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Déraillement à Gogama: les risques toujours présents

Trente-huit wagons d’un train du Canadien National (CN) transportant du pétrole brut de l’Alberta ont quitté la voie ferrée et se sont enflammés près de Gogama, dans le nord de l'Ontario, le samedi 7 mars. Bureau de la sécurité des transports du Canada

SUDBURY – Les facteurs qui contribuent aux déraillements de trains transportant des matières dangereuses sont toujours bien présents sur le territoire canadien. Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) exige du gouvernement fédéral qu’il agisse pour empêcher que des catastrophes comme celles de Lac-Mégatic et de Gogama ne se reproduisent.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Le BST a dévoilé, le jeudi 16 février, son rapport sur l’accident de train de Gogama, dans le nord de l’Ontario. Ses conclusions sont sans équivoque: de nombreux facteurs qui peuvent provoquer un accident sont toujours existants sur le réseau ferroviaire du pays. Qui plus est, en s’additionnant ces facteurs peuvent encore mener à des catastrophes d’une grande ampleur, comme cela s’est aussi produit à Lac-Mégantic.

Le train qui a déraillé le 14 février 2015 à Gogama remorquait 100 wagons de pétrole brut. Lors de l’incident, le pétrole brut de 29 wagons-citernes s’est enflammé et il a brûlé pendant cinq jours. Le train roulait très légèrement en dessous de la vitesse légale maximale dans le secteur.

«La vitesse joue un rôle majeur lors d’un accident. On espère que nos recommandations vont sensibiliser Transports Canada et l’industrie. Nous, nous pensons que la vitesse maximale permise actuellement est trop haute», a indiqué Kathy Fox, présidente du BST, lors d’un point de presse à Sudbury. «Les risques que nous constatons aujourd’hui sont encore partout», a-t-elle ajouté.

Le BST demande au gouvernement d’étudier quels facteurs peuvent provoquer des accidents et qui contribuent à amplifier l’ampleur de ces événements. Il devrait élaborer des «stratégies d’atténuation des risques, puis modifier les règles en conséquence», dit le BST.

Les wagons impliqués dans l’accident étaient de catégorie 111, soit la même que lors de la tragédie de Lac-Mégantic. Si les règles sont depuis la tragédie bien plus sévères, il demeure que l’ensemble de la flotte de wagons n’a pas encore été renouvelée.

«Bien que des wagons-citernes plus robustes soient maintenant fabriqués, les wagons actuels demeureront en service durant des années. Les risques seront présents tant que les facteurs qui contribuent aux déraillements et à leur gravité ne seront pas atténués. Voilà l’objectif de la recommandation que nous présentons aujourd’hui», selon Mme Fox.

Le BST demande à Transports Canada d’élaborer des stratégies pour atténuer la gravité des déraillements des trains qui transportent des marchandises dangereuses.

Depuis l’accident de Gogama, le Canadien National (CN) a augmenté la formation de son personnel et remplacé l’ensemble des rails du secteur. En effet, l’enquête avait déjà conclu que des fissures dans les rails étaient au nombre des facteurs à l’origine de l’accident. «Le superviseur adjoint de la voie n’a pas pu détecter les défauts compte tenu d’une formation, d’un encadrement et d’un soutien insuffisants», rappelle à ce sujet le BST.

L’accident de Gogama a provoqué la colère de la population locale. Suite à l’accident, de nombreuses critiques ont été formulées à l’endroit de CN, mais aussi du gouvernement ontarien, pour la manière dont ils ont géré la crise et le nettoyage. L’accident a rejeté 1,7 million de litres de pétrole brut dans la nature. Plusieurs citoyens, mais aussi le Nouveau Parti démocratique à Queen’s Park, ont exigé que davantage soit fait pour s’assurer que les conséquences environnementales soient limitées et que plus de mesures soient en place pour protéger la qualité de l’eau.

 

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.