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Budget: ​«In vino veritas»

Quelque 300 supermarchés de l’Ontario pourraient éventuellement vendre du vin. Pixabay

[ANALYSE]
À la rentrée d’hiver à l’Assemblée législative de l’Ontario s’est greffée l’annonce – assez étonnante – d’un budget hâtif qui sera déposé pour une rare fois avant la fin février. Et depuis, les engagements du gouvernement se succèdent à un rythme effréné. Environnement. Pensions. Vin. Tout y passe.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

Les libéraux à Queen’s Park avaient pourtant pris l’habitude de déposer leurs budgets plus tard au printemps, se donnant à chaque exercice le temps de vulgariser une à une leurs priorités. Il y avait toujours quelques surprises, çà et là. Mais dans l’ensemble, on savait à quoi s’attendre.

Cette année, ça déboule.

La première ministre Kathleen Wynne dit qu’il vaut mieux se donner un plan de match plus tôt que tard, alors que l’économie mondiale demeure fragile.

N’était-ce pas vrai l’an dernier aussi? Et l’autre année avant?

La rapidité avec laquelle le clan Wynne semble avoir assemblé son budget 2016 laisse aussi planer un doute sur la pertinence des consultations publiques qui ont eu lieu aux quatre coins de l’Ontario, il y a quelques semaines à peine. Les argentiers de la province ont-ils vraiment eu le temps de décanter toutes les suggestions qu’ils ont reçues pour donner suite aux meilleures d’entre elles?

 

Agenda caché?

Évidemment, il n’en fallait pas plus pour que l’opposition à Queen’s Park accuse les libéraux d’entretenir un agenda caché et de profiter ​de ​ce budget-éclair du 25 février pour en passer une petite vite aux contribuables. C’est de bonne guerre. Il faut en prendre et en laisser.

Mais il y a quand même un élément dans le discours des partis du côté gauche de la Législature qui porte à réflexion.

«Chaque fois qu’il y a une mauvaise nouvelle dans l’air, le gouvernement essaie de nous servir une bonne nouvelle pour nous faire oublier la mauvaise. On l’a vu l’an dernier avec la bière dans les supermarchés et la vente d’Hydro One», a fait remarquer le chef progressiste-conservateur Patrick Brown.

 

La bière et l’«hydro»

Pour bon nombre d’observateurs de la politique ontarienne, la libéralisation du marché de la bière en 2015 a bel et bien servi d’écran de fumée pour occulter la privatisation du fournisseur d’électricité Hydro One – une décision controversée qui continue encore aujourd’hui à alimenter les débats parlementaires.

On se retrouve un an plus tard et voilà que Kathleen Wynne annonce qu’en plus de la bière, le vin aura bientôt une place sur les tablettes de certains supermarchés.

La coïncidence est frappante. Il est normal qu’elle suscite une certaine appréhension.

Cette annonce sur le vin, attendue depuis des décennies par les amateurs et les producteurs locaux, a-t-elle le dessein d’occulter des détails peu vendeurs de la stratégie libérale de lutte contre le changement climatique? Ou d’autres mises à pied de personnel soignant dans les hôpitaux du Nord ontarien? Ou d’autres compressions sur le chemin du déficit zéro?

Pour le seul enjeu du ​changement ​climat​ique​, les libéraux à Queen’s Park ont déjà annoncé des programmes de rénovations écoénergétiques et d’incitatifs à acheter des véhicules verts totalisant plus de 300 millions $ sans préciser d’où viendra l’argent. On s’attend justement à ce que le budget éclaircisse tout ça.

«In vino veritas», écrivait l’auteur romain Pline l’Ancien. Dans le vin, la vérité? On verra bien.

 

Cette analyse est publiée également dans le quotidien LeDroit du 20 février.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org