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Éducation: 468 millions $ pour la paix syndicale

La vérificatrice générale de l'Ontario, Bonnie Lysyk. (Photo: François Pierre Dufault)

TORONTO – Le gouvernement libéral de Kathleen Wynne aurait dépensé 468 millions $ pour racheter la paix syndicale dans le secteur de l’éducation dans l’année qui a suivi l’imposition de la très controversée Loi 115, révèle un rapport spécial de la Vérificatrice générale de l’Ontario.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

Les libéraux ont toujours estimé leurs mesures d’austérité dans le secteur de l’éducation à un peu plus de 2 milliards $.

Or, les calculs de la VG laissent croire que l’Ontario aurait pu épargner au-delà de 2,4 milliards $, n’eut été de certaines concessions aux 215 000 employés des conseils scolaires de la province, avant et après l’abrogation de la Loi 115.

«Les économies ont ainsi été réduites», a souligné la vérificatrice Bonnie Lysyk lors du dépôt de son rapport à Queen’s Park, le mercredi 19 novembre.

Le clan Wynne n’a jamais fait état publiquement de telles concessions aux syndicats de l’enseignement, dont l’appui a été déterminant lors des plus récentes élections provinciales. Le parti au pouvoir a toujours laissé croire qu’il s’était réconcilié avec la profession enseignante sur des questions de principes et non d’argent.

La ministre de l’Éducation à l’origine des concessions, Liz Sandals, n’a pas commenté le dépôt du rapport de la VG, le 19 novembre.

Loi spéciale

Pressés d’éliminer un déficit qui a atteint les 16 milliards $, à la fin de 2011, les libéraux de Dalton McGuinty ont imposé aux enseignants et employés de soutien des conseils scolaires, un gel des salaires d’une durée de deux ans et une réduction de leur avantages sociaux.

La Loi 115 est venue mettre fin à d’âpres négociations, à la fin de l’été 2012.

Les mesures d’austérité, sans précédent sous l’égide d’un gouvernement libéral, ont provoqué un véritable tollé dans le secteur de l’éducation. Des enseignants dans les écoles publiques anglophones de la province ont débrayé pour la première fois depuis plus d’une décennie.

Rebâtir les ponts

Ayant succédé à M. McGuinty, à l’hiver 2013, Kathleen Wynne a promis de rebâtir les ponts avec les enseignants. Elle a donné le feu vert à des révisions de leurs contrats de travail et fait abroger la loi spéciale.

«C’est clair que les libéraux n’ont pas été transparents. C’est clair qu’ils n’ont pas voulu dire toute la vérité avant les dernières élections», a fustigé la progressiste-conservatrice Lisa MacLeod, à l’origine du rapport spécial de la VG. «C’est aussi clair que Mme Wynne voulait consolider un bloc d’appuis avant le scrutin».

L’élue de Nepean-Carleton, à Ottawa, juge aberrantes les concessions de 468 millions $ aux enseignants, alors qu’un manque à gagner d’environ 500 millions $ risque de mener, dès cette année, à des fermetures d’écoles dans certaines régions moins populeuses de la province.

Pour les néo-démocrates, l’enjeu n’est pas là.

«Le gouvernement a violé la constitution lorsqu’il a imposé la Loi 115. Il a brisé des ententes. Il a pris (aux enseignants) de l’argent qu’il n’aurait pas dû prendre. Il a provoqué un tollé dans nos écoles», a dénoncé Peter Tabuns, critique néo-démocrate en matière d’Éducation. «Ça laisse croire que la loi n’est pas là pour protéger les gens, mais pour dépanner le gouvernement».

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org