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Cinq enjeux pour la francophonie de Dryden

Image de la Ville de Dryden Crédit image: Ville de Dryden
Les francophones de Dryden font face à plusieurs difficultés pour s'émanciper et obtenir des services en français Crédit image: Ville de Dryden

DRYDEN – La communauté francophone de Dryden a subi les contrecoups des aléas de l’économie, au cours des dernières années. Pour améliorer le quotidien des Franco-Ontariens qui y habitent encore, il faut miser sur une «francophonie nouvelle» et une plus grande cohésion, s’entendent plusieurs intervenants.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Défis démographiques

La petite école francophone de Dryden est un témoin privilégié des changements démographiques au sein de la population de langue française. Elle en subit les contrecoups. «Il y a 10 ans, nous avions 35 élèves. Aujourd’hui, il y en a 19», révèle Claudine Savage, la directrice de l’École de l’Enfant-Jésus. Les problèmes économiques sont à blâmer, dit-elle. «La fermeture de l’usine de papier a provoqué le départ de nombreux francophones vers l’Alberta. Ils ne sont jamais revenus», s’attriste-t-elle. Depuis une décennie, la population francophone ou bilingue est en baisse. Ils seraient maintenant environ 175 à avoir le français comme langue maternelle et 500 à pouvoir s’exprimer dans les deux langues officielles.

Dryden est au nord-ouest de la province.
(Dryden est au nord-ouest de la province. Crédit image: Ville de Dryden)

Manque de services de santé en français

La population francophone de Dryden est vieillissante. Une catégorie de citoyens qui a bien souvent besoin de davantage de services dans sa langue. «Il y a de gros défis au niveau de la santé, comme on le constate aussi ailleurs dans le nord-ouest de l’Ontario», affirme Donald Pelletier, président de l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario (AFNOO). Les difficultés rencontrées pour recruter du personnel médical capable de s’exprimer en français peuvent avoir des conséquences importantes dans une communauté où la population francophone est vieillissante comme Dryden, souligne-t-il.  Diane Quintas du Réseau du mieux-être francophone du Nord confirme ces difficultés, mais partage néanmoins de bonnes nouvelles. «Des travailleuses sociales pour aînées qui parlent français ont récemment été engagées et aident en santé mentale», se réjouit-elle. Du côté de l’hôpital de Dryden, des formations en interprétation ont été offertes aux employés francophones, rapporte-t-elle. «Il vaut mieux utiliser un interprète qui est formé que de dépendre des enfants d’une mère comme traducteurs pour lui apprendre qu’elle est malade», explique Mme Quintas.

Solitude francophone

Tous s’entendent: il y a un manque de cohésion des francophones de Dryden, qui peinent à se regrouper et à unir leur voix. «Je suis frustrée. On a besoin de reprendre le flambeau à Dryden. On a besoin d’aide pour s’organiser et prendre notre place», confie Claire Drainville, directrice de l’organisme Les Dames Éclairs. L’une de ses complices, Micheline Lovenik, fait le même constat. «Depuis longtemps, on essaye de motiver les francophones à se rencontrer, mais les gens ne viennent pas à nos activités. On n’a souvent aucune réponse. Claire veut lâcher, tellement c’est difficile», dit-elle. «Nous sommes plusieurs femmes francophones mariées à des hommes anglophones. Et si on ne se rencontre pas, nous ne parlons jamais français et vivons de la solitude», souligne Mme Lovenik. Elle rappelle que Dryden n’a aucun centre communautaire francophone et seule l’école peut constituer un lieu de rencontre en bonne et due forme pour la communauté.

( Crédit image: Ville de Dryden)

L’espoir de l’immigration et du bilinguisme

Pour plusieurs, l’espoir se trouve dans la croissance du nombre de citoyens bilingues. 20% des jeunes anglophones de moins de 19 ans sont considérés bilingues à Dryden, ce qui ne serait pas étranger à la popularité des programmes d’immersion. Cette force vive devrait être utilisée pour promouvoir le français, selon Donald Pelletier, président de l’AFNOO. «C’est une communauté francophone vieillissante, mais avec ces jeunes, il y a une possibilité d’augmenter la vitalité de la francophonie locale. Les aînés sont moins intéressés à se battre pour des services en français. Il faut trouver des gens prêts à se mobiliser, qui vont aller à la Ville et sensibiliser les élus à la cause», croit-il. M. Pelletier parle aussi de l’importance d’attirer de nouveaux francophones à Dryden par l’entremise de l’immigration. Un souhait louable, mais qui pour l’instant ne semble pas porter fruit, selon Claudine Savage. «On a vu une représentante du gouvernement venir voir les opportunités en immigration francophone, il y a deux ans. Depuis, on a encore vu aucun impact», s’attriste-t-elle.

Respect des francophones

Plusieurs intervenantes interrogées par #ONfr ont dénoncé un manque d’ouverture d’une partie de la population locale par rapport au fait français. Rachèle Dupuis, bibliotechnicienne à l’école de l’Enfant-Jésus, ne se sent pas toujours confortable de s’exprimer dans sa langue maternelle. «Parler français ici, c’est se faire regarder», dénonce-t-elle. «Je me sens moins qu’une participante d’un groupe minoritaire à Dryden», ajoute-t-elle. Même son de cloche de la part de la directrice de l’École, Claudine Savage, qui partage une anecdote avec exaspération.

«Des anglophones m’ont dit récemment « arrête de parler français, tu es au Canada ». Il y a encore beaucoup de préjugés» – Claudine Savage

Elle constate d’ailleurs que plusieurs aînés sont gênés de parler français dans la communauté. La décision de la bibliothèque de ne plus offrir de livres en français sur ses tablettes est aussi source de frustration pour bon nombre de francophones, comme le révélait récemment #ONfr.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.