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Alcool: l’Ontario ne veut pas du modèle québécois

La première ministre Kathleen Wynne a apporté des précisions à son plan pour libéraliser la vente de bière en Ontario. (Photo: Étienne Fortin-Gauthier)

TORONTO – Les Ontariens pourront dès décembre acheter de la bière dans certaines épiceries. Une véritable révolution. Mais la province tient à développer son propre modèle qui mise sur les «prix les plus bas au pays» et une augmentation des revenus pour le gouvernement. Le Québec est cité comme l’exemple à ne pas suivre en la matière.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Les citoyens du Québec paient plus pour leur alcool et le gouvernement reçoit moins d’argent. Ce n’est pas vraiment un bon modèle. Ce n’est pas pour rien que de nombreux Québécois viennent acheter chez nous!», a confié à #ONfr Ed Clark, président du Conseil consultatif de la première ministre pour la gestion des biens provinciaux.

Certains Ontariens sont peut-être jaloux de leurs voisins du Québec qui peuvent se rendre au dépanneur tard le soir pour se procurer une caisse de bière. Le gouvernement ontarien jure cependant que ce modèle de distribution a un coût élevé tant pour l’État que le citoyen, et ce, même si les Ontariens sont plus taxés que les Québécois lorsqu’ils achètent un produit alcoolisé.

«Est-ce qu’on peut trouver une bouteille de bière moins chère au Québec? Ça arrive, car il n’y a pas de prix unique et certains commerçants acceptent de perdre de l’argent pour attirer des clients qui vont acheter ensuite d’autres produits. Mais en général, lorsqu’on regarde tous les chiffres, les gens paient plus au Québec», tranche M. Clark.

Comment expliquer que deux provinces voisines comme le Québec et l’Ontario ont une façon de faire si différente quand vient le temps de vendre de l’alcool?

«On a une histoire différente. Je ne travaille pas avec le système du Québec, mais avec celui de ma province. Le libre marché mènerait à un réseau moins efficace et à une augmentation des prix», répond la première ministre Kathleen Wynne.

 

Les géants toujours en contrôle

Le plan proposé par le gouvernement Wynne permettra à un nombre limité d’épiceries de vendre des caisses de six bouteilles. Les caisses de douze et vingt-quatre bières ne pourront cependant être vendues que par les magasins Beer Store existants, qui sont la propriété de trois géants, Molson, Labatt et Sleeman.

En début d’année, le Globe and Mail a révélé les liens étroits qu’entretient le gouvernement Wynne avec le géant ontarien de la vente de bière.

Les propriétaires du Beer Store ont donné plus d’un million de dollars en dons aux élus, principalement issus du Parti libéral de l’Ontario, en plus de recruter plusieurs proches de la formation politique, a révélé le quotidien.

Certains observateurs estiment que le gouvernement refuse de libéraliser le marché pour protéger le quasi-monopole de Beer Store sur la vente de la bière. Ed Clark réplique pour sa part que le libre marché aurait un effet désastreux sur les revenus de l’État et que cela ferait augmenter les prix dans la province, alors que le réseau de distribution actuel est d’une efficacité exceptionnelle.

Le nom des 60 épiceries qui pourront vendre en premier de la bière sera dévoilé en décembre prochain. «Ce sera un cadeau de Noël pour les Ontariens», a lancé la première ministre Kathleen Wynne. À terme, il devrait y en avoir 450.

En vertu du plan Wynne, les magasins Beer Store devront réserver 20% de leur espace aux bières des microbrasseurs ontariens.

La vente de bière dans les supermarchés sera limitée aux mêmes heures que celles du Beer Store. «C’est une décision que la première ministre a prise d’un point de vue social», selon Ed Clark.

L’annonce faite mercredi confirme aussi la possibilité pour les plus petits brasseurs de détenir une participation dans l’entreprise. Un retour aux «racines coop» du consortium, dit le gouvernement, qui précise néanmoins que les géants de la bière conserveront la grande majorité des actions.

Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.