’occasion de la nouvelle année et tenter de reconquérir l’opinion public. 2017 s’annonce particulièrement importante pour l’avancement de plusieurs dossiers névralgiques en environnement, mais aussi dans les sphères de l’énergie et des finances publiques. 

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE 
jmorissette@tfo.org@JFMorissette72

L’équilibre budgétaire

À la fin du mois de novembre, le ministre des Finances, Charles Sousa, a publié un énoncé économique de la province prévoyant le retour à l’équilibre budgétaire dans le budget 2017-2018. Selon les données publiées par le ministère, bien que le déficit devrait être de 4,3 milliards de dollars en 2016-2017, le ministre Sousa prévoit d’utiliser le fonds de réserve pour arriver à son objectif dès l’an prochain et s’appuie sur des projections économiques pour promettre le retour à l’équilibre en 2017.

Toutefois, selon le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, le plan du gouvernement repose sur des hypothèses «optimistes» quant à la croissance des revenus et à la restriction des dépenses de programmes. Par conséquent, le Bureau est plutôt d’avis que le gouvernement ne sera pas en mesure d’éliminer le déficit dès 2017-2018 comme promis.

 

Plan vert: début du marché du carbone

Dès le 1er janvier, un programme de plafonnement et d’échange, aussi appelé marché du carbone, sera instauré en Ontario. Ce type de programme repose sur une réduction de la pollution due aux émissions de gaz à effet de serre en imposant une limite ou un plafond, sur la quantité de gaz à effet de serre qui peut être rejetée dans l’atmosphère.

Selon les estimations du gouvernement, le système de plafonnement et d’échange générera près de 478 millions de dollars en 2016-2017 et entre 1,8 et 1,9 milliard de dollars chaque année jusqu’en 2020.

Or, la vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, a émis un doute sur le plan du gouvernement Wynne. Dans son plus récent rapport, la commissaire Lysyk avance qu’il en coûtera 8 milliards de dollars aux entreprises et aux ménages de l’Ontario entre 2017 et 2020 pour atteindre les objectifs de la province. Par ailleurs, elle indique qu’en vertu de l’entente qui lie la Californie, l’Ontario et le Québec dans un marché commun du carbone dès 2018, il en coûtera 466 millions de dollars supplémentaires par année aux entreprises de la province pour acheter les quotas des deux autres juridictions.

Le ministre de l’Environnement, Glen Murray, a défendu cette accusation en rappelant que le directeur de la responsabilité financière de la province avait déjà indiqué qu’il est trop tôt pour estimer les coûts et le montant exact des recettes et que ceux-ci seront déterminés en fonction des résultats du marché.

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Guerre de valeurs

Kathleen Wynne avait eu toutes les difficultés du monde à faire passer son nouveau programme d’éducation sexuelle. Loin d’être derrière elle, ce dossier semble continuer à la hanter, alors que les opposants au programme sont toujours bien mobilisés. Un nouveau parti politique «Stop the New Sex Ed Agenda», dont l’unique but est d’abolir l’initiative, a d’ailleurs vu le jour à la fin de l’année 2016. Il faudra voir quelle influence sa chef, Queenie Yu, aura sur certains groupes de la population plus traditionalistes.

Le chef progressiste-conservateur, Patrick Brown, doit aussi faire face à des mouvances plus conservatrices au sein de son parti, alors même qu’il est à courtiser l’électorat plus au centre. Et dans son cas, ces forces sont sont de plus en plus difficiles à calmer. Le plus jeune député de l’histoire de la province, Sam Oosterhoff, représente ces adeptes du «conservatisme social» fortement opposés au mariage homosexuel et à l’avortement. Par ailleurs, après les révélations exclusives de #ONfr, le chef du parti a sermonné publiquement son député, Rick Nicholls, le força à s’excuser. Après cela, Patrick Brown s’est fait attaquer de toutes parts. Certains l’accusent d’être trop à centre de l’échiquier politique alors que d’autres lui reprochent d’avoir un agenda cachéIl faudra voir si ces frictions nuiront au leadership de Patrick Brown et quelle influence ces groupes auront sur l’agenda public.

 

Désengagement de l’État dans l’offre de services

L’observation ne vient pas de n’importe qui. La vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk, affirme dans son tout dernier rapport que le gouvernement mise de plus en plus sur des acteurs externes pour fournir les services à la population. Une méthode qui peut avoir ses avantages, mais qui peut aussi compliquer la tâche lorsque vient le temps de s’assurer d’une utilisation correcte des fonds publics ou encore du respect des obligations de l’État face aux citoyens.

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«Ce qui est ressorti le plus clairement cette année, c’est l’influence notable que les fournisseurs de services non-gouvernementaux exercent sur la surveillance et, dans certains cas, le processus décisionnel des secteurs publics et parapublics», a affirmé Mme Lysyk, dans son tout dernier rapport. C’est d’ailleurs une inquiétude pour plusieurs acteurs francophones qui voient des tierces parties fournir de plus en plus de services, sans avoir pour autant d’obligations face à la Loi sur les services en français.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.