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Enfin du leadership!

L'Ontario adhérera à une bourse du carbone. (Photo: WIkicommons)

[CHRONIQUE]
Le gouvernement de l’Ontario a récemment annoncé son intention de joindre le Québec et la Californie dans l’établissement d’une bourse de carbone afin de contrer l’émanation des gaz à effet de serre et de propulser l’industrie verte dans la province, tout en encourageant les gros pollueurs à réduire leurs émanations. Il faut sans doute se réjouir de cette décision courageuse du gouvernement de Kathleen Wynne.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

Surtout, il faut résister aux grands pollueurs qui cherchent un modèle comme celui de l’Alberta pour qui la taxe sur le carbone est au mieux symbolique.

Le Québec sous le gouvernement Charest a été la première juridiction provinciale à poursuivre l’initiative d’une bourse du carbone avec la Californie, l’État le plus populeux de nos voisins du sud. Cette initiative, l’une des seules qui peuvent être jugées comme reluisantes pour les libéraux québécois, a été courageuse et est loin d’être surprenante. La Belle Province est habituée de faire bande à part de la Confédération, surtout en raison d’un gouvernement conservateur à Ottawa qui méprise la science et le changement climatique. Maintenant, la donne a changé.

Avec l’entrée de l’Ontario dans cette bourse de carbone, les Canadiens sont en droit d’espérer qu’ils ne seront plus les cancres internationaux en matière de changements climatiques. Les provinces, lorsqu’Ottawa fait la sourde oreille pour des raisons on ne peut plus idéologiques, peuvent ignorer le fédéral et y aller de leur propre initiative. En ce sens, que l’Ontario imite le Québec est un gain pour. Cela rehausse le profil de la province au niveau international et invitera des investissements verts en raison du changement de cap de Queen’s Park. Forcer les entreprises à se réinventer les oblige d’innover. Avec une main-d’œuvre hautement qualifiée, cela peut se traduire dans des emplois bien rémunérés et contribuer à la croissance de la province.

Même sans l’Alberta

Les critiques de la décision de l’Ontario de se joindre à la bourse du carbone réitèrent le fait que l’Alberta est le principal pollueur au pays et qu’elle résiste toujours à une telle initiative. Récemment, Jim Prentice, premier ministre de la province, a affirmé qu’il n’est pas intéressé à s’investir dans un tel projet. Tant pis. Même si les émanations de l’Alberta sont les plus importantes qu’ailleurs au pays, cela n’empêche pas la majorité de la population canadienne de décider, par l’entremise de leur gouvernement provincial, de choisir de lutter contre les changements climatiques. Bientôt, l’Alberta risque d’être seule à résister et se verra isolée. Tôt ou tard, la province va se rallier.

Plus encore, ça envoie un message clair et net au gouvernement Harper que les provinces sont prêt à devenir des leaders dans ce domaine et ignorer les positions anti-scientifiques du gouvernement canadien, alors que les deux tiers du pays seront gouvernés par un processus qui cherche à limiter et ensuite réduire les gaz à effet de serre.

 

Réinvestir dans notre avenir

Ce système ne doit pas être fiscalement neutre, mais doit générer des argents pour réinvestir dans des initiatives «vertes». Les lobbys des entreprises polluantes sont vertement (pardonnez le jeu de mots) contre une politique qui génère des revenus pour la province. Les progressistes-conservateurs semblent de leur côté dire qu’une telle initiative est une taxe cachée. Or, en société, il faut prendre des décisions qui sont rationnelles. En générant des profits par des enchères et des crédits du carbone, la province pourra réinvestir dans le transport en commun.

D’autres critiques regardent de près le Québec et chignent de devoir payer 3¢ de plus pour le litre de l’essence. Or, c’est se battre pour des cennes noires et c’est pleurer le ventre plein. Faire le plein d’essence pour une voiture ayant 44 litres dans son réservoir risque de coûter à l’usager 1,32$ de plus. Au niveau individuel, cela représente au plus une soixantaine de dollars par année. Au niveau collectif, cela représente des millions de dollars en investissements dans nos infrastructures. Se battre pour 3¢ le litre devient donc une absurdité.

 

Serge Miville est candidat au doctorat en histoire à l’Université York.

Note: Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.