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Discours du Trône: quelques oublis inquiétants

Le parlement fédéral à Ottawa
Le parlement fédéral à Ottawa. Archives, #ONfr

[CHRONIQUE]
Le premier discours du Trône rédigé par le gouvernement de Justin Trudeau a été court, très court. Avec 5000 mots de moins que celui de Stephen Harper en 2013, les libéraux fédéraux cherchent à envoyer un message précis: ils passeront à l’action dès que possible.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

Toutefois, un si bref discours laisse amplement de place à la spéculation et aux questions ouvertes. De nombreux sujets n’ont pas été discutés, et on est en droit d’exiger des réponses. M. Trudeau a affirmé à maintes reprises qu’un gouvernement sous son leadership serait transparent. Il a pêché par oubli lors du discours qui, par tradition, met la table pour les projets de loi du nouveau gouvernement.

 

Des bons coups

Levons cependant nos chapeaux sur quelques promesses qui ont été réitérées et mises sous presse lors de ce discours: notre mode de scrutin va être transformé. Cette promesse libérale devait être tenue si le gouvernement Trudeau voulait maintenir sa légitimité morale de gouverner. En effet, le mode de scrutin actuel les a grandement favorisés. La plupart des autres modes de scrutin pratiqués en Occident ne leur auraient pas donné une majorité. Appelons cela de l’honnêteté. Nous avons hâte au débat sur le prochain système d’élection pour 2019.

Le premier ministre a également réaffirmé sa promesse d’appliquer les recommandations de la Commission de vérité et réconciliation du Canada au sujet des peuples autochtones. Pendant trop longtemps les nombreuses nations autochtones du Canada ont été rejetées, reléguées aux oubliettes et ignorées. Maintenant, il faut prendre acte de ces promesses. Les libéraux semblent être sur la bonne voie.

 

Des oublis

Certaines omissions dans le discours du trône sont néanmoins inquiétantes. En effet, il n’a pas été fait mention de la fameuse loi C-51, une loi d’espionnage contre les citoyens canadiens que le gouvernement Harper avait présenté comme une loi antiterroriste et qui avait été appuyée par Justin Trudeau. Pourtant, les libéraux avaient indiqué être contre certaines dispositions de la loi et promis de l’amender. On se demande maintenant si c’est la première promesse brisée du gouvernement.

Également aux oubliettes est l’avenir du courrier à domicile, un service populaire, quoiqu’en déclin dans les centres urbains du pays.

Le premier ministre a également été très discret sur la participation canadienne à la guerre contre l’État islamique sous la forme de frappes aériennes. Pendant la campagne électorale, les libéraux avaient promis d’arrêter toute intervention, mais, au lendemain des attaques à Paris, le gouvernement ne semble plus vraiment savoir sur quel pied danser. Pourtant, l’enjeu syrien demeure immédiat et inévitable. Il est irresponsable que le gouvernement choisisse d’esquiver la question sans y donner une véritable réponse.

Enfin, aucun mot sur le Partenariat transpacifique (PTP) qui pourrait coûter à l’Ontario des milliers d’emplois, notamment dans le secteur de l’automobile. On pardonne, donc, la sueur sur le front des travailleurs ontariens.

Les libéraux se vantent d’avoir un agenda chargé et ambitieux pour la prochaine session parlementaire. Cela dit, les nombreux oublis et non-dits ne sont pas justifiés. Chose certaine, le nouveau gouvernement est apte à créer un discours qui baigne dans l’optimisme. Toutefois, il nous dirige de temps à autre dans une véritable nébuleuse.

 

Serge Miville est candidat au doctorat en histoire à l’Université York.

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