#Canada, #Francophonie, #Ontario, #Opinion

C’est simple comme bonjour

L’offre active dans la prestation de services en français est importante, disent plusieurs experts. Thinkstock

[CHRONIQUE]
Après un Salon du Livre au Grand-Sudbury durant lequel le français était omniprésent dans la capitale du Nickel, du 4 au 7 mai, j’en suis venu à réfléchir de nouveau sur la présence de la langue française dans l’espace public. Il existe de nombreuses politiques d’affichage bilingue dans des villes de l’Est ontarien et du Nouveau-Brunswick. À Ottawa, le débat continue de faire rage quant à la nature bilingue de notre capitale nationale. Aujourd’hui encore, la place du français dans ce pays bilingue demeure un enjeu.

SERGE MIVILLE
Chroniqueur invité
@Miville

Est-il donc «normal» de parler français lorsqu’on marche dans la rue ou lorsqu’on fréquente un commerce? Si la tactique de détecter l’accent de l’individu avec qui on parle a longtemps servi comme stratégie pour obtenir des services en français, il est clair que les nouvelles générations de francophones ont depuis longtemps perdu tout accent dans la langue de Shakespeare. De fait, il arrive souvent de parler anglais avec de nombreux francophones par simple ignorance que l’on peut aussi discuter en français.

Il n’en demeure pas moins qu’une bonne partie de ce fait est liée à l’intégration de la population francophone dans le milieu urbain anglo-dominant. L’espace du français, jadis fort de ses remparts à la maison, à l’école, à l’église et dans les nombreux villages, s’effrite, s’étiole doucement, sans vraiment que l’on en prenne conscience. La maison, avec les familles exogames (un parent connaissant le français, l’autre l’ignorant, par exemple) et la consommation culturelle anglophone, a depuis quelques décennies cessé d’être le «dernier» rempart. L’école, croupissant devant la charge de devoir éduquer et faire de «l’animation culturelle» demeure mal équipée pour mener cette mission. L’église? J’en doute fort.

 

Encourager l’offre active

Voilà la situation actuelle qu’a réussi à renverser, quelque peu, le Salon du Livre, comme réussissent à la renverser, d’ailleurs, le Festival franco-ontarien et les fêtes de la Saint-Jean.

Il n’en demeure toutefois pas moins que la langue n’est pas aussi légitime qu’elle peut l’être. Trop souvent, les gens qui servent le public n’optent pas pour l’offre active des services en français. Un simple «bonjour», geste banal pourtant, pourrait donner l’occasion à cette langue de réintégrer l’espace public comme réelle langue officielle outre-Outaouais. Or, le français est loin d’être une valeur reconnue pour de nombreux commerçants.

Bref, la prochaine fois que vous offrez un service à un étranger, offrez-lui le choix de leur langue… C’est simple comme bonjour!

 

Serge Miville est docteur en histoire et chargé de cours en histoire à l’Université Laurentienne.

Note: Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position de #ONfr et du Groupe Média TFO.