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Désignation bilingue d’Ottawa: la réponse des 23 conseillers

Les appuis sont rares au conseil municipal pour le bilinguisme officiel d'Ottawa. Crédit photo: #ONfr

OTTAWA – La Ville d’Ottawa risque de ne pas être désignée officiellement bilingue en 2017. Une enquête menée par #ONfr montre que seuls cinq des élus appuient publiquement l’initiative du groupe #OttawaBilingue. À savoir l’enchâssement de la politique en l’incorporant au règlement municipal sur le bilinguisme.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Les conseillers municipaux ont été contactés par #ONfr pour se prononcer sur la question suivante: «Nous aimerions avoir votre réponse «oui» ou «non» à la question suivante: Appuieriez-vous le bilinguisme officiel de la Ville d’Ottawa si la démarche n’impose pas de coûts additionnels et ne cause pas de pertes d’emploi?» Les élus étaient libres de répondre par courriel ou bien par téléphone.

Il s’agissait de la même question que l’initiative #OttawaBilingue, regroupant une dizaine de groupes francophones d’Ottawa, avait mis de l’avant lors d’un sondage commandé à la firme Nanos en juillet 2016. Les résultats montraient alors que 72 % des résidents d’Ottawa approuvaient l’idée. Une proportion qui grimpait à 85 % pour les 18-29 ans.

À noter que trois conseillers municipaux étaient présents lors du dévoilement de ce sondage au mois de septembre: Mathieu Fleury (Rideau-Vanier), Jeff Leiper (Kitchissippi) et Catherine McKenney (Somerest). Les trois élus s’étaient montrés favorables à l’initiative d’#OttawaBilingue au micro d’#ONfr, et n’ont donc pas été réinterrogés lors du sondage envoyé aux 20 autres conseillers absents ce jour-là.

Notre sondage indique qu’aujourd’hui, deux élus s’ajoutent à ce trio en la personne de David Chernushenko (Capitale) et de Tobi Nussbaum (Rideau-Rockcliffe).

Ce chiffre de cinq conseillers en faveur reste bien entendu en deçà des espérances de #OttawaBilingue. Sous l’impulsion de Mathieu Fleury, le groupe aimerait toujours que 17 conseillers appuient publiquement l’initiative. D’après l’élu de Rideau-Vanier, ce nombre est nécessaire pour déposer une motion à la table du conseil municipal laquelle pourrait déboucher sur un projet de loi.

Les militants d’#OttawaBilingue avaient pourtant rencontré une majorité de conseillers lors de rencontres privées pour leur expliquer le projet. Lucien Bradet, l’un des membres du groupe, affirmait que 12 édiles avaient appuyé l’idée lors ces présentations. Force est de constater que la vérité derrière les portes closes ne correspond pas à la parole publique.

C’est pourtant dans un premier temps d’un appui public, et non «en coulisses», que la motion a besoin pour être déposée.

Voteconseiller

 

Indécision

Au total, 13 conseillers municipaux n’ont pas voulu répondre «oui» ou «non» et sont donc restés indécis. Mais la plupart ont argumenté leurs réponses.

Dans cette masse d’indécis, on note la présence des conseillers des quartiers «francophones»: Bob Monette (Orléans), Tim Tierney (Beacon Hill-Cyrville), Jody Mitic (Innes) et Stephen Blais (Orléans). Ceux-ci ne ferment pas la porte à l’idée mais préfèrent attendre que la motion soit déposée pour se prononcer.

Informé des résultats, M. Fleury n’a pas caché sa déception: «Je suis déçu. Pourquoi ces conseillers ne se sentent pas responsabilisés. Ça me perturbe.»

Parmi le groupe de treize indécis, une autre frange estime que la politique sur les services en français en place depuis 2001, fonctionne bien. C’est donc une confirmation pour le «statu quo» sans pour autant un «non» formel. On retrouve ici le maire suppléant Mark Taylor (Baie), Geroge Darouze (Osgoode), Diane Deans (Gloucester-Southgate) ou encore Eli El-Chantiry (West Carleton-March).

Troisième «sous-groupe» de ces indécis, ceux qui estiment que notre question est peu pertinente. Jean Cloutier (Alta Vista) répond tout simplement «qu’avec des si, on mettrait Paris en bouteille». Rick Chiarelli (Collège) tient un raisonnement semblable (voir résultats détaillés ci-dessous).

Enfin, cinq élus se sont prononcés pour un «non» clair. Ce groupe s’ajoute donc au «non» ferme et massif ressassé depuis des années par l’actuel maire d’Ottawa, Jim Watson. Pour Scott Moffatt (Rideau-Goulbourn), Michael Qaqish (Gloucester-Nepean-Sud) et Jan Harder (Barrhaven), la réponse obtenue par courriel n’a pas dépassé trois lettres: Non. Keith Egli (Knoxdale-Merivale) et Marianne Wilkinson (Kanata-Nord) ont pour leur part argumenté leur refus.

À sept mois du 150e anniversaire de la Confédération canadienne qui devait servir de date butoir pour la désignation bilingue d’Ottawa, un constat s’impose: Jim Watson n’est pas le seul responsable de la lenteur du dossier.

 

Les OUI

David Chernushenko (Capitale)

Le conseiller du quartier Capitale n’est pas réputé pour avoir sa langue dans sa poche. M. Chernushenko, qui s’exprime bien en français, approuve l’idée mais avec une réserve. «Je suis toujours contre le fait qu’Ottawa devienne officiellement bilingue pour toutes sortes de raisons, mais ce que propose le groupe #OttawaBilingue me convient.»

Mathieu Fleury (Rideau-Vanier)

L’élu de Rideau-Vanier est devenu le porte-drapeau du dossier parmi les conseillers municipaux. La position de M. Fleury a certes évolué au cours des derniers mois. Son appui conditionnel (il voulait en savoir plus sur le projet lors de la relance de l’idée en 2014) s’est transformé avec le temps en un appui franc et massif. «Le maire n’a qu’un vote», avait-il lancé lors du dévoilement du sondage au mois de septembre.

Jeff Leiper (Kitchissippi)

Lors de la publication de ce coup de sonde en septembre, M. Leiper avait répondu en français au micro d’#ONfr sur le projet: «C’est important de protéger les services en français, et un conseil, au futur, peut renverser les politiques courantes. Il faut être fier de son patrimoine francophone. J’espère que cette initiative aura du succès.»

Catherine McKenney (Somerest)

Mme McKenney a elle aussi été claire lorsque nous l’avons interrogée sur le sujet au moment du dévoilement du sondage: «Nous avons une politique qui fonctionne très bien, mais la reconnaître serait important pour les générations à venir.»

Tobi Nussbaum (Rideau-Rockcliffe)

Lors de la campagne des élections municipales de 2014, celui qui devait détrôner Peter Clark avait alors déclaré vouloir le bilinguisme officiel. Deux ans plus tard, le conseiller tient parole: «J’ai toujours maintenu mon support pour une solution qui reconnait le caractère et l’histoire bilingue d’Ottawa et je crois que l’année 2017 est une opportunité idéale pour assurer la politique du bilinguisme actuelle à long terme. J’appuie une approche pragmatique et «fabriquée à Ottawa», c’est-à-dire un bilinguisme qui reconnait le caractère unique de la Ville d’Ottawa et qui se différencie des obligations imposées par le bilinguisme au niveau fédéral», affirme-t-il par courriel.

 

Les INDÉCIS… gardant une ouverture

Stephen Blais (Cumberland)

On oublie souvent que c’est Stephen Blais qui détient le quartier où les francophones sont les plus représentés à Ottawa. En six ans à titre d’élu, M. Blais a progressé en français, et même obtenu le prix Bernard-Grandmaître du francophile de l’année en 2014. Mais il ne se prononce toujours pas sur le bilinguisme officiel. «Une fois qu’une proposition est présentée par un conseiller ou le maire, je vais examiner la motion à fond et ensuite déterminer la meilleure façon de procéder.»

Riley Brockington (Rivière)

L’élu de Rivière se garde une petite ouverture en affirmant qu’il jugera l’idée une fois la motion déposée devant le conseil municipal. M. Brockington ne veut pas répondre à ce qu’il qualifie «d’hypothèses».

Bob Monette (Orléans)

Souvent considéré comme le deuxième francophone à la table du conseil derrière M. Fleury, Bob Monette reste prudent dans ce dossier: «Je ne peux pas dire oui ou non puisque je ne sais pas quand cette demande sera devant le conseil de Ville ni quel projet sera mis devant le Conseil.»

Tim Tierney (Beacon Hill-Cyrville)

Le conseiller de Beacon Hill-Cyrville était manifestement le moins pressé pour répondre. Il a même répondu en dernier. Plusieurs appels et courriels n’ont rien fait, et il a fallu lui courir littéralement après à la sortie de la réunion municipale pour obtenir enfin sa réponse. D’abord agacé par notre insistance, M. Tierney s’est ensuite dit «favorable» au bilinguisme mais indique qu’il «ne veut pas répondre tant qu’il n’y a pas de proposition à la table du conseil municipal avec les coûts et les implications».

 

LES INDÉCIS… favorables au statu quo

George Darouze (Osgoode)

D’origine libanaise, M. Darouze parle français. On l’a même vu à plusieurs occasions converser dans cette langue avec des élus francophones de la Ville d’Ottawa. Pour ce qui est du bilinguisme officiel, l’élu d’Osgoode dit ne pas vouloir répondre tout en se déclarant «satisfait» de la politique actuellement en place à Ottawa.

Diane Deans (Gloucester-Southgate)

On a rarement vu la conseillère Deans s’impliquer vraiment dans les dossiers francophones. La réponse donnée par son bureau affirme que l’élue est  «favorable au bilinguisme pratique actuellement en place à la Ville d’Ottawa». Un vocabulaire non sans rappeler celui du maire Jim Watson.

Eli El-Chantiry (West Carleton-March)

La réponse mot pour mot du conseiller, par courriel et dans les deux langues: «Le 9 mai 2001, la Ville a adopté sa Politique de bilinguisme, qui réaffirme son engagement à soutenir la prestation de ses services aux résidents et au personnel dans les deux langues officielles. De plus, le Conseil a reconnu le caractère bilingue de la Ville d’Ottawa, tel qu’il est décrit dans le Règlement no 2001-170. La Ville d’Ottawa est bilingue. En partenariat avec la Direction des services en français, les directions générales veillent au respect de la préférence linguistique du personnel et du public en ce qui concerne la prestation des services de la Ville et l’accès à ces services. Le 9 novembre 2016, le Conseil a reçu le rapport de 2015 sur les services en français, qui décrit les réalisations de la Ville et son engagement soutenu à assurer l’excellence du service dans les deux langues officielles.»

Alan Hubley (Kanata-Sud)

L’élu de Kanata-Sud nous a donné la même réponse mot pour mot que M. El-Chantiry. C’est donc le statut quo qui est ici de mise.

Jody Mitic (Innes)

Le successeur de Rainer Bloess dans le quartier Innes occupe un quartier stratégique pour les francophones. M. Mitic a finalement laissé son bureau répondre pour lui, affirmant que l’élu avait des «craintes en matière de coûts et de pertes d’emplois».

Shad Qadri (Stittsville)

Pas vraiment de surprise non plus pour le conseiller du quartier Stittsville. Pour lui, la politique actuelle fonctionne bien, et même si elle devait être enchâssée, il y aurait toujours un «risque de changement» par un autre conseil municipal.

Mark Taylor (Baie)

Le maire suppléant de la Ville d’Ottawa a répondu dans les deux langues officielles dans un courriel envoyé à #ONfr: «La province de l’Ontario oblige la Ville à avoir une politique sur les langues officielles. Nous nous sommes dotés d’une politique de cette nature, qui inclut le français, et je pense donc que nous offrons déjà le bilinguisme officiel. Je sais que je ne réponds pas à votre question par «oui» ou par «non» comme vous l’auriez souhaité, mais j’ai jugé important de souligner que, selon moi, nous offrons un bilinguisme officiel.»

 

LES INDÉCIS…  qui n’ont pas aimé la question

Jean Cloutier (Alta Vista)

Nouveau venu à la table municipale en 2014, et francophone de surcroît, M. Cloutier avait suscité un certain espoir chez les francophones partisans du bilinguisme officiel de la capitale nationale. L’élu d’Alta Vista s’est contenté d’une réponse laconique à notre courriel: «Avec des si, on mettrait Paris en bouteille.» Invité à clarifier sa réponse par téléphone, M. Cloutier n’a jamais répondu à notre demande de précisions.

Rick Chiarelli (Collège)

M. Chiarelli n’a manifestement pas aimé notre question et nous l’a fait savoir, par courriel. «La question que vous posez ne sera jamais amenée devant le conseil municipal de cette façon, car c’est un enjeu complexe.» Dans une entrevue à la radio anglophone CFRA, au mois d’octobre, à la suite du dévoilement du sondage, M. Chiarelli s’était déclaré défavorable au bilinguisme officiel. Nous avons quand même choisi de conserver la réponse donnée à #ONfr, en le plaçant dans le groupe des «indécis».

 

NON

Keith Egli (Knoxdale-Merivale)

M. Egli n’était visiblement pas le plus enthousiaste pour répondre à notre question. Selon lui, l’initiative du groupe #OttawaBilingue n’est pas une question «raisonnable» parce qu’elle va déclencher des coûts et des pertes d’emploi. On en conclut logiquement que sa réponse serait donc plutôt négative.

Jan Harder (Barrhaven)

Représentante d’un quartier où les francophones commencent à croître, Jan Harder a semblé montrer plus d’inclinaison à la communauté francophone. Sa réponse par courriel – après plusieurs relances – a toutefois été catégorique: non.

Scott Moffatt (Rideau-Goulbourn)

Le quartier de M. Moffatt compte très peu de francophones. Lui-même semble bien étranger à la communauté franco-ontarienne. Il n’a fallu au conseiller municipal que cinq minutes pour répondre par courriel: «non». Clair et net.

Michael Qaqish (Gloucester-Nepean-Sud)

On dit que les jeunes appuient en majorité le bilinguisme officiel à la Ville d’Ottawa. M. Qaqish, plus jeune représentant à la table du conseil municipal (31 ans), ne reflète pas cette tendance. C’est donc un «non».

Marianne Wilkinson (Kanata-Nord)

La doyenne du conseil municipal n’est pas du genre à mâcher ses mots. C’est donc un «non» franc et massif qu’a lâché Mme Wilkinson sur le sujet. L’élue de Kanata-Nord affirme être «satisfaite avec le bilinguisme pratique» en place actuellement.

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.