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Cinq enjeux à Val Rita-Harty

La communauté de Val Rita-Harty fait face à de nombreux défis, mais ses dirigeants misent sur ses forces Photo: gracieuseté

VAL RITA-HARTY – La communauté francophone de Val Rita-Harty, située dans le Nord de la province, connait des années difficiles. Sa population est en baisse et les services de proximité disparaissent. Mais la mairesse et son équipe jurent que tout n’est pas joué et ils sont déterminés à faire tourner la vapeur.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Accès aux services primaires: «Nous avons vraiment tout perdu»

La mairesse de Val Rita-Harty, Johanne Baril, ne passe pas par quatre chemins: «Nous avons vraiment tout perdu». La municipalité de 762 âmes a vu disparaître tour à tour la quasi-totalité des services de proximité. «On a perdu notre épicerie, notre église, notre dépanneur, notre restaurant, notre école et maintenant on perd notre pavillon pour jeunes en difficulté. Il ne nous reste plus grand-chose à perdre», dit la mairesse Johanne Baril.

Le plus récent exemple de cette série noire est la fermeture du Pavillon Jeanne-Sauvé, il y a quelques jours.  Si la mairesse étudie la possibilité de faire une plainte à ce sujet, elle travaille aussi pour le retour d’un petit comptoir coopératif de nourriture dans la communauté. «C’est important de pouvoir trouver les aliments de base dans la municipalité. C’est aussi un lieu de rencontre et de socialisation», insiste-t-elle.

 

Le défi d’attirer les entreprises dans le Nord

Malgré ce contexte difficile, la mairesse et son équipe sont déterminées à remplir les locaux vides. «Nous étudions la possibilité de faire des logements et un hub communautaire dans l’école. Nous avons des idées et avons un esprit d’entrepreneur!», dit-elle. Mais il faut encore avoir l’attention des entreprises, admet Mme Baril. «Nos terrains ne sont pas dispendieux. Mais qu’on soit loin et petit, ça fait peur à certaines entreprises. Ils pensent qu’il n’y aura pas de marché. Mais dans le Nord, quand quelqu’un part ou amène son entreprise, la communauté s’arrange pour qu’elle fonctionne», dit-elle, vantant l’esprit de solidarité de Val Rita-Harty. Les secteurs de l’industrie forestière, de la biomasse et de l’énergie renouvelable sont dans la cible de la municipalité. «On essaye de miser sur des industries qui ne sont pas présentes dans la région», explique le directeur général de la municipalité, Guillaume Richy. «Il faut trouver des solutions audacieuses et innovantes», ajoute-t-il.

 

Attirer des jeunes

En dix ans, Val Rita-Harty a perdu près de 20 % de sa population avec le départ de 177 personnes. Bon nombre de jeunes sont du lot. La mairesse explique que son équipe tente d’encourager les jeunes qui ont quitté à revenir et les autres à découvrir la municipalité. Le vieillissement de la population est une réalité dans la communauté et il est nécessaire d’avoir une relève, insiste-t-elle. Le directeur général de la municipalité, Guillaume Richy, estime qu’il faut faire connaître la municipalité, notamment chez les Franco-Ontariens. «Nous avons un bel environnement et la qualité de vie est exceptionnelle. On ne demande qu’à avoir des immigrants francophones qui veulent venir contribuer à notre communauté», dit celui qui est lui-même originaire de la France.

Population Val-Rita-Harty (Source: Statistique Canada)

Le défi du logement et de l’immobilier

Plusieurs intervenants du nord constatent dans certaines communautés un retour des jeunes, après de grandes vagues d’exode. Mais Val-Rita en profite peu en raison du manque de logements et de maisons état disponibles. Le conseil municipal a signé une entente avec un organisme autochtone pour le développement de logements communautaires abordables sur les terrains de la Ville. La mairesse affirme que les aînés sont encouragés à postuler pour un logement, ce qui favorisera le transfert des maisons vers la nouvelle génération. La construction de nouvelles maisons se fait rare, admet le directeur général.

«Ce n’est pas avantageux de bâtir. La valeur de revente est plus faible que le coût de construction. Et comme la population est déclinante et les services absents, ce n’est pas tentant» – Guillaume Richy.

C’est en ramenant des entreprises et des commerces que la valeur des maisons pourra à nouveau augmenter, croit-il.

Activités communautaires: «la communauté reste vivante»

Pour contrebalancer la disparition de plusieurs lieux de socialisation, la municipalité mise sur les activités communautaires. «Nous voulons montrer que malgré les défis, la communauté reste vivante. On s’assure que nos citoyens ne s’ennuient pas», insiste Guillaume Richy. «Les activités qu’on offre visent à briser l’isolement et ça permet à toutes les générations d’être actives et de se rencontrer», complète Mélodie Génier, coordonnatrice en Action Communautaire.

Cette dernière tente d’importer de Kapuskasing certaines activités qui peuvent profiter aux aînés, notamment. «C’est une question de santé physique et mentale. J’essaye de développer le plus d’activités possibles et de développer des partenariats», explique-t-elle. Et les locaux vides, comme l’Église, est utilisée pour plusieurs activités.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.