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Ces jeunes francophones hors Québec qui se lancent en politique

Les candidats Francis Drouin et Jason Godin. (Photo: Courtoisie)
Les candidats Francis Drouin et Jason Godin.
(Photo: Courtoisie)

OTTAWA – Lors de chaque élection, le même refrain résonne: les jeunes ne s’intéressent pas à la politique. Pourtant, ils sont nombreux à suivre la campagne et certains tentent même de devenir député. Rencontre avec les candidats Jason Godin et Francis Drouin.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Les journées se suivent et sont bien occupées pour Jason Godin. Candidat néodémocrate dans la circonscription d’Acadie-Bathurst, le plus jeune maire de l’histoire du Nouveau-Brunswick, élu à Maisonnette en 2012 à seulement 19 ans, multiplie le porte-à-porte. Le 19 octobre 2015, il tentera de succéder à Yvon Godin, l’ancien porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de langues officielles.

«C’est certain que ce sont de grands souliers à chausser! J’ai eu la chance de le côtoyer, il m’a beaucoup appris, notamment de ne jamais rien prendre pour acquis et de beaucoup travailler», raconte-t-il.

À plusieurs centaines de kilomètres de là, Francis Drouin s’apprête à rencontrer un autre député engagé dans le dossier des langues officielles, l’ancien chef du Parti libéral, Stéphane Dion. L’ancien président des Jeunes libéraux dans Glengarry-Prescott-Russell avait travaillé sur la campagne de Julie Bourgeois, candidate libérale défaite en 2011. Aujourd’hui, c’est lui qui est sur les affiches électorales de la circonscription.

«Je ne me présente pas pour la gloire, juste pour faire avancer les choses et redonner à ma communauté. L’investiture de Justin Trudeau m’a motivé car il représente le changement et aussi ma génération. De plus, il veut donner plus de liberté à ses députés ce qui permet de représenter ses électeurs et non son parti».

Défendant chacun la plateforme de leurs partis respectifs, les deux jeunes candidats se rejoignent sur un objectif commun: assurer la rétention des jeunes dans leur région.

«Dans notre circonscription, nous avons beaucoup de jeunes qui partent à l’Ouest pour profiter des perspectives d’emploi. Il faut leur en offrir ici», explique M. Godin.

À Hawkesbury et dans Glengarry-Prescott-Russell, M. Drouin a vécu de près l’exode des jeunes de sa région.

«Beaucoup de mes amis d’enfance sont partis à cause du fort taux de chômage, 8,7%, bien plus élevé que la moyenne provinciale (7,1% en septembre 2015 selon Statistique Canada). Cette réalité est la même dans toutes les régions rurales».

 

Fiers de leurs racines francophones

Issus d’une communauté francophone minoritaire, les deux candidats, fiers de leurs origines, partagent également l’envie de mieux représenter la francophonie canadienne.

«Dans Glengarry-Prescott-Russell, il est assez facile de vivre en français. Mais il ne faut rien prendre pour acquis et je mesure l’importance de défendre les services en français. Il faut que le gouvernement fédéral agisse», plaide M. Drouin.

Pour les deux jeunes candidats, la politique est vite devenue une passion. Plus jeune, Jason Godin assistait à toutes les réunions du conseil municipal de Maisonnette avec son père.

«Je me souviens quand j’allais avec lui au conseil municipal, c’était souvent houleux. Alors quand le maire sortant a proposé de laisser sa place si quelqu’un se présentait, je me suis dit que ça ne pourrait pas être pire et que je pourrais réunir la communauté. Je ne savais pas encore dans quel défi je venais de m’engager!», sourit M. Godin.

Pour Francis Drouin, la politique est une longue tradition familiale qui s’est prolongée de son grand-père, Jean-Claude, à son père, Yves, pour arriver jusqu’à lui.

«Mon grand-père est resté 41 ans en politique et mon père pendant 14 ans. C’est certain que ça m’a marqué! Mais c’est surtout quand j’ai commencé à m’engager avec les Jeunes libéraux que j’ai compris à quel point j’aimais ça! J’ai la politique dans le sang!».

 

Éviter la partisannerie

Malgré leurs choix respectifs de s’engager, l’un pour le Parti libéral, l’autre pour le NPD,  MM. Godin et Drouin se veulent avant tout les représentants de leur communauté.

«Mes parents ne sont rattachés à aucun parti, mais ils m’ont transmis des valeurs. Mon objectif est avant tout de bien représenter ma communauté et surtout de garder un contact avec elle en étant souvent dans ma circonscription», assure M. Godin.

«Je ne suis pas très partisan. Ce que je veux avant tout, c’est apporter du changement et aussi du respect à la Chambre des communes. Si je suis élu, je veux continuer à rencontrer les gens de ma circonscription, surtout ceux qui sont en désaccord», promet M. Drouin.

En tête dans les sondages, les deux candidats ne semblent pas souffrir de leur jeune âge pour obtenir des appuis chez les électeurs.

«J’ai 22 ans, mais si je ne m’engage pas aujourd’hui pour changer les choses qui me dérangent, ça ne risque pas d’être mieux quand j’en aurais 42! Je n’ai pas d’enfant, j’ai plein d’énergie et n’ai pas peur de faire de longues heures… Je pense que les jeunes peuvent apporter un point de vue différent et tout aussi intéressant!».

Un avis que partage M. Drouin: «Je me souviens d’une rencontre, il y a quelque années, avec le premier ministre, Paul Martin. Il nous encourageait à nous engager car nous faisons bouger les choses et apportons de nouvelles idées!».

À noter que le Parti conservateur et la candidate Marianne Foucrault, approchés à plusieurs reprises par #ONfr, n’ont pas retourné nos demandes d’entrevue.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org