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Budget fédéral: l’innovation et la formation pour stimuler l’économie

Le budget a été déposé, mercredi 22 mars.

OTTAWA – La croissance de l’économie canadienne passe par l’innovation et un investissement dans les compétences des citoyens, selon le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau. Son nouveau budget, sans grand éclat, risque de laisser sur sa faim les citoyens qui espéraient des mesures plus ambitieuses et concrètes pour stimuler l’économie.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Alors que nous tournons notre regard vers les prochaines décennies, nous voyons le potentiel que présente l’innovation pour transformer notre vie», a soutenu M. Morneau, à l’occasion du dépôt de son deuxième budget à la Chambre des communes, le mercredi 22 mars.

L’innovation est la véritable pierre angulaire de la stratégie du gouvernement Trudeau pour stimuler l’économie. Pour atteindre son objectif, il n’hésite pas à signer cet autre budget à l’encre rouge. Il prévoit un déficit de 28,5 milliards de dollars en 2017-2018, soit davantage que lors de la mise à jour économique de l’automne. Les revenus sont en hausse (304,7 milliards), mais à un rythme plus lent que les dépenses (305,4 milliards).

Le gouvernement annonce une injection de 3,9 milliards d’argent neuf, notamment pour stimuler la recherche au sein des entreprises. L’un des projets phare de cette initiative est la création de «supergrappes», où des acteurs économiques et académiques se rassemblent pour créer des «moteurs de croissance».

Un nouveau Fonds d’innovation voit aussi le jour. Il regroupera d’anciens programmes qui visaient à soutenir le milieu automobile et de l’aérospatiale. Le fédéral gonflera son enveloppe de 200 millions de dollars (pour atteindre 1,26 milliard) et élargira son mandat pour stimuler l’économie.

Bill Morneau compte «miser sur les forces du Canada». Ainsi, il compte participer à la croissance de six secteurs: le numérique, les technologies propres, l’agroalimentaire, la fabrication de pointe, les sciences biologiques et de la santé et les ressources propres. «Là, où nous avons un avantage comparatif», insiste le ministre.

Invité à analyser le budget pour le compte d’#ONfr, l’économiste de l’Université d’Ottawa, Mario Seccareccia, apporte un éclairage différent. «Ce budget ne stimulera pas beaucoup l’économie. L’argent ce qui retourne dans l’économie est minime», dit-il d’entrée de jeu. «Ça ne se fait pas en un claquement de doigts. Il y a pas grand-chose dans ce budget en matière de recherche et développement, ce qui a souvent de l’impact sur la croissance. Quant aux grappes industrielles, il faudra voir si les entreprises accepteront cette thèse et si ce sera dans leur intérêt», dit-il.

 

Accroître les compétences des citoyens

Les changements dans le milieu du travail peuvent faire peur à plusieurs citoyens, admet le ministre des Finances.  «Nous devons voir les immenses opportunités qui accompagnent ces changements», souligne-t-il, cependant. Pour ce faire, bon nombre de citoyens doivent pouvoir avoir un accès plus facile aux programmes de formation continue et en mesure d’accroître leurs compétences de manière plus large.

Le gouvernement fédéral croit que cet objectif peut être atteint par un accès plus facile aux bourses d’études pour les étudiants à temps partiel et ceux avec des enfants.

Le fédéral investit aussi de l’argent neuf dans sa Stratégie emploi jeunesse, ce qui permettra notamment la création de 15 000 nouveaux emplois verts. Pour les plus jeunes, 50 millions sont prévus sur deux ans pour leur permettre de faire l’apprentissage du codage.

L’économiste Mario Seccareccia estime que le gouvernement pourrait insuffler une vision plus claire. «Le gouvernement n’a pas de grandes ambitions, semble-t-il. Il veut garder le chômage stable. Former les gens, c’est bien, mais je crains ici qu’on forme une main-d’œuvre pour des domaines, qui dans quelques années seront en décroissance», observe-t-il.

Infrastructure et économie verte

À l’automne, le fédéral a fait grimper à 81 milliards de dollars, sur 11 ans, ses investissements en infrastructure. Un montant qui demeure inchangé dans le présent budget.

Mais pour maximiser ces sommes, le gouvernement Trudeau mise sur la nouvelle banque de l’infrastructure du Canada, qui doit rallier des investisseurs publics et privés autour de projets d’envergure. Elle aura 35 milliards de dollars à sa disposition, révèle le gouvernement.

La banque d’infrastructure doit permettre à des projets verts de voir le jour, notamment, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et développer les énergies renouvelables.

Onze milliards de dollars sont aussi injectés par le fédéral pour construire des logements abordables ou rénover ceux existants. «Pour aider à faire en sorte que tous les Canadiens aident un droit sûr et abordable où vivre», a fait savoir le ministre des Finances. L’annonce s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale sur le logement, qui doit aussi permettre de lutter contre l’itinérance.

 

Autres annonces du budget 2017-2018 en bref:

Impôt: les taux d’imposition demeurent inchangés pour les contribuables canadiens. Le régime fiscal se doit d’être «équitable», dit néanmoins le gouvernement, qui fait savoir que des annonces seront faites prochainement pour éliminer des «échappatoires fiscaux».

Identifier les sources de gaspillage: Si le gouvernement ne dit pas quand il compte revenir à l’équilibre budgétaire, il annonce différentes initiatives pour limiter les dépenses. Trois ministères seront ciblés par un examen afin d’ «éliminer les programmes mal ciblés et inefficaces, le gaspillage et les initiatives dépassées».

Énoncé du gouvernement relatif aux sexes: toutes les mesures budgétaires devront dorénavant promouvoir l’équité, l’égalité des sexes et un plus grand accès des femmes au marché du travail.

Accès à l’internet: 15 % des ménages n’ont pas de connexion internet. L’État annonce un investissement de 13,2 millions sur cinq ans pour un programme où des forfaits à rabais seront proposés aux familles à faible revenu.

 

Nombreuses réactions

Le dépôt du budget fédéral a été accueilli, sans surprise, avec froideur par l’opposition, à Ottawa. La chef conservatrice, Rona Ambrose, a dénoncé l’abolition du crédit d’impôt pour le transport en commun, tout comme la hausse du taux de droit d’accise sur l’alcool. «Les Canadiens se font dépouiller par les dépenses incontrôlées de Justin Trudeau», a-t-elle dit.

Pour sa part, le chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, a dénoncé la stratégie du gouvernement. «On pelte en avant pour rejouer le même tour aux prochaines élections. Ils vont nous dire qu’ils ont presque atteint leurs objectifs, qu’il ne faut pas les renvoyer du pouvoir. C’est un vieux truc libéral», dit-il. M. Mulcair croit que le gouvernement libéral compte toujours privatiser les aéroports du pays, une situation qu’il dénonce.

Du côté de Queen’s Park, le gouvernement libéral, aussi au pouvoir en Ontario, a réagi par la voix de son ministre des Finances, Charles Sousa. Le budget comporte de bonnes mesures, notamment en matière d’innovation, croit-il. Il a confirmé que l’Ontario garde toujours le cap sur l’équilibre budgétaire. Concernant le crédit d’impôt sur le transport commun, il n’a pas voulu dire s’il allait imiter le gouvernement fédéral dans son propre budget, qui doit être déposé au cours des prochaines semaines.

Article écrit avec Jean-François Morissette, journaliste à Queen’s Park pour #ONfr.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.