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Élections aux TNO: les francophones veulent garder le cap

Les élections territoriales ont lieu le 23 novembre dans les Territoires du Nord-Ouest. Wikicommons
Les élections territoriales ont lieu le 23 novembre dans les Territoires du Nord-Ouest. Wikicommons

YELLOWKNIFE – Alors que les électeurs des Territoires du Nord-Ouest (TNO) se rendront aux urnes, lundi 23 novembre, les Franco-Ténois attendent le scrutin avec un certain optimisme, bien décidés à poursuivre le travail accompli.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Quelle que soit l’issue des élections territoriales, la Fédération Franco-Ténoise (FFT) poursuivra la même méthode que celle employée jusqu’ici: démarcher les ministères clés, à savoir celui de l’Éducation, de la Culture et de la Formation; celui des Ressources humaines et celui de la Santé et des services sociaux.

Il faut dire que contrairement à la majorité des communautés francophones hors Québec, celle des TNO ne peut compter sur l’appui d’un parti en particulier pour faire avancer ses dossiers, ni jouer le jeu des oppositions politiques pour se faire entendre.

La raison est simple, il n’y a tout simplement pas de partis politiques dans les TNO. Au sein de l’assemblée territoriale siègent 19 candidats indépendants qui élisent, par vote secret, les six membres du conseil exécutif et le premier ministre.

«Je dirais que ce système nous favorise car cela évite la partisannerie. Nous travaillons directement avec les députés qui portent les dossiers pertinents pour nous et avec les responsables de la mise en application des politiques, ce qui nous permet d’avoir des contacts privilégiés. Ces dernières années, on sent une plus grande ouverture à la francophonie», explique Linda Bussey, la nouvelle présidente de la FFT.

Également conseillère pour la municipalité de Yellowknife, Mme Bussey vit depuis 23 ans dans le Nord, dont plus de 20 ans dans la capitale des TNO. Ayant travaillé au sein du gouvernement territorial, elle en connaît bien les forces et les lacunes.

«Il y a eu beaucoup de progrès en matière de livraison des services en français. Et s’il reste encore du chemin à faire en matière de services directs à la population, il faut aussi penser que l’ajout de services peut créer des frustrations, pas contre les francophones eux-mêmes, mais simplement parce que sur nos 11 langues officielles, toutes ne bénéficient pas d’autant de services.»

La mise en place du secrétariat aux affaires francophones, en 2012, a permis d’offrir un guichet unique aux francophones pour se renseigner sur les services du gouvernement et d’assurer un lien entre le gouvernement et la communauté. À l’approche des élections, la FFT préfère donc parler de continuité. Afin de faire mieux connaître ses besoins, l’organisme a mis en place un Plan de développement global pour 2010-2015 et travaille actuellement sur une nouvelle version pour 2016-2021.

«La collaboration est bien meilleure et je veux que nous profitions de cet état d’esprit pour faire avancer nos priorités en matière économique, de santé, de culture et d’éducation, même si tout ne se fera pas du jour au lendemain.»

 

La délicate question de l’éducation

Si les relations avec le gouvernement se sont améliorées ces dernières années, selon l’organisme porte-parole des 1165 Ténois de langue maternelle française, le dossier de l’éducation reste particulièrement délicat.

Le refus de la Cour suprême du Canada d’entendre les demandes de la Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest (CSFTNO) et de l’Association des parents ayants droit de Yellowknife (APADY), le 29 octobre, n’a pas réglé la question de l’agrandissement de l’École Boréale, à Hay River, ni celui de la gestion des admissions scolaires ou encore celui de l’agrandissement et de la modernisation de l’école Allain St-Cyr, à Yellowknife.

«Nous allons devoir nous asseoir avec le gouvernement et négocier pour trouver des solutions, mais il faut reconnaître que c’est lui qui a le gros bout du bâton», convient Simon Cloutier, le nouveau président de la CSFTNO. «Je reste optimiste car nous cherchons la même chose: favoriser l’éducation des enfants.»

La décision antérieure de la Cour d’appel des TNO garantit toutefois l’ajout de deux salles de classe pour les besoins spéciaux et d’un gymnase à l’école Allain St-Cyr. Mais les problèmes demeurent quant au manque d’infrastructures et aux critères d’admissibilité pour les non-ayants droit qui veulent inscrire leurs enfants dans les écoles de langue française.

«Le gouvernement est bien trop sévère! Depuis 2008, nous n’avons eu qu’un seul non-ayant droit qui a pu bénéficier d’un peu de souplesse. C’est inconcevable qu’en 2015, les parents ne puissent choisir où ils mettent leurs enfants à l’école! Nous pourrions avoir la pleine gestion des admissions scolaires tout en laissant au gouvernement un droit de regard, par exemple.»

L’arrivée de nouveaux députés mais aussi de nouveaux conseillers scolaires, récemment, pourrait favoriser une nouvelle dynamique, espère M. Cloutier.

«Les discussions étaient moins faciles tant que le recours judiciaire n’était pas terminé. Désormais, nous allons pouvoir nous parler plus librement. Nous avons déjà rencontré plusieurs candidats qui sont ouverts à notre cause et qui ne veulent pas que du temps et de l’argent soient dépensés inutilement en faisant des procès.»

 

Favoriser l’immigration francophone

Comme partout dans les communautés francophones en situation minoritaire, la question de l’immigration revêt aussi une importance majeure pour assurer un poids démographique conséquent, alors que les Franco-Ténois ne représentent que 2,8% de la population des TNO. La FFT souhaite donc que le gouvernement soit davantage proactif pour accueillir plus d’immigrants francophones en faisant connaître son intérêt.

«Nous avons une communauté francophone particulièrement accueillante car les gens viennent de partout, que ce soit des autres provinces du Canada ou de l’extérieur», vante Mme Bussey.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.