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Budget 2016 tout azimut à Queen’s Park

Le grand argentier Charles Sousa a déposé son budget 2016 à l'Assemblée législative de l'Ontario, le 25 février. Archives, #ONfr

https://www.youtube.com/watch?v=c-3xLQOxXj4&feature=youtu.be
TORONTO – Si le gouvernement de l’Ontario ne prévoit pas hausser les impôts des particuliers en 2016, les prix à la consommation, eux, sont appelés à augmenter pour permettre à la province de continuer à investir massivement dans l’infrastructure et de combattre le changement climatique, sans perdre de vue l’élimination de son déficit d’ici deux ans.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Les libéraux de Kathleen Wynne ont déposé, jeudi 25 février, un budget tout azimut qui s’attaque au changement climatique, sans surprise, mais aussi aux droits de scolarité et aux pensions. Ils misent sur un taux de croissance optimiste de 2,2% pour réduire leur déficit de 7,5 milliards $ à 4,3 milliards $ sans trop lever le pied sur les dépenses, et gardent le cap sur un retour à l’équilibre budgétaire en 2018.

«Nous déposons le budget tôt cette année pour donner aux familles un peu de certitude et dire aux entreprises qu’elles ont un partenaire dans notre gouvernement», a déclaré le grand argentier Charles Sousa au sujet de son budget déposé hâtivement, deux mois plus tôt que d’habitude. «Nous avons un plan pour créer des emplois et faire croître notre économie», a-t-il ajouté alors qu’il promet 300000 nouveaux emplois d’ici trois ans.

Les contribuables risquent, par contre, d’écoper d’une partie de la facture.

Premier contrecoup: le prix de l’essence à la pompe devrait bondir d’environ 4,3¢ le litre, alors que la province poursuit ses objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Les factures de chauffage au gaz naturel devraient de leur côté bondir d’environ 5$ par mois en moyenne.

Dans son budget, l’Ontario confirme son adhésion en 2017 à un marché du carbone avec le Québec et la Californie. La province anticipe des revenus annuels de 1,9 milliard $ de ce système de plafonnement et d’échanges – communément appelé cap and trade – et s’est déjà engagée à hauteur de plus de 300 millions $ dans des programmes de rénovations écoénergétiques et d’incitatifs à l’achat de véhicules électriques.

Une centaine d’industries polluantes auront toutefois droit à un laissez-passer d’un an pour s’adapter à une «nouvelle économie» du carbone.

La stratégie environnementale du clan Wynne suscite toutefois l’inquiétude de l’opposition à Queen’s Park.

«Il n’y a aucune garantie que l’argent recueilli par le gouvernement au nom du changement climatique sera effectivement réinvesti dans la lutte au changement climatique», a prévenu le chef progressiste-conservateur Patrick Brown. «Les Ontariens veulent un système de plafonnement et d’échanges qui est juste, transparent et équitable. Ce n’est pas que nous avons aujourd’hui», a renchéri la chef néo-démocrate Andrea Horwath.

«Donner un prix au carbone est un pas dans la bonne direction. Mais ce que nous voulons et que nous n’avons pas vu dans le budget, c’est l’assurance que les gros pollueurs n’auront pas d’échappatoire. Ils devraient faire partie du système dès le départ», a signalé à #ONfr le chef des verts Mike Schreiner. «Une centaine de ces gros pollueurs vont avoir des passe-droits. Il devrait y avoir seulement quelques exemptions pour les industries vulnérables aux échanges commerciaux.»

 

Le vin plus libre et… plus taxé

Alors que le vin arrivera sur les tablettes de 70 supermarchés à l’automne, l’Ontario prévoit augmenter sa marge de profits sur les produits vinicoles de 2% à partir de juin, puis de 2% en 2017 et en 2018 et de 1% en 2019. La province pense ainsi quintupler ses revenus par la taxe sur l’alcool d’ici trois ans.

Le tabac sera lui aussi taxé davantage à hauteur de 3$ par cartouche de 200 cigarettes.

Les automobilistes dans la région métropolitaine pourront mettre à l’essai, dès l’été 2016, sur l’autoroute QEW à Burlington et Oakville, les premières voies réservées au covoiturage à accès tarifé dans la province. L’argent recueilli pourrait servir à financer d’autres chantiers comme ceux de l’élargissement des autoroutes 400 et 410 près de Toronto et de la route 69 vers Sudbury, de même que la réfection de la route 144 à l’ouest de Hearst.

Les frais du programme Air Pur Ontario pour les contrôles des émissions polluantes des véhicules plus anciens seront, pour leur part, éliminés.

Queen’s Park dit garder le cap sur des investissements d’environ 13 milliards $ par année dans l’infrastructure – dont 3,1 milliards $ pour les transports – et ne prévoit pas se départir de nouveaux biens publics pour atteindre sa cible. La privatisation graduelle jusqu’à 60% du fournisseur d’électricité Hydro One, élément majeur du dernier budget, devrait suivre son cours en 2016 et générer de nouveaux revenus d’environ 3,7 milliards $ – en plus des 1,8 milliard $ déjà engrangés.

Les municipalités rurales verront le Fonds ontarien pour l’infrastructure communautaire bonifié de 100 millions $ à 300 millions $, alors que le Programme de routes de raccordement aux routes principales passera de 15 millions $ à 20 millions $.

«C’est une bonne nouvelle pour nous. Certainement, ça va nous aider avec nos projets d’infrastructure. C’est un bon début. Mais il y a un grand trou à remplir. Nous villes et villages font face à un déficit d’infrastructure de 115 milliards $. Ça va prendre encore beaucoup de coups de pelle pour remplir le trou», a estimé Gary McNamara, maire de Tecumseh et président de l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO).

Un engagement de 1 milliard $ pour pistonner l’exploitation minière dans la région du Cercle de feu, dans le nord-ouest de la province, est réitéré pour une troisième année même si le projet demeure au point mort.

Une bonne part du plan de l’Ontario pour l’infrastructure dépend toutefois d’engagements du gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau, dont le budget sera déposé le mardi 22 mars, et qui prévoit replonger dans le rouge pour investir massivement dans les transports et le logement abordable.

 

Études gratuites

L’Ontario ne ramènera pas sa bourse pour étudier en français, abolie en 2012, mais s’engage dans son nouveau budget à réformer en profondeur l’aide aux étudiants dpour les ménages à faibles et moyens revenus. Les étudiants provenant de foyers gagnant moins de 50000$ par année pourraient étudier gratuitement au collège et à l’université, et ceux des familles gagnant moins de 83000$ seraient éligibles à des bourses supérieures aux droits de scolarité moyens.

Cette réforme de l’aide aux études ne devrait pas coûter plus cher à la province, selon M. Sousa, puisqu’il s’agirait essentiellement d’un «remaniement» du Régime d’aide financière aux études de l’Ontario (RAFEO). L’engagement serait toutefois conditionnel à «la mise en œuvre des engagements du Parti libéral du Canada» dans son programme électoral concernant les bourses canadiennes pour étudiants.

Queen’s Park relèvera par ailleurs de 345 millions $ le budget de fonctionnement des hôpitaux – une première depuis 2011. Mais l’investissement est dans une certaine mesure compensatoire, puisque plusieurs établissements de santé sont maintenant tenus par la province de réduire leurs tarifs de stationnement et sont ainsi privés de revenus annuels de près de 100 millions $.

Le prix des médicaments pour les aînés pourrait augmenter alors que le gouvernement tente d’économiser 200$ par année sur son programme de médicaments abordables.

L’opposition à Queen’s Park croit que les libéraux essaient d’équilibrer leur budget sur le dos des contribuables.

«La vie va continuer à coûter plus cher sous l’égide des libéraux», a dénoncé le progressiste-conservateur Patrick Brown. «Nous avons demandé au gouvernement un plan crédible pour équilibrer le budget, y compris des mesures immédiates pour rembourser la dette. Mais, après 13 ans de dépenses inconsidérées, le gouvernement tente maintenant d’équilibrer son budget sur le dos des aînés, des étudiants et des familles.»

«Pour la plupart des gens dans cette province, la vie est de plus en plus difficile», a fustigé la néo-démocrate Andrea Horwath. «Ce budget est une admission par le gouvernement qu’il a raté toutes ses cibles», a-t-elle ajouté. «Les coupes dans les services continuent. Les familles ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Et les chances de décrocher de bons emplois diminuent.»

La dette ontarienne a franchi pour la première fois le cap des 300 milliards $, soit plus du double du budget annuel de la province.

 

Pensions

Dans son budget, le ministre Charles Sousa continue d’entretenir un flou quant à la mise en œuvre d’un régime provincial d’épargne-retraite, laissant une fois de plus la porte ouverte à un arrimage de son projet à une éventuelle bonification du Régime de pensions du Canada (RPC). Le grand argentier dit mettre le cap sur 2018, soit un an plus tard que prévu, pour lancer son programme auquel pourraient cotiser quelque 4 millions de travailleurs ontariens n’ayant pas déjà accès à un régime privé auprès de leur employeur.

«Nous commencerons à verser des prestations de retraite en 2022», a fait savoir M. Sousa dans son discours budgétaire. «Nous collaborons avec le gouvernement fédéral et les autres provinces afin de trouver des solutions pour atteindre les objectifs (d’un régime ontarien) dans le cadre d’un RPC bonifié», a-t-il vite enchaîné.

L’Ontario compte par ailleurs augmenter de 1,5% les prestations d’aide sociale et investir 178 millions $ de plus sur trois ans dans le logement abordable. Le clan Wynne allongera aussi 100 millions $ sur trois ans pour enrayer la violence faite aux femmes des Premières nations.

Le gel des salaires dans la fonction publique provinciale sera maintenu pour une autre année.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org