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Emplois à Toronto: «Tu parles français? Fantastique!»

Franco-belge installé à Toronto dans le cadre du Programme voyage-travail (PVT), Tekochin Yalcin a remarqué l'avantage d'être bilingue pour trouver un emploi. Étienne Fortin-Gauthier

TORONTO – Des centaines de chercheurs d’emplois se sont précipités à une autre édition de la Foire d’emploi bilingue, le 2 juin, à Toronto. Les bons candidats capables de véritablement s’exprimer en français et en anglais ont un pas d’avance sur les autres, ont confirmé plusieurs acteurs présents.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Tu parles français? C’est fantastique!»: voilà comment Paul Reeves, directeur canadien d’un manufacturier de ventilateurs géants a réagi en faisant la rencontre d’une jeune franco-torontoise venue lui remettre son curriculum vitae.

En entrevue avec #ONfr, il explique que son entreprise établie à Mississauga souhaite embaucher davantage de francophones. «On est en pleine croissance et je veux un réel environnement bilingue. Le marché francophone est essentiel pour nous et on doit donc avoir des employés qui parlent français», affirme-t-il, sans hésiter.

Plusieurs employeurs rencontrés par #ONfr soulignent aussi l’intérêt économique d’engager une personne en mesure de s’exprimer dans plus d’une langue. «Parler une langue permet de rejoindre la clientèle qui parle cette langue. Parler deux langues permet de rejoindre deux fois plus de clients! Et potentiellement, de faire deux fois plus de ventes!», lance le représentant d’une entreprise du domaine des finances.

Ce dernier intervenant, qui a demandé de ne pas être nommé, a cependant admis que le bilinguisme qu’il recherche n’implique pas nécessairement la connaissance du français. «Le fait de parler français, c’est bien. Mais si la personne a le chinois, l’espagnol ou l’allemand comme seconde langue, c’est tout aussi bien!», a-t-il lancé.

 

Priorité au bilinguisme

Il demeure que la majorité des entreprises accorde une préférence aux candidats en mesure de s’exprimer dans les deux langues officielles du pays, selon Annie Beltea, directrice de Francophonie Canada, qui organisait la Foire d’emploi bilingue.

«Le français et l’anglais sont les deux langues du Canada! Pour les entreprises, c’est bénéfique d’avoir des employés qui peuvent servir tous les citoyens. Quand on parle français et anglais, on a une priorité comparativement aux autres chercheurs d’emplois», assure-t-elle.

C’est d’ailleurs ce que le franco-belge, Tekochin Yalcin, a remarqué en allant à la rencontre des différents employeurs présents à la Foire.

«Officieusement, j’ai cru comprendre qu’être francophone c’est un gros avantage. Mais on sent que les employeurs ne peuvent pas nécessairement le dire officiellement», a confié celui qui effectue un séjour à Toronto dans le cadre du Programme voyage-travail (PVT).

Tekochin Yalcin est à la recherche d’un emploi dans le domaine de la communication d’entreprise. À Toronto, il constate que la plupart des offres sont cependant dans le domaine du service à la clientèle.

«Il y a énormément d’offres d’emplois dans les centres d’appels, autant ici à la Foire que sur les sites d’emplois sur internet. On dirait qu’il y a une pénurie dans ce domaine», observe-t-il.

Annie Beltea est bien consciente de la demande dans cette industrie et elle comprend les travailleurs francophones qui ne veulent pas être cantonnés dans ce type d’emploi.

«Maintenant, les gens veulent des carrières. Travailler en centre d’appel, ça peut donner une expérience canadienne à un immigrant francophone, mais ensuite ils veulent avoir une carrière dans leur domaine de spécialisation», explique-t-elle.

Dans cette optique, son organisation a lancé des salons spécialisés en immobilier, en ingénierie et en droit, notamment, pour ceux qui souhaitent plutôt dénicher un boulot dans des sphères spécifiques.

 

Francophones à la recherche d’une «école de langue»?

Certains employeurs présents à la Foire se sont dits surpris de constater que la Foire attire aussi son lot d’unilingues anglophones.

#ONfr a été à la rencontre d’une dizaine de candidats présents à l’événement. De prime à bord, plusieurs ont soutenu être en mesure de parler français. Dans les faits, ils étaient incapables de répondre à des questions simples.

D’autres ont admis ne pas parler un traître mot de français et être simplement attirés par les quelques emplois non bilingues aussi offerts à l’événement ou la possibilité de rencontrer un représentant des ressources humaines de l’employeur de leur rêve.

Au contraire, certains candidats francophones ne parlent pas réellement anglais. Certains employeurs rencontrés par #ONfr ont souligné que plusieurs francophones tentent d’obtenir un emploi bilingue pour… améliorer leur anglais.

«Ils doivent comprendre que nous ne sommes pas non plus une école de langue! Ils vont avoir des appels en français, oui, mais aussi plusieurs en anglais. Et ils doivent être capables de bien répondre», a expliqué le responsable des ressources humaines d’une institution financière.

Selon plusieurs études, les travailleurs bilingues gagnent annuellement davantage que leurs égaux unilingues.

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.