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Débat du NPD: le progressisme de Jagmeet Singh mis en doute

VICTORIA – La position ambiguë de Jagmeet Singh sur la réforme du programme d’éducation sexuelle en Ontario continue de le hanter, plus de deux ans après les faits. Il a tenté de rassurer les militants du Nouveau Parti démocratique (NPD) sur ses valeurs progressistes à l’occasion du sixième débat de la course à la chefferie de la formation politique fédérale.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Trois des quatre candidats de la course à la chefferie du NPD fédéral ont croisé le fer, le mercredi 2 août à Victoria en Colombie-Britannique. Très tôt dans le débat, Niki Ashton a interpellé Jagmeet Singh au sujet de ses valeurs et de ses motivations. Elle a rappelé une déclaration faite par son adversaire en mars 2015 où il disait vouloir partager les craintes de plusieurs parents sur le programme d’éducation sexuelle proposé par les libéraux. Plusieurs ont conclu qu’il s’opposait au nouveau programme. «Disons que c’est le type de propos qu’on penserait entendre de la part de conservateurs», a même lancé Mme Ashton après avoir cité M. Singh.

Jagmeet Singh a tenté de remettre les pendules à l’heure. «J’ai appuyé clairement le programme d’éducation sexuelle, mais je critiquais à l’époque le manque d’informations envoyées aux parents», a-t-il répliqué. «C’est important de le dire: j’appuie le programme et aussi la communauté LGBT», a-t-il insisté.

Au cours des dernières semaines, la foi active de Singh a été l’objet de plusieurs interrogations de militants néo-démocrates qui craignent que celle-ci n’influence ses positions ou actions politiques.

Différences subtiles

Pour le reste, les trois candidats à la chefferie ont partagé leur vision d’un Canada néo-démocrate sur un ton cordial. Concernant la plupart des dossiers, ils s’entendaient sur la stratégie à adopter, préférant torpiller les décisions du gouvernement Trudeau.

D’une même voix, ils n’ont pas été tendre à l’endroit du chef de gouvernement sur la question de la réforme électorale avortée. Guy Caron a affirmé que les libéraux avait effectué un«sabotage» de la réforme et que la «confiance était brisée». Jagmeet Singh a renchéri. «Il faut améliorer notre démocratie. Le premier ministre a trahi la confiance des citoyens», a-t-il dit. «Trudeau a menti», a ajouté Niki Ashton.

Le candidat néo-démocrate Guy Caron

Les différences idéologiques entre les candidats se sont révélées de manière subtile. Une question sur la taxe de vente a démontré que Guy Caron appuyait son existence et favorisait une augmentation de la TPS. Jagmeet Singh a soutenu, lui, qu’il souhaitait étudier sa pertinence, alors que Niki Ashton souhaiter taxer davantage les plus riches.

Sur la question de la discipline de parti, Niki Ashton et Guy Caron ont parlé de l’importance d’un caucus uni sur la scène publique. «Il y a des questions sur lesquelles, il faut être uni. Le but ultime est de mener à bien notre programme», a pour sa part affirmé M. Singh.

La crise du fantanil, les soins à domicile, la pauvreté et les échanges commerciaux internationaux ont aussi été abordés durant le débat.

Encore deux mois de course

Le député fédéral, Charlie Angus, aussi en lice pour devenir le prochain chef du NPD était absent du débat. Le représentant de la circonscription de Timmins-Baie James accompagne un membre de sa famille en soins palliatifs.

Au cours des derniers jours, il a été révélé que Jagmeet Singh écrase ses adversaires sur le front des dons. Il a encaissé 353 944 $ depuis qu’il a fait le saut dans la course pour remplacer Thomas Mulcair. Charlie Angus a récolté 123 574 $, la Manitobaine Niki Ashton a obtenu 70 124 $, alors que le Québécois Guy Caron a cumulé 46 970 $.

Une question en français a été posée lors du débat. Elle portait sur la vente de véhicules blindés à l’Arabie Saoudite. Les deux candidats anglophones ont exprimé clairement leur position dans la langue de Molière, dénonçant la situation actuelle qui ne respecte pas les droits de la personne, ont-ils dit. Les deux candidats anglophones ont aussi intégré du français dans leur discours de clôture.

Le NPD choisira son nouveau chef en octobre.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.