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150e du Canada: inquiétude pour les langues officielles

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, est attendue sur le dossier du 150e anniversaire de la Confédération afin de ne pas revivre les déboires des JO de Vancouver, en 2010, en matière de langues officielles. Benjamin Vachet

OTTAWA – La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada appelle la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, et son ministère à faire preuve de leadership pour que les langues officielles ne soient pas oubliées lors des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Invitée à comparaître devant le comité permanent des langues officielles, le 9 mars, la présidente de la FCFA, Sylviane Lanthier a fait part de son étonnement qu’il ne semble y avoir aucun plan pour mettre en valeur la dualité linguistique et la francophonie canadienne lors des célébrations du 150e anniversaire du Canada, en 2017.

L’inquiétude de la FCFA fait écho au passage, le 24 février, de deux représentants du ministère du Patrimoine canadien devant le même comité. Joint par #ONfr, le ministère du Patrimoine canadien a tenté de calmer les inquiétudes, par courriel.

«Dès les débuts du projet Canada 150, la dualité linguistique et les langues officielles ont été prises en compte. Depuis 2012, le ministère recueille les commentaires des Communautés de langue officielle en situation minoritaire avec des tables rondes et des consultations en ligne pour assurer que la dualité linguistique soit partie intégrante des célébrations.»

Mais le doute persiste considérant les propos tenus par les représentants du Ministère du Patrimoine canadien, le sous-ministre adjoint, Citoyenneté et patrimoine, Hubert Lussier et Jean-Pierre C. Gauthier, directeur général, Direction générale des langues officielles.

Interrogés par le député conservateur, John Nater, à savoir quel rôle jouera Patrimoine canadien pour s’assurer que les événements entourant le 150e se déroulent bien dans les deux langues officielles, M. Gauthier s’est montré hésitant.

«C’est une bonne question. Effectivement, nous réfléchissons à ces questions et nous nous en préoccupons beaucoup. (…) Assurément, nous sommes très conscients qu’il faut faire en sorte que les célébrations qui auront lieu se fassent, dans la mesure où c’est raisonnable, dans les deux langues officielles. Les circonstances devront être examinées au cas par cas.»

Une réponse qui n’a pas vraiment convaincu Mme Lanthier, alors qu’elle indique que la FCFA n’a pas été consultée dans ce dossier.

«En lisant ça, on croit comprendre qu’il n’y a pas vraiment de leadership de la part du ministère pour s’assurer que les langues officielles vont être très présentes dans les projets qui seront mis sur pied. Pourtant, le ministère a un rôle important à jouer pour s’assurer que les langues officielles et la francophonie canadienne fassent partie des messages du 150e et qu’elles soient célébrées.»

 

Inacceptable pour l’opposition

Le député conservateur, porte-parole aux langues officielles pour son parti, Bernard Généreux se dit surpris de la situation.

«On a une occasion en or de monter la dualité linguistique du Canada. C’est un moment particulier qui nous permet de donner un élan à la dualité et de faire connaître la vitalité de nos communautés de langues officielles en situation minoritaire à travers le pays. On a 150 ans juste une fois, il faut profiter de ces occasions-là!»

Son homologue au Nouveau Parti démocratique (NPD), François Choquette juge la situation inacceptable.

«Il faut absolument que la dualité linguistique soit partie prenante des Fêtes du 150e anniversaire du Canada, c’est essentiel. C’est inacceptable que ça n’ait pas encore été intégré et j’espère que ça va être corrigé le plus tôt possible.»

Le débat a rebondi jusqu’au Sénat où, le 7 mars, lors de la réunion du comité des langues officielles, le sénateur conservateur Ghislain Maltais a interpelé la ministre Joly.

«Est-ce qu’il y a quelqu’un qui peut rappeler à la ministre du Patrimoine canadien que le Canada a été d’abord découvert en français? Lui rappeler, sans aucune chicane, que le Canada est bâti sur deux nations et que la première nation canadienne était une nation francophone? Il faut taper dur sur le clou parce que c’est inconcevable que vous (la FCFA – ndlr) ne soyez pas plus sur le bateau comme on dit!»

Pour rectifier le tir, M. Généreux souhaite que le comité aux langues officielles s’implique davantage.

«Je vais proposer des motions pour que le comité puisse être un acteur important de ces fêtes. Il pourrait être le gardien de ce dossier afin de s’assurer qu’à travers le Canada, on respecte les deux langues officielles et qu’on les mette en valeur pour le 150e

Même si le temps presse, la présidente de la FCFA reste optimiste.

«Il faut soulever la question dès maintenant car ça arrive vite, mais il y a encore du temps et je pense qu’on peut, au ministère du Patrimoine canadien, faire rapidement en sorte que ces messages soient véhiculés.»

Pour M. Choquette, le temps est venu pour Mme Joly de faire preuve de leadership afin de ne pas revivre une situation semblable à celle connue lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques 2010 à Vancouver, où le manque de français avait été dénoncé.

«La ministre Joly doit rapidement rencontrer la FCFA et le Quebec Community Groups Network (QCGN) et ensuite, mettre en place un plan.»

 

La FCFA en attente

Car depuis sa nomination et hormis deux réceptions, la ministre du Patrimoine canadien n’a pas encore rencontré les deux organismes représentants des communautés de langues officielles en situation minoritaire, soit la FCFA et le QCGN. Mme Lanthier demeure patiente, mais ne cache pas que le temps pourrait venir à presser.

«La ministre Joly est allée rencontrer des organismes francophones au Yukon et en Colombie-Britannique. Peut-être voulait-elle rencontrer des gens sur le terrain, dans leur milieu, pour connaître leur réalité? Nous ne sommes pas encore pressés, mais à un moment, on va sentir une urgence car il y a un budget le 22 mars parce que la ministre veut faire des consultations sur le nouveau Plan d’action pour les langues officielles dès cet été, ce qui arrive très vite. Je pense donc que nous avons des choses à nous dire avec la ministre dans le cadre de rencontres formelles pour s’assurer qu’il y ait une compréhension de ce qui est important pour nous.»

La présidente de la FCFA parle toutefois d’une «bonne volonté de la part du gouvernement» citant ses invitations, pour la première fois très rapides, à comparaître devant le comité permanent des langues officielles, le comité du Patrimoine canadien et le comité des finances.

 

La ministre Joly réagit

Dans un échange de courriel avec #ONfr, l’équipe de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, s’est voulue rassurante.

«La ministre Joly est pleinement engagée à veiller à ce que les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération se fassent dans le respect, mais aussi la célébration, de la dualité linguistique canadienne. En effet, Canada 150 est une occasion unique de célébrer nos deux langues officielles et nous cherchons activement à soutenir des projets qui reconnaissent et célèbrent cet aspect important de notre culture. Nous examinons actuellement les plans pour les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération. Nous avons hâte de communiquer ces plans et projets au cours des prochaines semaines, certains de ces plans célèbreront assurément la dualité linguistique canadienne.»

Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.