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Des pistes pour favoriser l’immigration francophone

Le président de l'AFO, Carol Jolin. Archives #ONfr

OTTAWA – L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a rendu public, le jeudi 23 mars, son Livre blanc sur l’immigration francophone en Ontario. Un document dans lequel l’organisme propose plusieurs mesures pour favoriser l’accueil et l’intégration de nouveaux arrivants francophones dans la province.

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE
jmorissette@tfo.org | @JFMorissette72

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

En préambule du document final, l’organisme ne mâche pas ses mots pour décrire la situation actuelle de l’immigration francophone en Ontario, tout en reconnaissant quelques progrès au cours des dernières années.

«Il y a une approche gouvernementale dissociée et incohérente, un nombre insuffisant d’immigrants francophones attirés et recrutés en Ontario, une trajectoire parsemée d’obstacles et d’iniquités pour l’immigrant francophone et un continuum francophone fractionné et incomplet. Ces constats expliquent en grande partie pourquoi les cibles ne sont pas atteintes.»

En 2012, l’Ontario s’est dotée d’une cible de 5 % de nouveaux arrivants francophones, mais selon l’Office des Affaires francophones (OAF), ce pourcentage serait actuellement de moins de 2 %. Du côté du gouvernement fédéral, l’objectif d’accueillir 4 % d’immigrants économiques francophones à l’extérieur du Québec d’ici 2018 semble difficile à atteindre, alors que le taux d’immigrants francophones stagne dans ces communautés à 1,5 % depuis dix ans.

Pour contrer le phénomène, le Livre blanc sur l’immigration francophone en Ontario propose 11 «mesures prioritaires» aux gouvernements provincial et fédéral, fruit de consultations menées à travers la province et d’un travail de collaboration avec les trois Réseaux de soutien à l’immigration francophone de l’Ontario (RIF).

«Pour réaliser ce document, on est allé sur le terrain, on a rencontré quelque 200 personnes, on a entendu des choses très positives mais aussi des histoires d’horreur de gens qui ont vécu le processus d’immigration. Désormais, nous allons travailler avec ce Livre blanc pour faire avancer le dossier, car c’est une priorité de la communauté», explique le président de l’AFO, Carol Jolin.

«Les difficultés d’établissement éprouvées par les immigrants francophones sont de bien des façons semblables à celles d’autres immigrants, mais rendues plus complexes dans certains domaines à cause de leur statut de francophone.»

Parmi les mesures proposées, il est notamment préconisé un travail de collaboration entre tous les acteurs, gouvernementaux et communautaires. Raison pour laquelle, l’AFO recommande l’adoption de politiques officielles d’immigration francophone, au niveau provincial et fédéral, qui s’arriment entre elles, mais aussi le financement adéquat d’une infrastructure d’accueil et d’intégration gérée «par et pour» les collectivités francophones. Et pour assurer l’intégration des nouveaux venus francophones au marché de l’emploi, un travail de sensibilisation auprès des employeurs est recommandé, ainsi qu’une amélioration et une accélération du processus de reconnaissance des diplômes et de mise à niveau des compétences professionnelles.

Proposant également une quarantaine de pistes d’actions, l’organisme porte-parole des 611 500 Franco-Ontariens souhaite que les données sur l’immigration francophone soient rendues plus accessibles afin de faire un travail ciblé ou encore, que des capacités de recherche sur le sujet soient prévues au sein de la future Université de langue française de l’Ontario.

Avant même sa publication finale, l’AFO avait déjà rendu publiques deux recommandations, soit la remise sur pied l’initiative de développement des «collectivités accueillantes» et la création d’un programme «Destination Ontario francophone», proche de celui dont s’est dotée la Société nationale de l’Acadie dans les provinces maritimes pour agir au niveau international.

 

Réactions politiques

Si quelques élus fédéraux étaient présents pour le lancement du Livre blanc sur l’immigration francophone en Ontario, force est de constater qu’ils n’étaient pas très nombreux. À l’issue de la présentation, seuls les députés franco-ontariens du Parti libéral du Canada (PLC) Francis Drouin et Paul Lefebvre, ainsi que le député conservateur du Québec, Joël Godin, étaient encore présents.

«Il y a beaucoup de travail à faire, mais il faut qu’il y ait des conversations entre tous les acteurs car l’immigration est un enjeu primordial pour nos communautés. Il faut voir désormais comment les solutions proposées ici peuvent être mises en place au sein de l’appareil gouvernemental», commente le député de Sudbury qui a lui-même participé à une des consultations menées dans le cadre du Livre blanc sur l’immigration francophone en Ontario.

Toutefois, ni le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté (IRCC), Ahmed Hussen, ni son secrétaire parlementaire, Serge Cormier, n’étaient présents au lancement du Livre blanc, tout comme, au niveau provincial, la ministre des Affaires civiques et de l’Immigration, Laura Albanese, et la ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde.

«On a un nouveau ministre, il doit être très occupé. Mais il y a du personnel des ministères qui est venu», tempère M. Jolin.

Le député Lefebvre assure qu’il poussera ce dossier auprès du ministère au niveau fédéral. Pour sa part, interrogée par #ONfr à Queen’s Park, la ministre Lalonde a réagi positivement à la publication du document.

«Je suis fière des recommandations qu’ils (l’AFO) ont apportées et c’est certain qu’il va falloir y regarder de façon plus technique, mais à la première lecture, on souligne une nouvelle fois ce que notre comité d’experts avait recommandé.»

La ministre Lalonde se dit également prête à entamer des discussions avec Ottawa sur cet enjeu.

 

Du concret

L’initiative d’un Livre blanc s’ajoute à d’autres initiatives existantes en matière d’immigration francophone. En novembre dernier, un rapport d’experts sur l’immigration francophone faisait déjà 13 recommandations pour permettre à l’Ontario d’atteindre sa cible de 5 %, sans pour autant qu’aucune mesure concrète ne voit réellement le jour. Plusieurs des recommandations faites par le comité d’experts rejoignent d’ailleurs celles qui figurent dans le document de l’AFO.

«Je ne crois pas que nous ayons trop de recommandations. L’immigration est un dossier extrêmement complexe qui avance très lentement, avec deux paliers de gouvernement. La province et le fédéral ont dit que l’immigration francophone est une priorité. On va voir à quel point, c’en est une!»

L’AFO aura l’occasion de faire valoir les propositions présentées dans son document lors de la conférence interministérielle sur l’immigration francophone qui se tiendra à Moncton, du 30 au 31 mars, et à laquelle l’organisme franco-ontarien a prévu de participer.

«C’est une des raisons pour lesquelles on a rendu public le Livre blanc aujourd’hui. J’espère qu’on sortira de Moncton avec un plan d’action et une volonté politiques de coordonner les actions menées par les deux paliers de gouvernement. Il y a du travail à faire!»

La vice-présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Audrey LaBrie, pense que l’initiative menée par l’AFO bénéficiera à toute la communauté francophone en situation minoritaire.

«Beaucoup de défis identifiés dans ce Livre blanc constituent une réalité pour l’ensemble des communautés francophones et acadiennes à l’échelle du pays. Il y a beaucoup de pistes de solution qui vont pouvoir les aider. On espère que ce document va les inspirer.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.