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Élections: la belle occasion pour les Fransaskois

L'Assemblée législative de la Saskatchewan. WikiCommons

REGINA – Pour les Fransaskois, voilà le moment idéal pour se faire entendre. À peine la campagne des élections provinciales déclenchée, mardi 8 mars, les militants francophones comptent bien dire leurs faits au premier ministre sortant, Brad Wall.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Entre le chef du gouvernement élu sous la bannière du Parti saskwatchanais qui brigue un troisième mandat et l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF), le courant ne passe pas toujours très bien.

«Ils (le gouvernement) ne vont faire les choses que si on les met au pied du mur», analyse la présidente de l’organisme, Françoise Sigur-Cloutier. «On va profiter de cette campagne pour sensibiliser les candidats au dossier de l’éducation en français pour lequel la province ne montre pas beaucoup d’enthousiasme.»

La responsable égratigne M. Wall pour le «sous-financement» de tous les secteurs francophones de l’éducation, que ce soit les 13 écoles situées aux quatre coins de la province, ou bien au niveau postsecondaire avec le Collège Mathieu et la Cité universitaire francophone.

«Nous avons besoin absolument de nouvelles écoles à Regina et Saskatoon, mais aussi de réparations pour les établissements déjà en place.»

Autre dossier particulièrement suivi par l’ACF: les services en français. Car si le vieux rêve d’une province bilingue s’est arrêté avec le jugement rendu par la Cour suprême du Canada sur la cause Caron, rien n’est terminé pour l’association francophone.

«On espère mieux. Nous avons certes une politique sur les services en français, mais qui est en fait une peau de chagrin. La province offre ces services dans peu de places, et de manière très inégale au niveau des compétences linguistiques.»

La solution pour dynamiser le poids de la francophonie et donc des revendications pourraient passer par l’immigration. Avec 19000 résidents ayant le français comme langue maternelle, la Saskatchewan se classe avant-dernière en terme de population francophone juste devant Terre-Neuve-et-Labrador.

«Nous aimerions que notre association joue un rôle plus important pour les immigrants francophones.» Difficile par ailleurs d’attirer ces possibles nouveaux arrivants outre l’intermédiaire de foires d’emploi, d’internet ou encore du programme Destination Canada.

 

Campagne rapide

Les Fransaskois n’ont en fait qu’un laps de temps très court pour se faire entendre du Parti saskwatchanais et du Nouveau Parti démocratique (NDP) de la Saskatchewan, les deux seules formations politiques à se partager des sièges à l’Assemblée législative de Regina.

La campagne qui s’achèvera par le scrutin le 4 avril n’aura duré alors que 27 jours. Une période extrêmement courte.

«On peut y voir une stratégie de Brad Wall, dont le parti est largement majoritaire», explique à #ONfr le politologue de l’Université de la Saskatchewan, Daniel Beland. «L’échec des conservateurs lors de la dernière élection fédérale aux termes d’une longue campagne est encore présent. De plus, il s’agit de la première élection en tant que chef du NPD pour Cam Broten. Pour Brad Wall, il est important que ce dernier n’ait pas le temps de se faire connaitre.»

Pour l’universitaire, l’économie devrait somme toute être au centre des débats. Surtout dans un contexte de baisse des revenus du pétrole et de la potasse, des ressources naturelles importantes pour la province. «Les prévisions parlent d’un déficit en hausse à 427 millions$. M. Wall a cependant décidé de déposer son budget après les élections provinciales.»

Économie morose ou pas, M. Wall en poste depuis 2007 jouit d’une forte popularité dans la province. À tel point qu’il est aujourd’hui le plus «ancien» premier ministre, toutes provinces et territoires confondus.

«C’est un peu un populiste à la Jean Chrétien, proche des gens», estime M. Beland. «Son succès tient beaucoup au fait qu’il n’hésite pas à défendre sa province de manière intergouvernentale. Sa récente réponse aux objections du maire de Montréal sur le projet Énergie Est est un exemple parmi d’autres. Cette attitude plait et détourne en même temps l’attention des vraies questions économiques.»

Les derniers sondages montrent le parti du premier ministre sortant largement en tête des intentions de vote, loin devant le NPD.

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.