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Discours du Trône: Pas de «message fort», mais des signes positifs

Dans le rapport annuel du commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, déposé jeudi 19 mai, les plaintes relatives au service au public restent majoritaires. Archives

OTTAWA – Le discours du Trône, prononcé vendredi 4 décembre par le gouverneur général du Canada, David Johnston, n’a pas révélé de grandes surprises. Marquant l’ouverture officielle de la première session de la 42e législature, il a rappelé les grandes orientations du Parti libéral du Canada (PLC), martelées pendant 78 jours, notamment sur le plan économique et en soutien de la classe moyenne.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Porte-parole aux Langues officielles du Nouveau Parti démocratique (NPD), François Choquette confiait à #ONfr, à la veille du discours, qu’il espérait «un message fort» de la part du gouvernement de Justin Trudeau en matière de Langues officielles.

Mais si le thème des Langues officielles n’a pas fait les manchettes lors de la récente campagne électorale ou dans les programmes des différents partis politiques, il n’a pas non plus occupé une place prépondérante dans le discours du Trône.

Alors que les attentes suscitées par le gouvernement Trudeau sont élevées dans les communautés francophones en situation minoritaire, celles-ci auront eu droit à une mention: «Le gouvernement appuiera la société CBC/Radio-Canada, encouragera l’utilisation des langues officielles du pays, et investira dans les industries culturelles et créatives canadiennes.»

«Nous n’avons pas entendu de message fort en matière de Langues officielles, mais il y a plusieurs signes encourageants», réagit M. Choquette. «C’est certain que nous aurions aimé plus de détails, mais dans un discours aussi court, c’est difficile d’aller en profondeur. Je note toutefois que la question du financement de CBC/Radio-Canada a été évoquée, tout comme celle des Langues officielles. C’est bon départ. À nous maintenant de veiller à ce que les bonnes intentions exprimées se matérialisent!»

S’il se montre plutôt satisfait, le député québécois de Drummond aurait tout de même aimé entendre le gouvernement se positionner sur la question du bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada.

«Pour le NPD, c’est une priorité, car la Cour suprême constitue l’ultime endroit pour les communautés de langues officielles en situation minoritaire de faire valoir leurs droits. Il faut voter une loi le plus tôt possible!»

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada se dit optimiste à l’issue de la lecture du discours prononcé par M. Johnston.

«C’est un discours très court mais qui est aussi très dense et nous l’accueillons très favorablement. Comme nous avions déjà pu l’observer dans les lettres de mandat, il y a un véritable engagement du gouvernement à promouvoir l’utilisation des langues officielles et la dualité linguistique», indique Sylviane Lanthier, présidente de la FCFA.

 

Travailler avec le gouvernement

L’organisme porte-parole des francophones hors Québec souhaite apporter sa coopération au nouveau gouvernement pour atteindre ses objectifs et veut rencontrer au plus vite les ministres du Patrimoine canadien, responsable des Langues officielles, Mélanie Joly, de l’immigration, des réfugiés et de la citoyenneté, John McCallum et des Institutions démocratiques, Maryam Monsef.

«Nous comprenons que pour des raisons humanitaires, la question des réfugiés syriens doive être traitée en priorité. Nous rencontrerons M. McCallum pour parler d’immigration francophone quand ce sera possible. Nous souhaitons aussi pouvoir nous entretenir avec Mme Monsef pour parler de la réforme du Sénat. Ce qui a été annoncé jusqu’ici nous satisfait car le principe de la représentation des minorités au Sénat reste énoncé. Nous voulons collaborer à cette réforme car le Sénat est une institution très importante pour les communautés francophones en situation minoritaire qui sont sous-représentées à la Chambre des communes.»

Du côté de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), qui travaille à promouvoir l’expression artistique et culturelle des communautés francophones et acadienne, le président, Martin Théberge, se montre également enthousiaste.

«Ce discours résume la plateforme électorale du Parti libéral qui nous satisfaisait déjà car elle reprenait beaucoup de nos demandes en matière d’art, de culture et de francophonie. Je suis content de voir que les priorités du gouvernement n’ont pas changé depuis son élection. Le gouvernement veut investir dans les arts et la culture et nous en sommes heureux, d’autant que cela peut l’aider à atteindre son objectif de relance économique. Nous allons donc travailler avec le gouvernement et tous les partis pour assurer la mise en place de ces promesses.»

 

Le Bloc pas rassuré, les conservateurs muets

Le critique aux Langues officielles et à la francophonie pour le Bloc Québécois (BQ), Mario Beaulieu, nuance toutefois la vague d’optimisme.

«Il n’y a qu’une seule allusion quant à l’intention du gouvernement de favoriser l’utilisation des langues officielles. Cela semble vouloir dire que ce n’est pas prioritaire et je crains que le gouvernement ne regarde pas le problème en face, à savoir un déclin du français au Canada et au Québec. J’ai tenté de prendre la parole en Chambre pour l’interpeler, lui demander s’il reconnaissait les difficultés du français et savoir ce qu’il comptait faire, mais on ne m’a pas laissé parler.»

L’élu québécois de La Pointe de l’Île indique toutefois ne pas vouloir baisser les bras.

«Il va falloir travailler fort pour que le gouvernement prenne conscience du problème et agisse, mais c’est un défi passionnant et autour duquel tous les francophones du Canada doivent s’unir.»

Sollicités par #ONfr, les députés de l’opposition officielle, Bernard Généreux, critique aux Langues officielles pour le Parti conservateur (PC), et sa collègue au Développement international et à la francophonie, Sylvie Boucher, ont expliqué ne pas avoir le temps de répondre à nos questions.

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.