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Des écoles «partagées»: l’ultime ironie à Oakville

Archives, #ONfr.

[CHRONIQUE]
Le conseil scolaire Viamonde, dans le sud de l’Ontario, annonce en douce ironie la reconstruction de son école secondaire de langue française Gaétan-Gervais, à Oakville, en 2017. Pourquoi «douce ironie»? Gaétan Gervais, pionnier de l’histoire franco-ontarienne, a lutté durant l’ensemble de sa vie professionnelle pour assurer l’autonomie des Franco-Ontariens. Il est un des plus ardents défenseurs d’une université de langue française. Il a largement mérité sa place dans une école, mais peut-être pas dans ces conditions.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

La «nouvelle» école Gaétan-Gervais va partager des infrastructures sportives avec une école secondaire de langue anglaise. Ce scénario, bien distinct des fameuses «écoles bilingues» ou de la situation qui existait à Sturgeon Falls avant que ne soit construite une école de langue française dans cette ville durant les années 1970, est néanmoins un curieux retour en arrière et je dirais même un recul pour les Franco-Ontariens. Pire encore, le Conseil scolaire Viamonde – drôle de nom pour le peu d’ambition qu’elle a pour cette école – justifie sa décision en affirmant que l’utilisation des installations n’engendre pas de coûts pour la nouvelle école.

En sommes-nous rendus là? La logique marchande va-t-elle finalement gouverner l’ensemble de nos décisions, et ce, au niveau scolaire? Sans vouloir faire de l’intégrisme, la situation minoritaire des Franco-Ontariens – c’est doublement le cas dans le sud de l’Ontario – mérite qu’on songe très sérieusement à l’ensemble des facteurs avant de prendre une décision si controversée.

Cette décision est une démonstration de la myopie du conseil. Yeux rivés sur le monde, le conseil scolaire Viamonde manque à sa mission fondamentale. Il pe06rd de vue la forêt, puisque la stratosphère lui plaît davantage, et ne tient pas compte du fait qu’en situation minoritaire, les mêmes «règles du marché» ne s’appliquent pas.

Inutile de rappeler qu’il existe une possibilité d’assimilation accrue alors que le terrain de jeu partagé cesse d’être un espace francophone pour devenir surtout un espace de langue anglaise. Le partage, s’il doit avoir lieu, doit s’effectuer entre les deux conseils scolaires francophones de la région, non pas avec des écoles de langue anglaise pour qui la préservation et l’épanouissement de la langue française arrivent bons derniers dans leur liste de priorités.

Finalement, ce qui me choque le plus est qu’on ose nommer cette école d’après un grand militant, un historien de grande qualité et un intellectuel hors pair en Ontario français. Gaétan Gervais mérite beaucoup mieux qu’une école partagée.

 

Serge Miville est chargé de cours en histoire à l’Université Laurentienne.

Note: Les opinions exprimées dans les chroniques publiées sur #ONfr n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.

 

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Le conseil scolaire Viamonde a souhaité réagir aux propos de notre chroniqueur. Nous publions ci-dessous l’intégral de la réponse.

 

C’est en grande pompe que le conseil scolaire Viamonde annonçait le 30 octobre 2015, l’octroi par le gouvernement de l’Ontario de 12 951 165 $ pour la construction de l’édifice qui accueillera l’École secondaire Gaétan-Gervais à Oakville. Depuis son ouverture en septembre 2011, les élèves, les parents et les membres du personnel attendaient avec impatience cette annonce faite par l’honorable Kevin Flynn, député provincial d’Oakville, ministre du Travail et membre du Conseil du Trésor.

Lors de l’évènement, les journalistes présents ont appris que le partenariat avec la Ville d’Oakville et le Halton District School Board ne touche que les infrastructures extérieures. Les trois partenaires investissent de l’argent afin de construire au total trois terrains de soccer, un terrain de baseball, un corridor de course et un stationnement. Durant la journée scolaire, les élèves de l’ÉS Gaétan-Gervais auront l’usage exclusif d’un terrain de soccer. Si l’école organise un tournoi de soccer ou de baseball, elle pourra réserver les espaces nécessaires à son tournoi auprès de ses partenaires.

En quoi, l’utilisation d’un terrain de soccer le soir et les fins de semaine par la communauté représente-t-il une menace pour les élèves de l’ÉS Gaétan-Gervais? En quoi, le partage des infrastructures sportives à l’extérieur des heures de classe augmente les risques d’assimilation des élèves? En quoi le partage d’installations sportives extérieures à Oakville sera différent de ce qui se passe dans les cours de toutes les écoles de langue française à travers la province alors que les voisins ou les groupes sportifs organisés viennent s’amuser sur les terrains de soccer, les pistes de course ou les structures de jeux lors que la classe est terminée?  Au ministère de l’Éducation cela s’appelle l’utilisation communautaire des installations scolaires.