#Francophonie, #Ontario

Économies offertes par le gouvernement… seulement en anglais

TORONTO – Les plateformes permettant de s’informer sur un nouveau programme d’économie énergétique du gouvernement ontarien ne sont… qu’en anglais. 100 millions de dollars en fonds publics sont pourtant alloués pour cette initiative qui pourrait profiter à des milliers de propriétaires francophones désireux d’épargner sur leur facture d’électricité.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

37 000 propriétaires ontariens peuvent dès maintenant recevoir entre 500 $ et 2 000$ pour couvrir les coûts de rénovations qui favorisent l’économie d’énergie. Cet argent peut, par exemple, permettre l’achat de fenêtres écoénergétiques ou l’amélioration de l’isolation d’une maison.

La province a pris la décision de laisser la gestion du programme à deux compagnies privées, Enbridge et Union Gas. Contrairement au gouvernement, qui a l’obligation de communiquer avec les citoyens à la fois en français et en anglais, Enbridge et Union Gas n’ont pas à respecter la Loi sur les services en français.

Les francophones qui ne se débrouillent pas en anglais ne peuvent donc pas savoir s’ils sont admissibles au programme ou comment recevoir les sommes disponibles. Les portails développés par Enbridge et UnionGas en partenariat avec le gouvernement ne sont qu’en anglais, a constaté #ONfr. Même la plateforme commune où apparaît en gros le logo de la province n’est pas en français.

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Le français ne semble pas avoir été une préoccupation lors du développement de cette initiative au cours de la dernière année et débutant cette semaine. À la suite des questions d’#ONfr, le ministère de l’Énergie a fait savoir qu’une version française du site web principal de l’initiative doit éventuellement être mise en ligne.

«Le programme est délivré directement par Enbridge et Union Gas. Enbridge est présentement en train de traduire en français l’outil de vérification des codes postaux qui se trouve sur la plateforme», a laissé savoir une porte-parole du ministère. Elle explique qu’un programme du genre «couronné de succès» était déjà géré par les deux entreprises et que la somme de 100 millions de dollars offerte par le gouvernement permettra d’augmenter le nombre de foyers qui bénéficieront des sommes offertes, «incluant les maisons qui sont branchées sur un réseau de gaz naturel autre que celui d’Enbridge et d’Union Gas», a précisé cette porte-parole.

Lundi, la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, invitait pourtant les Ontariens à s’inscrire dès maintenant au programme et soulignait l’importance de le faire connaître au plus grand nombre le plus vite possible. Elle participait alors à un événement en compagnie du ministre de l’Énergie, Glenn Thibeault, et du ministre de l’Environnement, Glen Murray.

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En attendant la mise en ligne de la plateforme en français promise par le ministère de l’Énergie, le gouvernement invite les citoyens à contacter directement leur compagnie de gaz pour obtenir de l’information dans leur langue.

Andrea Stass, directrice des communications de la compagnie Union Gas, a fait la même proposition aux Franco-Ontariens lorsque #ONfr l’a interpellé sur cette question: «Les citoyens qui ont des questions peuvent contacter notre centre d’appel où des employés peuvent répondre aux questions en français, de même que dans plusieurs autres langues», a-t-elle indiqué.

 

Le NPD demande des comptes au gouvernement

Selon l’opposition néo-démocrate, il est inconcevable que les francophones aient ainsi été oubliés, alors qu’ils subissent eux aussi les augmentations sur leurs factures d’électricité. Si une entreprise privée reçoit des fonds gouvernementaux et gère un programme du gouvernement, elle a des obligations en matière de services en français, soutient la députée de Nickel-Belt, France Gélinas.

«Combien de fois on va devoir le dire au gouvernement: si vous demandez à une tierce partie de prendre en charge vos programmes, il faut que la loi 8 s’applique. On a vu un gros virage vers le privé et c’est devenu impératif que la loi s’applique là aussi. C’est un programme du gouvernement, c’est le gouvernement qui paye la note, c’est le gouvernement qui en fait l’annonce…qu’est-ce qu’il faut de plus!», a affirmé la députée à #ONfr.

Elle affirme que le gouvernement a la responsabilité de faire connaître ses initiatives en même temps aux francophones et anglophones. «Sans doute que le site web va apparaître en français dans quelques semaines… bourré de fautes!», a-t-elle ajouté.

La députée néo-démocrate, France Gélinas, a livré un discours très politique, le samedi 29 octobre, à Sudbury, lors du rassemblement de l'AFO.

Lors d’un entretien avec #ONfr, le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, a invité les citoyens interpellés par la situation à s’en plaindre à son bureau. «Je dois dire que ça pourrait faire une belle plainte!», a-t-il lancé en apprenant la nature du problème. «Si nous recevons une plainte, nous allons l’analyser et tirer les conclusions qui s’imposent», a-t-il ajouté.

La ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde, n’était pas au courant de la situation en début de semaine. Interrogée sur le sujet, au terme de la période des questions de mardi, elle a d’abord vanté le programme de rénovation annoncé. Puis, elle a soutenu qu’elle ferait le suivi et vérifierait les informations d’#ONfr sur l’absence du français sur les outils de promotion en ligne de l’initiative.

 

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.