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Des livres en français exigés à la bibliothèque de Dryden

La bibliothèque de Dryden Crédit image: Google map

DRYDEN – La bibliothèque de Dryden s’est débarrassée de l’ensemble de ses livres en français, il y a quelques années. Le temps passe, mais plusieurs francophones de la communauté n’ont toujours pas avalé la décision et étudient des options de rechange.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Comme francophone, on doit toujours se battre. On l’a fait avec l’hôpital Montfort. Là, c’est pour des livres en français, mais ça demeure un autre combat pour nos droits», affirme Claire Drainville, citoyenne de Dryden.

«À l’époque, la dirigeante de la bibliothèque m’a dit que faute d’espace, il fallait se débarrasser des livres en français», affirme la Franco-Ontarienne qui parle d’un chapitre sombre de la petite communauté. «Au cours des dernières années, j’ai signalé à la bibliothèque, à de nombreuses reprises, que j’avais plusieurs boîtes de livres en français à donner. Je n’ai jamais eu d’appels en retour et les livres sont toujours chez moi, en train de s’empoussiérer», souligne-t-elle, avec déception.

Les livres en format papier demeurent importants pour une partie de la population qui ne consomme pas de littérature sur les plateformes numériques, affirme-t-elle. Selon Mme Drainville, l’accès à la littérature francophone est une question d’équité entre les francophones et les anglophones.

«Les francophones aussi payent des taxes et elles doivent servir à quelque chose pour tous. On a quand même deux langues officielles au pays!» – Claire Drainville

Selon des données de Statistique Canada, près de 500 citoyens de Dryden auraient une connaissance du français et de l’anglais. Le tiers de ces citoyens auraient le français pour langue maternelle. À noter: 20% des jeunes anglophones de moins de 19 ans sont considérés bilingues, ce qui ne serait pas étranger à la popularité des programmes d’immersion dans la petite communauté.

 

L’école étudie des options de rechange

Les livres en français ont leur place sur les tablettes de la bibliothèque locale, insiste également Rachèle Dupuis, bibliotechnicienne à l’École catholique de l’Enfant-Jésus.

«Ça a comme conséquence que les seuls livres en français disponibles sont dans les écoles. Mais les bibliothèques scolaires ne sont pas ouvertes au grand public et l’ensemble des citoyens ne peut pas en profiter», souligne-t-elle. «C’est pourtant un droit, à mon avis, pour une population francophone au Canada de pouvoir trouver des livres dans sa langue. À Dryden, ça fait dur. Je me sens moins qu’une participante à un groupe minoritaire», s’attriste-t-elle.

La Franco-Manitobaine d’origine mise bien souvent sur sa province natale pour trouver un accès à la culture en français. «Je fais 3 heures de route vers Winnipeg pour trouver une librairie francophone. Sinon en Ontario, je dois aller à Sudbury et conduire… 16 heures!», confie-t-elle.

(Claudine Savage, directrice d’École francophone à Dryden. Crédit image: Gracieuseté)

Face à la situation actuelle, Mme Dupuis travaille avec la direction de l’école pour rendre accessibles les livres de la bibliothèque scolaire à l’ensemble de la population. Claudine Savage, la directrice de l’école l’Enfant-Jésus, confirme ce désir.

«C’est un rêve que nous avons. On essaye de trouver une façon de le faire, que ça soit avec un groupe de lecture francophone ou avec une boîte d’emprunts», explique-t-elle. «Le défi est celui du financement. En attendant, on prête des livres pour dépanner certains citoyens. Je viens d’en prêter à une citoyenne pour que son enfant puisse lire en français pendant les vacances scolaires», confie-t-elle.

 

La bibliothèque ouverte à ajouter des livres en français

La bibliothèque de Dryden offre une perspective complètement différente sur le dossier. Contrairement à la perception de plusieurs actrices francophones de Dryden, l’institution affirme publiquement vouloir servir les amoureux de la langue française.

«Nous avons besoin de rétroaction de la part de la communauté concernant la collection francophone. Nous voulons savoir quel matériel est désiré et comment on peut répondre à leurs besoins», insiste la libraire en chef de Dryden, Dayna DeBenedet.

Cette dernière affirme qu’au cours des sept dernières années, aucune demande formelle n’a été faite pour l’ajout de livres en français à la bibliothèque.

«Nous ne sommes pas opposés à l’idée d’ajouter du matériel en français», jure-t-elle dans une réponse écrite envoyée à #ONfr. La balle est maintenant dans le camp de la communauté francophone, insiste la bibliothécaire en chef.

Les informations divergent sur le nombre d’années depuis lesquelles les livres francophones ont disparu des étagères de la bibliothèque. La direction actuelle tient à se distancier de cette décision.

«Malheureusement, la décision concernant la collection francophone a été prise avant l’entrée en fonction du conseil d’administration actuel» – Dayna Debenedet

Du même souffle, la bibliothécaire fait savoir qu’elle peut obtenir des livres en français sur demande en effectuant des appels d’ouvrages auprès d’autres institutions grâce à un programme d’échanges entre bibliothèques. Claire Drainville s’attend néanmoins à plus d’initiative des autorités municipales de Dryden.

«Personne ne va demander des livres en français s’il n’y en a pas. Un petit rayon de livres en français, ça invite à en demander plus. D’autant plus que la communauté compte de nombreux étudiants en français langue seconde», fait-elle valoir.

Si les livres qu’elle a chez elle ne plaisent pas à la bibliothèque, elle se propose d’en trouver des neufs.

«Qu’on me donne des sous et je vais aller en acheter moi-même à Saint-Boniface ou Thunder Bay», lance-t-elle.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.