#Ontario

Climat: l’Ontario dépose son plan d’action

La première ministre Kathleen Wynne, flanquée de quatre de ses ministres, lors du dévoilement de son plan d’action de l'Ontario contre le changement climatique au parc environnemental Evergreen Brick Works, un petit coin de nature au cœur de Toronto, le 8 juin. François Pierre Dufault

TORONTO – L’Ontario ne bannira pas le gaz naturel comme source d’énergie mais investira massivement dans des incitatifs aux entreprises et aux consommateurs pour les encourager à réduire leur empreinte environnementale. C’est ce qui ressort du plan d’action quinquennal de la province contre le changement climatique qu’a dévoilé la première ministre Kathleen Wynne, mercredi 8 juin.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

Le document, très attendu, confirme que la province entend recycler dans des investissements «verts» des recettes estimées à 1,9 milliard $ chaque année après son adhésion à un système nord-américain de plafonnement et d’échanges des droits d’émissions de gaz à effet de serre (GES), l’an prochain.

Les libéraux à Queen’s Park proposent tout un éventail d’incitatifs pour encourager, par exemple, les consommateurs à acheter des véhicules électriques et les entreprises à mettre à l’essai des carburants moins polluants que l’essence.

«Les pays à travers le monde vont de l’avant avec confiance avec des plans pour bâtir un avenir sobre en carbone», a déclaré Mme Wynne lors d’un point de presse, le 8 juin. «Mais nous n’allons pas gagner la bataille contre le changement climatique si nous nous concentrons seulement sur une réduction des émissions de GES. Nous allons gagner si nos actions nous rendent plus résilients, plus efficaces et plus innovateurs.»

Le clan libéral compte établir une «banque verte» qui serait chargée de «la mise en œuvre du financement des technologies sobres en carbone déjà disponibles afin de réduire la pollution par les gaz à effet de serre». Cette «banque verte» aurait le mandat de réinvestir de manière «responsable et transparente» dans une économie verte les profits d’un marché du carbone.

 

Gaz naturel

Devant la presse, Mme Wynne a réitéré que son gouvernement n’avait aucunement l’intention de bannir l’utilisation du gaz naturel comme source de chauffage pour les édifices, contrairement à ce que laissait entendre un document ministériel obtenu par le Globe & Mail, à la mi-mai.

La lutte au changement climatique devrait coûter directement aux contribuables ontariens environ 13$ de plus par mois, alors que le prix du chauffage devrait augmenter de 5$ par mois et le prix de l’essence devrait augmenter d’environ de 4¢ le litre, a fait savoir le ministre Glen Murray, responsable de Environnement et de l’Action contre le changement climatique.

Une centaine d’industries polluantes auront toutefois droit à un laissez-passer d’un an pour s’adapter à une «nouvelle économie» du carbone.

«Il y a des gens dans l’opposition qui nous disent d’arrêter. Ils nous disent de ne pas en faire davantage. Ce n’est pas du leadership», a exhorté Mme Wynne lors du dévoilement de son plan d’action contre le changement climatique au parc environnemental Evergreen Brick Works, un petit coin de nature au cœur de Toronto. «Il faut se demander quel serait le coût de l’inaction. Quel serait le coût de nos assurances qui risquent d’augmenter? Quel serait le prix de la nourriture? C’est ce coût qu’il faut éviter.»

 

Zones grises

L’opposition à Queen’s Park estime, pour sa part, que le plan libéral comporte beaucoup de zones grises.

«Le gouvernement fait des promesses basées sur des milliards de dollars dont il n’a pas encore vu la couleur. Les Ontariens ont déjà du mal à chauffer leurs maisons», a dénoncé la progressiste-conservatrice Lisa Thompson. «Nous avons besoin d’une analyse coûts-avantages. Il faut que le processus soit transparent.»

«Ce plan devrait être juste pour tout le monde. Pour l’instant, nous ne voyons pas suffisamment d’investissements pour aider les foyers à faible revenu à mitiger la hausse prévue du coût de la vie», a indiqué à son tour le néo-démocrate Peter Tabuns.

«J’ai deux grandes préoccupations par rapport à ce plan», a signalé le chef des verts, Mike Schreiner. «La première est qu’une centaine des plus gros pollueurs de l’Ontario obtiennent un laissez-passer (temporaire) en vertu du programme de plafonnement et d’échanges. Et la deuxième est que la province semble trop prescriptive. Il faut donner aux consommateurs et aux entreprises des choix pour qu’ils puissent prendre les meilleures décisions pour réduire leur empreinte environnementale.»

L’Ontario s’est donné pour cible de réduire ses émissions de GES d’ici 2050 de 80% par rapport à ce qu’elles étaient en 1990.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org