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Progressistes, ces conservateurs?

Les candidats Christine Elliott, Patrick Brown et Monte McNaugton lors d'un débat sur la chefferie du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario. (Photo: Archives, #ONfr)
[CHRONIQUE]
La course au leadership du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario a provoqué un nouvel engouement pour ce parti politique qui languit depuis les années 1990 lorsque Mike Harris, d’une main de fer, a laissé sa marque sur la province. L’enthousiasme d’une Christine Elliot qui affirme vouloir réintégrer le progressisme à la Bill Davis dans le programme du parti en a séduit plus d’un. La favorite de l’establishment n’a plus qu’un opposant, Patrick Brown, qui cherche à préserver la culture néolibérale et populiste du parti qui a maintenu les progressistes-conservateurs au ban depuis plus d’une décennie.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

Christine Elliott a réussi à créer une base d’appui extraordinaire dans cette course à la chefferie, ayant rallié la majorité du caucus du parti provincial ainsi que des appuis de taille au niveau fédéral. Elle veut redorer le blason du parti qui a été terni en raison des positions aliénantes qu’ont prises les anciens chefs durant les dernières élections, notamment celles de Tim Hudak qui s’est fait montrer deux fois plutôt qu’une la porte par les électeurs. Faisant ses devoirs, la députée de Whitby-Oshawa veut proposer une vision plus modérée au parti afin de courtiser des électeurs libéraux ainsi que ceux qui ont appuyé les néo-démocrates dans le sud-ouest de la province.

Elliott a permis les électeurs ontariens qui se sentent las quant à la politique provinciale à rêver un peu. Les nostalgiques de l’ère Davis se rappellent que ce dernier, avec des ministres de tailles dont Roy McMurtry, ont maintenu le pouvoir en Ontario pendant des décennies avec un conservatisme fiscal et une vision sociale humaine, progressiste, voire, de gauche. Multiplication des écoles, des investissements dans des hôpitaux et des universités, création de TVOntario et d’une programmation française dans la télévision de l’État, les progressistes-conservateurs ont profité certes de l’effervescence du secteur manufacturier après la Deuxième Guerre mondiale, mais ils avaient néanmoins prient la décision d’être ouverts au changement et à l’investissement dans les programmes sociaux.

Elliott dit vouloir renouveler avec cette tradition. Elle veut éliminer le tourisme médical et veut pousser les libéraux à payer pour des médicaments dispendieux pour les Ontariens. Elle veut mettre fin à la «vieille garde», donnant raison à ceux qui espèrent un renouveau au sein du parti moribond. Si les militants cherchent plutôt à appuyer le jeune Patrick Brown, un conservateur social, ils risquent de nouveau à réchauffer les bancs de l’opposition en 2018. Hudak l’a démontré, les politiques sociales conservatrices des Républicains aux États-Unis ne résonnent pas chez l’électorat ontarien.
 
Des vieilles habitudes

 
Il est faux, toutefois, de croire que Christine Elliott serait le messie venu pour les partisans d’un conservatisme à visage humain. Elle demeure fortement campée dans des idéologies qui nous rappellent Mike Harris. En se faisant partisane de la vente en partie de l’Ontario Power Generation, l’aspirante à la chefferie ne dévie pas de la ligne directrice qui gouverne depuis vingt ans les conservateurs: réduire la taille de l’État, au prix du patrimoine provincial. Pour autant qu’elle soit progressiste du côté social, elle maintient la même ligne de parti que l’ensemble des politiciens de droite en Occident, une vision selon laquelle il faut réduire les dépenses et les moyens pour l’État de générer des revenus, notamment en assurant un bas taux d’impôt.

Cette orthodoxie demeure l’immense défi des progressistes-conservateurs: comment demeurer progressiste lorsque sa vision fiscale cherche obstinément à réduire les moyens de dépenses de l’État? Bref, il ne faudrait pas trop s’attendre à des miracles du côté d’Elliott. Le parti, même avec ce messie, demeurera solidement ancré dans son conservatisme.

 

Serge Miville est candidat au doctorat en histoire à l’Université York.

Note: Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.

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