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Désignation bilingue d’Ottawa: l’objectif de 2017 maintenu

Le représentant emblématique du Mouvement, Jacques de Courville Nicol. Archives

OTTAWA – Une Ville d’Ottawa officiellement désignée bilingue en 2017? Un an après son lancement, le Mouvement pour une capitale du Canada officiellement bilingue ne modifie pas sa stratégie.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @SebPierroz

L’échéance, symbole du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, n’effraie pas son principal représentant. En entrevue pour #ONfr à l’occasion du premier anniversaire de la relance du débat (Lancé le 1er juin 2014, le Mouvement avait connu une résonnance soudaine à l’occasion d’un appel aux résidents le 30 juillet 2014), Jacques de Courville Nicol fait part de son optimisme: «On y croit. Au moins que le principe soit accepté. En 2017, nous voulons un engagement concret des politiciens sur le sujet.»

Une volonté partagée par d’autres partenaires. À l’instar de l’ACFO d’Ottawa qui avait dès l’automne 2012 relancé l’idée par l’intermédiaire des États généraux de la francophonie d’Ottawa: «2017 est une balise, sans être une date absolue. Ça peut-être même avant. On ne lâchera rien», martèle son président Alexandre Mattard-Michaud.

L’idée n’est en tout cas pas nouvelle. En 1970, la Commission d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Laurendeau-Dunton) avait jeté les bases d’un tel projet. Sauf que le Mouvement de M. de Couville Nicol est aujourd’hui confronté au refus du maire d’Ottawa, Jim Watson, de soutenir le projet.

Mais les choses évoluent de façon «souterraine», si l’on en croit l’autre fondatrice du Mouvement, l’enseignante à l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal: «Il y a un travail de lobbying qui est en train de se faire auprès des élus. C’est un travail de diplomatie continue, bien qu’il ne soit pas rapporté publiquement.»

Lors des élections municipales à l’automne 2014, un petit espoir avec soufflé pour les 150 000 francophones de la capitale et le Mouvement: deux conseillers ouvertement favorables au bilinguisme officiel étaient élus en la personne de Jeff Leiper et Tobi Nussbaum. Des voix qui s’ajoutaient du coup à celle du conseiller de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, souvent esseulé à la table du conseil municipal pour dynamiser le projet.

Assez pour promouvoir maintenant le bilinguisme officiel? «On ne sait pas la demande exacte du Mouvement», tempère M. Fleury. «Il y a du progrès, mais ce qu’ils veulent (les membres du groupe) du bilinguisme n’est toujours pas clair.» Un argument non sans rappeler celui de Jim Watson.

«Je ne pense pas que le maire soit opposé totalement à l’idée», concède Mme Cardinal. «Il ne s’est jamais prononcé contre, mais se montre pragmatique.»

C’est effectivement à la province que reviendrait la décision de valider le bilinguisme officiel de la Ville d’Ottawa sur le modèle de Moncton. À la condition que la municipalité en fasse la demande. En 2005, Queen’s Park avait seulement enjoint la municipalité à adopter… une simple politique bilingue.

 

Mobilisation

Si la finalité du Mouvement devra encore patienter, la première étape est en tout cas réussie pour M. de Couville Nicol. À savoir «demander à la communauté» le soutien, et ainsi engranger le maximum d’appuis pour crédibiliser le projet.

En un an, le groupe a acquis de nombreuses lettres d’appuis d’organismes. Parmi eux: la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) ou encore l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Fine politicienne, Madeleine Meilleur a aussi donné son accord informel au projet. Mais la ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario continue de renvoyer la balle à la municipalité d’Ottawa pour faire accepter l’idée.

Et les anglophones dans tout ça? C’est justement la prochaine étape visée par M. de Courville Nicol. «Nous sommes en train d’approcher les organismes, institutions, et professeurs d’universités anglophones. C’est une manière d’apporter un dossier juridique solide à la Ville d’Ottawa.»

Capter les anglophones, c’est aussi ce que souhaite M. Fleury. «Encore là, il n’y a rien de concret. On aimerait si possible avoir des appuis publics du Collège algonquin, de l’Université Carleton ou encore de la Chambre de commerce d’Ottawa.»

Lors d’un sondage mené par l’ACFO d’Ottawa durant la campagne municipale, beaucoup de candidats anglophones s’étaient prononcés en faveur du bilinguisme officiel.

 

Élection fédérale

Plus que le dernier scrutin municipal, une nouvelle échéance plus importante se dresse sur la route de 2017. Celle des élections fédérales pour l’automne. Et M. de Courville Nicol l’affirme sans ambages: «On va faire tout ce qui est en notre pouvoir pour brasser la cage.» Comprendre fournir la documentation nécessaire sur le projet, être présent sur le terrain et les médias sociaux.

Au niveau fédéral, des partis politiques ont donné aussi leur engagement. C’est le cas du Parti libéral du Canada par l’intermédiaire du porte-parole en matière de Langues officielles, Stéphane Dion, mais aussi plus franchement du NPD par la voix d’Yvon Godin. Les conservateurs de Stephen Harper ont habilement botté en touche.

Le Mouvement peut en tout cas compter sur d’autres joueurs importants pour la promotion du bilinguisme. Si on trouve «une cinquantaine de groupes» selon M. de Courville Nicol, deux se distinguent particulièrement depuis le début: Dialogue Canada et le comité sur le bilinguisme officiel mis en place par l’ACFO à la suite des États généraux.

Le premier, sous l’impulsion notamment de l’activiste Trèva Cousineau et l’universitaire John Trent, a pour mandat principal «la rencontre des élus», dixit Mme Cadinal.

Plus centrée de son côté dans une promotion locale du projet, l’ACFO loue de son côté «l’échange constant d’informations» avec le Mouvement, «un partenaire de premier plan», conclut M. Mattard-Michaud.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org