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​L’énigmatique M. Brown

Le chef progressiste-conservateur Patrick Brown sur la patinoire des rêves devant l'hôtel de ville d'Ottawa. François Pierre Dufault

[ANALYSE]
Les progressistes-conservateurs de l’Ontario convergent cette fin de semaine sur Ottawa pour y tenir un congrès d’orientation. Trouver le ton juste pour les prochaines élections ne sera pas une mince affaire pour cette formation qui patauge depuis 13 ans dans l’opposition et qui a connu six chefs durant cette période.

FRANÇOIS PIERRE DUFAULT
fpdufault@tfo.org | @fpdufault

Patrick Brown sera plus que jamais sous les feux de la rampe. Ce sera un test important pour cet énigmatique politicien. La direction que prendra le Parti PC révèlera les vraies couleurs de son chef.

Il y a deux ans, il était un conservateur pur et dur dans le gouvernement fédéral de Stephen Harper. Il s’opposait au mariage gai. Il cherchait à rouvrir le débat sur l’avortement.

Il y a un an et demi, M. Brown, alors candidat improbable à la chefferie du Parti PC, courtisait tout azimut.

Le voilà chef de l’opposition à Queen’s Park, où il se lève chaque matin à la période de questions pour s’opposer à la privatisation d’Hydro One et défendre des infirmières mises à pied dans le nord de la province ou encore, des étudiants francophones qui réclament leur propre université.

Le contraste est saisissant.

Le personnage demeure insaisissable.

Après dix mois à la tête du Parti PC, on se demande toujours à quelle enseigne loge le jeune chef.

Mais voilà. M. Brown est un fin stratège. Il n’aurait autrement pas pu se hisser à la chefferie de son parti contre le choix de l’establishment. Il sait parler mais il sait surtout se taire. Et il a l’avantage d’être arrivé après la débâcle des dernières élections. Ça lui permet d’analyser la situation de manière parfaitement objective. Il n’a pas à s’excuser des erreurs de ses prédécesseurs.

 

Conjoncture particulière

La conjoncture politique à Queen’s Park est aussi particulière. Les libéraux ont été élus à gauche et gouvernent économiquement à droite​​. Et la deuxième opposition, le NPD, tente de se réapproprier la gauche après une cavale à la droite des libéraux. Le meilleur angle d’attaque du Parti PC est donc le centre. Un créneau payant que personne n’occupe vraiment à l’heure actuelle. Et ça, M. Brown l’a bien compris.

Les progressistes-conservateurs doivent jeter ces jours-ci à Ottawa les bases de leur prochain programme électoral. S’ils veulent redémarrer l’hégémonique Big Blue Machine de John Robarts et Bill Davis à temps pour 2018, ils doivent retrouver la formule – résolument centriste – qui l’a fait si bien fonctionner il y a un demi-siècle. Et ils doivent tourner le dos une fois pour toutes à la Révolution du bon sens de Mike Harris.

Patrick Brown ne peut toutefois pas ignorer les éléments plus à droite de son parti, qui ont pesé lourd dans sa victoire à la chefferie. Il a une dette de gratitude envers des faiseurs de roi comme Jack MacLaren, un négationniste du changement climatique, ou encore Monte McNaughton, un opposant notoire à l’éducation sexuelle, pour ne nommer que ceux-là. Il sait bien que leurs idées vont à contre-courant du changement qu’il tente d’insuffler. Mais il peut difficilement les renier.

S’il entretient le mystère, c’est peut-être parce que M. Brown a lui-même quelques énigmes à résoudre au sein de son parti.

 

Cette analyse est publiée également dans le quotidien LeDroit du 5 mars.

François Pierre Dufault
fpdufault@tfo.org