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Bureau de la traduction: la réponse du gouvernement jugée décevante

OTTAWA – Le gouvernement de Justin Trudeau a rendu public, lundi 17 octobre, sa réponse  à l’étude sur le Bureau de la traduction menée par le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes. Une réponse jugée très décevante.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Dans sa réponse au comité, la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Judy Foote, souligne que le Bureau de la traduction (BDT) est «un rouage essentiel dans l’application de la Loi sur les langues officielles, notamment en ce qui a trait à la communication avec le public, à la langue de travail dans la fonction publique et à la promotion du français et de l’anglais dans la société canadienne».

La ministre s’engage à ce que tous les fonctionnaires fédéraux reçoivent une formation sur le rôle du BDT et que soit reconnu le rôle essentiel de la traduction et des traducteurs pour la dualité linguistique. Mme Foote se dit également prête à mettre en œuvre un plan pour bien former la relève, citant les ressources financières affectées à des emplois d’été offerts à une cinquantaine d’étudiants et sa volonté de travailler avec les universités canadiennes.

Mais la réponse du gouvernement ne revient pas sur les problèmes de ressources, ni sur les coupures de postes à venir, ni sur le statut de l’organisme qui l’oblige à gérer comme une entreprise privée ou encore, sur la question de savoir qui est responsable du BDT. Des réponses qui étaient très attendues de la part des membres du comité permanent des langues officielles dans leur étude.

Saga

Véritable saga du début de l’année 2016, le BDT a fait l’objet d’une étude poussée du comité. La mise en place de l’outil de traduction Portage et les révélations d’abolition de quelque 400 postes par attrition au cours des quatre dernières années et de 144 autres abolitions prévues d’ici 2017-2018, avaient soulevé l’inquiétude des membres du comité quant à la capacité de l’institution à bien faire son travail.

Dans son rapport final du 15 juin, adopté à l’unanimité par ses membres, le comité recommandait au gouvernement huit mesures pour assurer l’avenir d’une institution jugée essentielle.

Le comité souhaitait notamment que soit désignée une autorité fédérale existante pour assurer le mandat de la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles, notamment au sein du BDT. Il proposait que le BDT reçoive toutes les ressources financières dont il a besoin pour faire son travail.

Enfin, le comité insistait sur l’importance pour le gouvernement de se pencher sur le statut du BDT en tant qu’organisme de service spécial et sur les conséquences de la privatisation de certains services de traduction quant à la capacité des institutions fédérales à respecter leurs obligations linguistiques en matière de communication avec le public et de prestation des services.

 

Déception

Quatre mois plus tard, la déception est à la mesure des attentes pour le député néo-démocrate et porte-parole aux langues officielles pour son parti, François Choquette.

«Je pense que tout le comité devrait être déçu par la réponse du gouvernement. Nous avions soulevé, à l’unanimité, plusieurs enjeux importants, notamment concernant la gouvernance et le manque de ressources du Bureau de la traduction, ainsi que l’incidence de la privatisation des services de traduction. Le gouvernement a ignoré une majorité de nos recommandations.»

Un avis partagé par Linda Ballantyne, porte-parole du chapitre canadien de l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC).

«Nous sommes très déçus par la réponse du gouvernement. Son rapport encourage le statu quo alors qu’il y avait des propositions très intéressantes de la part du comité des langues officielles. (…) Le gouvernement fédéral a failli à la tâche de stopper le nivellement par le bas du Bureau de la traduction engendré par le transfert de son statut à celui d’un organisme de service spécial en 1995. Cette situation a pour conséquences de nuire à la qualité des services de traduction et d’interprétation et de réduire l’accès aux délibérations des institutions fédérales dans la langue officielle de son choix.»

Déçue, l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP) parle même d’une insulte de la part du gouvernement.

«La non-réponse du gouvernement canadien aux recommandations du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des Communes est non seulement décevante, elle est insultante. L’ACEP s’attendait à une réponse qui aurait eu le mérite de s’attaquer aux problèmes identifiés par plusieurs intervenants en ce qui touche le Bureau de la traduction. Au contraire, la réponse du gouvernement est insultante non seulement pour les parlementaires du Comité permanent, mais pour les intervenants qui ont pris la peine de faire des recommandations réfléchies. (…) Dans ce contexte, il est difficile de voir comment le Bureau pourra contribuer à protéger la Loi sur les langues officielles, comme le prétend le gouvernement.»

Pour M. Choquette, cette réponse témoigne d’un manque de considération dans ce dossier.

«Le gouvernement manque de sérieux et perpétue ce qui se faisait du temps des conservateurs. Depuis le début de cette crise, on sent qu’il essaie de mettre le couvercle pour qu’on n’en parle plus, sans s’attaquer aux racines du problème. La ministre Foote, qui est supposément responsable du Bureau de la traduction, n’est même pas venue devant le comité, c’est grave!»

Pour Mme Ballantyne, la situation du BDT nécessitait pourtant une réponse sérieuse et des changements.

«On voulait voir si le gouvernement comprenait l’importance des changements proposés et on s’attendait à une réaction plus courageuse de sa part.»

Le député Choquette ne compte pas en rester là.

«Le Nouveau Parti démocratique va mettre l’accent sur les difficultés de la gouvernance et sur l’importance que le commissaire aux langues officielles du Canada ait plus de pouvoirs afin qu’un rapport comme celui-ci ne soit pas oublié.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.