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De nouvelles écoles, mais aucune pour les francophones

La ministre de l’Éducation de l’Ontario, Mitzie Hunter.
La ministre de l’Éducation de l’Ontario, Mitzie Hunter. Crédit image: Maxime Delaquis

TORONTO – Le gouvernement de l’Ontario a annoncé le lundi 19 juin la mise en chantier de 38 nouveaux projets scolaires. Mais aucune nouvelle école francophone n’est du lot.

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE
jmorissette@tfo.org | @JFMorissette72

Depuis plusieurs années, la communauté de Kingston milite pour la construction d’une nouvelle école pour répondre aux besoins grandissants de la population francophone de la région.

Quelques minutes après l’annonce faite par le gouvernement ontarien, Éric Galarneau, l’un des parents d’élèves francophones de Kingston, a utilisé les médias sociaux pour exprimer sa colère.


En entrevue à #ONfr, M. Galarneau dit ne pas comprendre ce qui a motivé le gouvernement dans le choix des projets financés.

«Ça fait déjà deux ans que l’on travaille activement pour obtenir un agrandissement d’école et c’est très difficile de voir les annonces qui se multiplient. Il n’y a jamais rien pour nous», a-t-il déploré.

À Kingston, des classes portatives seront ajoutées sur les terrains des écoles publiques Madeleine-de-Roybon (élémentaire) et Mille-Îles (secondaire) à l’automne pour pallier le nombre grandissant de jeunes. 

Une pétition avait aussi été envoyée à la ministre de l’Éducation de l’Ontario, Mitzie Hunter, il y a quelques semaines, pour tenter de faire déboucher l’impasse. Éric Galarneau se désole de la réponse reçue.

«Dans cette lettre, on nous dit que c’était aux conseillers scolaires d’établir les priorités, mais Kingston était la seconde sur la liste et personne n’a suivi cette recommandation», s’est-il exclamé.

«C’est très frustrant parce que ça fait plusieurs années que ça perdure», a ajouté ce parent.

 

Rester optimiste

Denis Chartrand, président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), a préféré rester optimiste et dit espérer d’autres annonces dans un avenir prochain.

«Je ne peux pas être dans la tête de la ministre de l’Éducation, mais pour nous, il est évident que c’est une première annonce et que d’autres suivront», a indiqué Denis Chartrand.

Ce dernier estime tout de même que les besoins des écoles francophones laïques de la province sont «criants».

«Il y a des manques de places partout et même plus d’une quarantaine de régions en Ontario où il n’y a pas d’écoles du tout» – Denis Chartrand

«On est optimiste qu’il va y avoir une autre annonce et l’on espère que là-dedans, il va y avoir des projets pour les conseils francophones laïques (…) En même temps, je ne sais pas, je présume», a souligné M. Chartrand.

Denis Chartrand insiste aussi que les écoles francophones devront avoir leur juste part dans les prochaines années puisqu’il y a beaucoup de rattrapage à faire en terme de financement.

Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), ne s’inquiète pas de cette situation. Tout comme Denis Chartrand, M. Jolin dit espérer d’autres annonces prochainement.

«C’est un processus qui est lent et il est très rare que l’on puisse construire une école pour combler des besoins immédiats. Avec les temps de construction, les besoins sont souvent dépassés», a néanmoins commenté le président de l’AFO.

 

La déception des conseils catholiques

Par voie de communiqué, l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) s’est dite très déçue de la décision du gouvernement de ne pas financer de projets dans la langue de Molière.

«Il est difficile pour nous de comprendre, voir même de rationaliser, le fait qu’aucun de nos conseils scolaires n’ont obtenu du financement pour cette ronde d’annonces. Le ministère de l’Éducation aura des explications à nous fournir, car il est impensable qu’on nous exclue et qu’on ne tienne pas compte de nos priorités» a déclaré Jean Lemay, le président de l’AFOCSC.

M. Lemay rappelle que chaque année, les membres de l’AFOCSC soumettent leurs priorités au ministère de l’Éducation et qu’aucune d’entre elles n’a été retenue.

«Dans plusieurs régions de la province, nous avons des besoins criants en immobilisations. Nous sommes d’avis que les élèves qui fréquentent nos écoles ont le droit à une expérience éducative comparable à celle de la majorité linguistique et ceci inclue les installations scolaires » a-t-il insisté.

 

Aucune réponse de la ministre

Mitzie Hunter n’était pas disponible pour commenter la situation, malgré les demandes d’#ONfr. Toutefois, une porte-parole pour le Ministère de l’Éducation a assuré que le gouvernement restait «engagé à offrir un environnement éducatif aux jeunes francophones de la province».

«Nous savons que les besoins dans le domaine de l’éducation pour les francophones sont grandissants dans plusieurs régions de notre province. Notre gouvernement reste engagé dans son soutien des minorités linguistiques francophones», a-t-on expliqué.

«Il est important de noter que les conseils scolaires francophones ont grandi au cours des dernières années et que les écoles bâties sont plus récentes. Cela nécessite moins de réparations et de construction», a pris soin de préciser cette même porte-parole.

Dans son dernier budget, le gouvernement ontarien a annoncé la somme de 255 millions de dollars cette année pour améliorer les infrastructures scolaires de la province.

L’annonce du lundi 19 juin comprend la construction de 10 nouvelles écoles et la rénovation ou l’agrandissement de 28 infrastructures scolaires déjà existantes.

 

Jean-François Morissette
Jean-François Morissette
jmorissette@tfo.org @jfmorissette72