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Un mouvement étudiant

Les assistants de cours, les enseignants contractuels et les assistants de recherche à l’Université de Toronto et à l’Université York ont rejoint les lignes de piquetage, début mars. (Photo: Twitter)

[CHRONIQUE]
Ce qui a commencé en Ontario a rapidement pris feu au Québec. Les étudiants au postsecondaire dans la Belle Province, fidèle à leurs habitudes, ont créé un mouvement de protestation contre l’austérité du gouvernement libéral de Philippe Couillard que l’on nomme «Printemps 2015». Si le mouvement s’est établi dans une autre province et avec des étudiants plutôt que des employés contractuels dans le milieu universitaire, l’esprit de la contestation en Ontario et au Québec demeure la même et démontre un sentiment de ras-le-bol des étudiants.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

L’orthodoxie économique présente depuis, au moins, les années 1970 avec le gouvernement anglais de Margaret Thatcher est celle d’un néolibéralisme. Cette notion, déconstruite à son niveau le plus simple, évoque un «retour» aux racines du libéralisme. Pensons notamment aux balbutiements de la révolution industrielle de la fin du XVIIIe et du XIXe siècle. Les historiens et économistes qualifient cette période de capitalisme «sauvage», sans grands règlements pour contrer les effets négatifs du développement. L’État, en ce sens, se donnait le rôle de gendarme, afin de garder l’ordre public.

La Deuxième Guerre mondiale a changé la donne. Une croissance économique fulgurante avec un Baby Boom et une peur d’une récession a donné naissance à une idéologie de l’État-providence. L’État doit proposer un filet social pour protéger les citoyens, plutôt que de simplement s’assurer de la paix publique et du fonctionnement du capitalisme «sauvage». Les États investissent massivement dans les hôpitaux, les écoles, les universités. L’Université York et l’UQÀM, présentement en grèves, sont nées de cette idéologie.

Avec une dette grandissante et une philosophie conservatrice, qui rejette le rôle croissant de l’État dans la vie des citoyens prend rapidement racine en Angleterre. Des grèves spectaculaires dans les mines de charbon se butant à un État qui les délaissent. L’État-providence vend ses actifs, dénationalise ses opérations, cherche à réduire les impôts des citoyens, et change le vocabulaire : désormais, les citoyens sont plutôt des contribuables. Ceux qui ne contribuent pas cessent d’être des citoyens légitimes.

Voilà le contexte dans lequel se déroulent ces grèves. Le gouvernement Couillard, avec la précision d’un chirurgien en ébriété, cherche à couper de manière draconienne dans l’éducation et la santé pour équilibrer son budget. Depuis les années 1990 de Bob Rae, le gouvernement ontarien ne cesse de réduire sa part d’investissement dans les universités, augmentant ainsi les frais de scolarité et le fardeau de la dette des étudiants qui doivent désormais fréquenter un tel établissement. L’État fédéral s’amuse de nouveau à sabrer dans les programmes sociaux et dans Radio-Canada et l’ONF, cherchant à les asphyxier doucement, tout en offrant des fameux crédits d’impôt qui n’affectent qu’une partie de la population.

Un monde nouveau?

Les mouvements étudiants s’attaquent à plusieurs principes. La précarité économique, une idée selon laquelle aucun être humain, aucun citoyen, aucun «contribuable» ne devrait vivre dans un état économique précaire dans lequel il ne peut pas subvenir à ses besoins et ne peut croître en tant qu’individu. Il s’attaque à l’exploitation d’une main-d’œuvre à bon marché que les universités jugent important d’utiliser afin de maintenir un budget équilibré alors qu’elles payent à leurs recteurs des salaires hallucinants dignes des chefs d’entreprises du secteur privé.

Enfin, les mouvements étudiants s’attaquent à une idéologie économique qui est fondamentalement, dans son essence, néfaste et cruelle contre l’être humain. Le néolibéralisme, si l’on veut utiliser un vocabulaire moraliste, est un mal, c’est une gangrène qui tue les plus affaiblis par ce système et qui n’est bonne que pour les plus fortunés. C’est pourquoi les étudiants travailleurs à York sont toujours sur les lignes de piquetage.

 

Serge Miville est candidat au doctorat en histoire à l’Université York.

Note: Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.