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Discours du trône: les francophones absents

TORONTO – Aucune mention n’a été faite des enjeux qui touchent les francophones dans le discours du trône du gouvernement Wynne, livré lundi 12 septembre par la Lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Elizabeth Dowdeswell. Une absence qui a été remarquée par plusieurs acteurs de la communauté franco-ontarienne.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Souvent il y a quelque chose de prévu pour les francophones. Au moins une ligne ou deux. Ça ne veut pas dire que rien ne va se faire, mais je trouve ça un peu décevant», a indiqué François Boileau, commissaire aux services en français de l’Ontario.

M. Boileau a pris la parole quelques instants après la fin du discours du Trône. Il a admis son étonnement de n’avoir rien entendu sur l’éducation post-secondaire en français ou la refonte de la Loi sur les services en français.

«Le gouvernement est au courant depuis janvier. Il n’y a pas de surprise. Un agenda législatif, c’est assez serré. J’espère qu’ils vont réagir de la bonne façon», a-t-il confié à ce sujet. En mai, le commissaire aux services en français de l’Ontario a déposé un rapport sur cette question où il affirmait qu’une refonte complète de la loi était nécessaire.

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«Le citoyen francophone doit pouvoir avoir des outils réels pour lui permettre de se développer», a ajouté M. Boileau. «Les services en français, ce n’est pas juste de traduire des documents! Ça tout le monde doit le faire. C’est d’avoir un plan qui réponde aux problématiques particulières des francophones», dit-il.

Il affirme qu’une volonté législative et politique est nécessaire. «Il y a sûrement une volonté politique de la ministre déléguée aux affaires francophones. Mais je n’ai pas entendu une volonté claire au niveau de l’agenda législatif», souligne-t-il.

Lors du dernier discours du Trône, en 2014, une portion était adressée aux francophones de l’Ontario concernant le dossier de l’éducation en français:

«Pour s’assurer qu’il y ait autant de places pour autant de jeunes bourrés de talents et d’ambition, votre gouvernement bâtira de nouveaux campus et améliorera également l’accès aux programmes offerts en français pour les Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes» – Discours du Trône du 3 juillet 2014

La députée néo-démocrate de Nickel Belt, France Gélinas, a également dénoncé l’absence de mention de la problématique de l’éducation de langue française dans le Centre et Sud-Ouest.

L’absence de mention du projet d’Université franco-ontarienne est un «couteau au cœur», a-t-elle lancé. Elle a annoncé qu’elle comptait déposer à nouveau son projet de loi privé sur l’Université francophone, le mercredi 21 septembre. Rappelons que le projet de loi est mort au feuilleton avec l’abrogation des travaux parlementaires, vendredi dernier.

La ministre déléguée aux affaires francophones, Marie-France Lalonde, affirme que le gouvernement Wynne est à l’écoute des francophones. «Je voudrais rassurer tous les Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes : définitivement, leurs demandes ont été bien entendues avec le gouvernement de Kathleen Wynne. Nous travaillons très fort à des annonces prochaines pour rassurer les gens de la francophonie», a-t-elle indiqué en mêlée de presse.

Concernant le dossier de l’Université franco-ontarienne, Mme Lalonde a demandé aux citoyens de faire preuve de patience.  «C’est à suivre avec moi. Il y a des nouvelles qui s’en viennent», a-t-elle lancé aux membres de la presse.

Sur les réseaux sociaux, des internautes ont aussi pris la parole concernant l’absence de mention du français dans le discours du Trône.

De son côté, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) se dit déçue par le discours du Trône.

«Nous sommes déçus de constater que le discours du Trône ne mentionne pas le projet d’université de langue française en Ontario bien que le gouvernement souhaite bâtir un système d’éducation dans lequel la poursuite d’études postsecondaires est un enjeu important. Aujourd’hui, nous nous attendions à un signal pour le projet d’université de langue française en Ontario, d’autant plus que le rapport final du Comité consultatif en matière d’éducation postsecondaire, rendu public en juin dernier, recommandait la mise en place de ce projet. Nous souhaitons plus que jamais que le gouvernement de l’Ontario commence dès maintenant à faire preuve de leadership dans ce dossier et à mettre en place une gouvernance universitaire autonome, qui travaillera à la conception des bases d’une institution gérée par et pour les francophones», a déclaré le président de l’AFO, Denis Vaillancourt, dans un communiqué.

L’organisme porte-parole des Franco-Ontariens rappelle que l’accessibilité aux programmes d’études en français est limitée en Ontario avec seulement 22% des programmes postsecondaires offerts en français.

«De plus, le discours du Trône ne comptait aucune indication à propos de la francophonie ontarienne. À l’aube des célébrations du Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes, l’Assemblée espère que les enjeux prioritaires pour les 611 500 Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes seront bien pris en considération dans les prochaines actions du gouvernement.»

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.