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Budget provincial pour les francophones: la logique des chiffres

Le président de l'AFO, Carol Jolin. Crédit image: Patrick Imbeau

[ANALYSE]

TORONTO – Satisfaction. Carol Jolin n’a cessé de répéter cette formule à la lecture du budget provincial déposé jeudi. Moins adepte de la langue de bois que son prédécesseur, Denis Vaillancourt, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) pêche-t-il néanmoins par optimisme?

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Il existe en vérité deux grilles de lecture pour analyser la part francophone du budget provincial. La première est de regretter l’absence d’une sensibilité francophone des gouvernements successifs à Queen’s Park toutes couleurs confondues. Avec en tout et pour tout à peine cinq mentions chaque année dans le budget, la thèse se défend.

L’autre idée, développée par M. Jolin, est de se satisfaire bon gré mal gré de ces petits pas. Et on ne peut donner tort au président de l’organisme porte-parole des 611 500 Franco-Ontariens: le document du ministre des Finances, Charles Sousa, a le mérite d’avoir au moins fait un cadeau concret aux francophones.

Les 3,25 millions de dollars offerts à la Place des Arts de Sudbury représentent un véritable feu vert pour le projet. La somme augure les 5 millions restants du provincial, et semble annoncer favorablement les 12 millions manquants du fédéral. Une voie royale ou presque pour l’un des projets d’édifices franco-ontariens les plus attendus.

Le cadeau du gouvernement Wynne n’est bien entendu pas sans intérêt. Le gouvernement libéral doit plaire aux Sudburois, dont la circonscription est loin d’être un château-fort. Les trois partis principaux de Queen’s Park ont même dirigé le comté au cours des 40 dernières années. Un fait rare.

Le député actuel, Glenn Thibeault, n’est sans doute pas étranger aux étapes franchies par la Place des Arts. Ce francophone de naissance dont la langue s’est délitée au fur et à mesures des années a poussé dans les coulisses pour la réalisation du projet. Un succès personnel qui lui permet de redorer son image entachée après le Sudburygate.

Dans ces conditions, les 3,25 millions de la Place des Arts apparaissent minuscules en comparaison aux 60 millions de dollars demandés pour le projet d’une université franco-ontarienne. Les militants, l’AFO et le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) en tête, n’ont pas obtenu satisfaction de voir la somme incluse dans le budget comme fonds de démarrage. Au mieux, quelques lignes sur les «aspects conceptuels du nouvel établissement», mais pas de chiffres.

La nouvelle n’est guère surprenante, et relève de la logique financière. Dans un exercice budgétaire tendu vers l’équilibre, un investissement de 60 millions n’aurait pas été le bienvenue. D’autant que le conseil de planification de Dyane Adam n’a pas encore rendu ses conclusions.

Si l’université franco-ontarienne doit voir le jour – ou peut-être une université franco-torontoise affiliée – celle-ci se fera sous forme d’un cadeau savamment mis en valeur. Peut-être à l’occasion d’une conférence de presse, ou bien d’une Journée des Franco-Ontariens, mais probablement pas entre les 300 pages d’un document budgétaire.

Si l’absence d’une mention chiffrée à l’université franco-ontarienne reste justifiable dans une certaine mesure, ce n’est pas le cas du projet d’une bourse pour étudier en français.

Abolie en 2012 après 30 ans d’existence dans la province, celle-ci offrait 1 500 $ aux jeunes qui décidaient d’étudier à l’extérieur de leur région dans la langue de Molière. Malgré l’insistance des militants francophones, sa relance n’est clairement pas dans les plans du gouvernement provincial.

Sa mention dans le budget aurait été un signal positif lancé aux étudiants francophones. Tout aussi logique que le Fonds de démarrage de l’université, mais beaucoup plus réalisable financièrement. Une occasion ratée dans ce cas.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 29 avril.

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.