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Cinq enjeux pour la francophonie à Sudbury

Sudbury compte 42 000 francophones, selon le dernier recensement de 2011.

SUDBURY – Les 42 000 francophones du Grand Sudbury ont encore du pain sur la planche pour défendre leur langue. Tour d’horizon des cinq enjeux majeurs pour cette communauté de la ville la plus populeuse du nord de l’Ontario.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @SebPierroz

Démographie. Les chiffres démographiques vont de mal en pis pour les francophones de l’endroit. Si le Grand Sudbury comptait 28,2 % de cet échantillon linguistique en 1996 d’après les chiffres de Statistique Canada, la proportion de francophones a légèrement baissé pour atteindre 27 % en 2011. Le hic, c’est que cette baisse rime avec une augmentation de la proportion d’anglophones lesquels ont grimpé de trois points à Sudbury (61,3% à 64,5% sur la même période). Une différence dès lors avec la majorité des villes ontariennes le recul francophone s’explique par la montée des langues non officielles. «Nous n’avons pas les meilleurs mécanismes pour garder les immigrants», soutient la présidente de l’ACFO locale, Joanne Gervais. «L’immigration a beaucoup pâti du refus de Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) de ne pas répondre favorablement à la demande de subvention de Contact interculturel francophone de Sudbury (CIFS) en 2013. Cela a créé une période d’instabilité et de changement.»

L’exode des jeunes. Des jeunes qui grandissent à Sudbury, puis s’en vont travailler ailleurs. Parfois à Ottawa et Toronto. Le problème est grand pour la francophonie, au point d’en avoir fait un thème central du grand Forum communautaire pour le Grand Sudbury, début mai. «Les jeunes doivent être notre priorité, sans pour autant les définir comme un secteur à développer. C’est un discours qui ne plait pas toujours.» Un environnement favorable à la francophonie pour les jeunes? Pas toujours facile. On compte aujourd’hui moins de 20% de programmes offerts en français à l’Université Laurentienne, soit moins que la proportion de francophones dans la ville. C’est encore l’inverse à Ottawa. «Il est absolument primordial de mettre en place des outils et une stratégie à ce sujet», résume Mme Gervais.

Place des arts. Le rayonnement de la francophone passe par le projet d’une Place des arts au centre-ville de Sudbury, martèlent les francophones. Imaginée lors du sommet de 2008, avec la volonté de donner un toit au Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS), l’idée a avancé depuis difficilement. Le projet pourrait toutefois bénéficier d’un coup d’accélérateur dans les prochains mois. «Il est clair qu’en ce moment, ça avance plutôt bien», fait part la présidente de l’ACFO. En mai, le gouvernement provincial accordait 50 000 $ pour la réalisation. On parle maintenant éventuellement de l’automne pour le début des premiers coups de pioche.

Services en français à la Ville. Malgré ses 27% de francophones, la Ville de Sudbury n’est pas régie par une loi sur le bilinguisme officiel, mais plutôt par une politique sur les services en français. «Nous focalisons beaucoup plus sur un plan stratégique visant plus à développer l’offre active en français qu’à promouvoir le bilinguisme», indique Mme Gervais. «Lorsque l’on appelle la Ville, la réception est toujours bilingue, mais l’attente est plus longue pour les questions spécifiques en français.» Note positive: la responsable voit une avancée pour la francophonie à la table des élus. «Depuis quelques années, ça va mieux. Nous avons une meilleure ouverture avec le nouveau maire, Brian Bigger, élu en octobre dernier. À titre d’exemple, trois postes en communication ouverts récemment par la Ville avaient le bilinguisme comme critères d’embauche.»

Attitude. Sensibilisation, motivation, implication: des mots qui manquent toujours à une majorité de francophones à Sudbury pour Mme Gervais. «Beaucoup ont peur de s’afficher en français. Même de dire merci semble être difficile. Pourtant, nous avons fait beaucoup de chemin ces dernières décennies. Nous avons maintenant des conseils scolaires et des centres de santé francophones. Mais d’un autre côté, la francophonie n’a toujours pas pris sa place.» La solution pour la responsable? S’imposer. «La communauté doit être moins timorée. Il faut arrêter d’avoir honte.»

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org