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​Pensions: ménager la chèvre et le chou

Le surplus de 10,7 milliards de dollars réalisé par deux régimes de retraite contrôlés conjointement par le gouvernement ontarien peut être utilisé pour réduire le déficit budgétaire, selon un groupe d’experts indépendant. Pixabay

[ANALYSE]
Le gouvernement de l’Ontario donne l’impression qu’il veut ménager la chèvre et le chou dans le dossier des pensions. D’une part, les libéraux de Kathleen Wynne disent vouloir s’entendre avec le fédéral sur une bonification du Régime des pensions du Canada (RPC). Mais d’autre part, ils avancent à toute vitesse vers la création de leur propre régime d’épargne-retraite.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

Un projet de loi sur la mise sur pied d’un Régime de retraite de la province de l’Ontario (RRPO) a passé le cap de la troisième lecture à l’Assemblée législative, cette semaine.

Ce RRPO doit permettre à quelque 4 millions de travailleurs ontariens n’ayant pas déjà accès à un régime d’épargne-retraite parrainé par leur employeur de mettre un peu plus d’argent de côté pour leurs vieux jours. Progressivement d’ici 2020, ces travailleurs et leurs employeurs pourraient chacun devoir verser dans un régime provincial une cotisation égale plafonnée à 1,9% du salaire annuel de l’employé, jusqu’à concurrence de 90000$.

La ministre Mitzie Hunter, responsable de la mise sur pied du RRPO, dit qu’il s’agit là de l’«amélioration la plus importante apportée au système de retraite» depuis la création du RPC en 1966.

Queen’s Park compte même donner aux futurs participants au RRPO, dès cet été, «l’information dont ils auront besoin pour se préparer» au lancement du régime provincial d’épargne-retraite.

En même temps, le clan Wynne confirme sa participation à une conférence des ministres des Finances des provinces et territoires avec le gouvernement fédéral, le 20 juin, avec l’intention d’y «encourager l’amélioration» du RPC et la recherche d’une «solution nationale».

Le grand argentier ontarien Charles Sousa affirme sans ambages que le «but principal» de son gouvernement est d’«examiner attentivement les façons de satisfaire les objectifs du RRPO au moyen d’un RPC bonifié, tout en préservant (sa) capacité à mettre en œuvre le RRPO si cela s’avérait impossible».

 

Un «plan B»

Autrement dit, ce régime d’épargne-retraite qu’on s’empresse à mettre sur pied à Queen’s Park ne demeure qu’un «plan B» même aux yeux de ses instigateurs.

Alors, qu’arrivera-t-il si les libéraux fédéraux de Justin Trudeau bonifient le RPC comme ils l’ont promis? Ou encore… Qu’arrivera-t-il si cette bonification du régime national n’intervient que dans un an ou deux, quand le régime ontarien aura pris son envol? Les cotisants vont-ils payer en double? La province va-t-elle arrimer son système à celui d’Ottawa et jeter aux oubliettes toute une bureaucratie qu’elle aura à peine créée?

C’est bien documenté. Les Ontariens – en particulier les jeunes – n’épargnent pas suffisamment pour leur retraite.

La démarche du ministre Charles Sousa tombait donc sous le sens il y a deux ans et demi, lorsque les conservateurs fédéraux de Stephen Harper refusaient catégoriquement de bonifier le RPC. Mais les choses ont changé. La porte est rouverte à Ottawa. Plus besoin de faire cavalier seul pour améliorer la retraite des travailleurs ontariens.

Les libéraux de Kathleen Wynne auraient intérêt à mettre la pédale douce sur leur projet de régime provincial d’épargne-retraite. Surtout si c’est pour céder le passage à une bonification du régime fédéral qui profiterait à l’ensemble des Canadiens. Ils risquent autrement de gaspiller temps et argent dans une bureaucratie parallèle… et peut-être très éphémère.

 

Cette analyse est publiée également dans le quotidien LeDroit du 4 juin.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org