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2,4 millions $ pour le circuit touristique francophone canadien

Le tourisme demeure une manne pour l'économie en Ontario. (Photo: Wikimedia commons)
Les acteurs politiques misent depuis quelques années sur le tourisme francophone pour promouvoir la francophonie canadienne. Archives #ONfr

OTTAWA – Évoqué depuis plusieurs années, le circuit touristique francophone canadien  reçoit finalement du financement, à hauteur de 2,4 millions de dollars, de la part de Patrimoine canadien. De l’argent qui tombe à point alors que le projet doit être dévoilé dès le 1er juillet prochain. L’initiative doit permettre de mettre en valeurs la francophonie d’un bout à l’autre du pays à l’occasion du 150e anniversaire de la Confédération.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a annoncé cet investissement sans tambour, ni trompette, par voie de communiqué le vendredi après-midi 17 mars. «Nos deux langues officielles sont au cœur de ce que nous sommes, et nous sommes fiers d’appuyer la francophonie canadienne. Adopté par l’ensemble des provinces et des territoires, le projet favorisera le développement des communautés et fera mieux connaître la francophonie canadienne aux quatre coins du pays et du monde. Il laissera également un legs majeur aux francophones et aux francophiles du pays en ce 150e anniversaire de la Confédération», a indiqué la ministre dans la missive envoyée aux médias.

Alain Brosius, directeur de projets touristiques au RDÉE Canada, est le grand manitou derrière le projet actuel. Les fonds fédéraux ont d’ailleurs été remis à son organisme. «On est en train de faire un truc de fantastique. Il y a des dizaines de gens qui s’allient autour du projet. Chaque RDEE travaille dans chaque province et territoire, de pair avec les ministères de tourisme», a-t-il indiqué, suite à l’annonce du gouvernement fédéral. Pour l’instant, le circuit est baptisé le «corridor patrimonial, culturel et touristique francophone national».

Il révèle que le nouveau circuit comptera 150 attractions patrimoniales et 200 lieux touristiques, qui offriront tous des services en français. Le RDÉE Canada encadre présentement ces acteurs du tourisme pour leur permettre de mieux servir les clientèles francophones.

«Il y a 200 pays en compétition au niveau du tourisme. Le Canada a pris beaucoup de retard. Il y a eu un manque d’investissements. Maintenant, c’est l’inverse, on restructure les produits touristiques. Le potentiel du tourisme francophone est immense», jure-t-il. Un site Web et une application mobile seront lancés pour faire découvrir le projet, au cours des prochains mois, tout comme une campagne marketing, indique-t-il.

Le tourisme est une affaire de gros sous et pour stimuler les retombées économiques, il est nécessaire de séduire les grands tours opérateurs qui organisent des voyages organisés. En cette matière, le nouveau circuit devrait frapper dans le mille, selon M. Brosius. «Les professionnels du voyage sont très réceptifs. Les tours opérateurs européens n’attendent que ça des produits francophones», dit-il. Il serait donc fort possible que d’ici un an ou deux, le circuit francophone canadien trouve une place dans les brochures des entreprises de voyages européennes, selon lui.

L’annonce fédérale de vendredi a provoqué plusieurs réactions politiques un peu partout au pays. «Notre gouvernement se réjouit d’une telle initiative qui viendra appuyer nos efforts de promotion économique et touristique et ceux des autres communautés francophones du pays», a souligné Francine Landry, ministre néo-brunswickoise responsable de la Francophonie. «L’Alberta compte l’une des plus grandes populations d’expression française au Canada, et présentant l’une des plus fortes croissances, ce qui a mené à un plus grand intérêt à développer et à promouvoir des expériences et des produits touristiques francophones dans la province», a pour sa part soutenu Ricardo Miranda, ministre responsable du Secrétariat francophone.

 

Quelles retombées économiques?

Questionnés par #ONfr depuis plusieurs mois, les intervenants impliqués dans le développement des circuits touristiques francophones canadiens et ontariens peinent à fournir des données précises sur les retombées financières réelles de ces nouvelles initiatives. C’est le cas, notamment, des intervenants du monde politique ontarien. Ces acteurs ne nous fournissent pas non plus d’objectifs quant aux nombres de touristes qu’elles pourront éventuellement attirer.

 

Alain Brosius admet qu’il y a un manque de données statistiques actuellement. «On doit essayer de mettre des systèmes de mesure en place. C’est une problématique. Mais ça ne touche pas seulement l’industrie touristique francophone, c’est un problème en général. Toute l’industrie canadienne doit essayer de s’appuyer sur des informations plus quantifiées», souligne-t-il, dans un effort d’expliquer l’absence de cibles justifiant les investissements actuels.

L’an dernier, les ministres responsables de la francophonie à travers le Canada avaient discuté abondamment du projet. C’était d’ailleurs l’une des principales initiatives mises de l’avant par le groupe. Il semble que le scénario se répétera cette année lors du prochain rassemblement, à Ottawa. Dans l’entourage de la ministre Joly, on révèle que le dévoilement du corridor devrait alors se faire. Mais pour donner l’impulsion nécessaire au projet, il fallait dès maintenant débloquer des fonds, dit cet intervenant.

Il faut noter que tous ne s’entendent pas sur les bénéfices du tourisme pour promouvoir le fait français. Sur notre site, Rémi Léger, de l’Université Simon Fraser, affirmait qu’il s’attendait à davantage des ministres responsables de la francophonie. «Je vois mal comment le tourisme peut faire la promotion de la dualité linguistique ou encore permettre aux francophones de  »vivre et s’épanouir » dans leur langue», affirmait-t-il dans une chronique.

 

Trois circuits touristiques francophones distincts

Pas moins de trois circuits touristiques francophones sont promis par les différents paliers de gouvernements du pays depuis quelques années. Aucun d’entres eux n’a encore vu le jour.

  • Corridor patrimonial, culturel et touristique francophone: projet mené de manière nationale et financé par le gouvernement fédéral. Voyez les détails ci-haut.
  • Nouvelle Route de Champlain: l’initiative du gouvernement ontarien doit permettre la naissance d’une route touristique qui suit le parcours emprunté par l’explorateur français Samuel de Champlain. Le circuit qui suit le réseau routier tentera d’être le plus fidèle possible à la route historique qui suit le tracé du parcours emprunté par Samuel de Champlain par les voies navigables.
  • Circuit touristique des grandes villes francophones en Amérique du Nord: le Réseau, qui regroupe 120 municipalités attachées au français, travaille à la naissance d’un circuit touristique permettant de rendre visible la présence francophone dans les Amériques. Les villes francophones devraient mettre en valeur leur patrimoine francophone, ce qui permettra de tisser de nouveaux liens entre des villes qui ont des populations francophones.
Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.